‹ Le livre de Marco PoloChapitre 136 sur 357 · CHAPITRE CLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLI

a .x. (dix) mille de tour; et est tous murés entour de liaulz murs, et tous quernellés « ; et dedens les murs a les plus l>eaux jardius

Crénelés .

du grand fleuve, et sur lequel arrivent à la ville, dan» de petits bateaux, 1rs denrées alimentaires, ainsi que les pierres à brûler; nu y voit aussi des navires pour aller se promener. Le Miehouer , ou la forteresse, est située au milieu de cette ville; elle est immensément vaste, et au centre se trouve l'hôtel ou palais du gouvernement. La citadelle entoure celui-ci de tous côtés; elle est pourvue d'estrades, où se voient les artisans qui font des habits magnifiques, et qui travaillent aux instruments de guerre ou aux armes. L’émir Korthaï m'a dit qu'ils sont au nombre de seize cents maîtres, et que chacun de ceux-ci a sous sa direction trois ou quatre apprentis. Tous sont esclaves du Kàn; ils ont les chaînes aux pieds, et habitent au dehors du châtenu. On leur permet de se rendre au marché de la ville, mais on leur défend de sortir hors de la porte. L’émir les passe en revue cent par cent, et, s’il en manque un, son chef en est responsable.

• L’usage est qu’après que chacun d’eux a servi dix ans on brise ses entraves, et il peut choisir l'une ou l'autre de ces conditions : continuer à servir, mais sans chaînes, ou aller où il veut, dans les limites des pays du Kàn, sans quitter son territoire. A l’Âge de cinquante ans, il est dispensé de tout travail, et entretenu aux frais de C État. D’ailleurs chaque personne qui a cet Âge, ou à peu près, peut, à la Chine, être nourrie par le trésor. L’individu qui a atteint soixante ans est considéré* comme un enfant par les Chinois, et n’est plus sujet aux peines ordonnées par la loi. Les vieillards sont très-honorés dans ce pays-là ; chacun d’eux est nommé dthd, c’est-àdire « père ». (Le mot âtd ou dthd, signifiant père, est tartare-ouïgour ; en chinois c’est foû.) »

On lit dans l'Histoire des Mongols d’Abd-oullah, surnommé Vassaf, auteur persan contemporain de Marc Pol, et dont la préface, qui rontient l’éloge de Gazan-khAn, porte la date de 690 de l’Hégire (1300 de notre ère), la description suivante de Khinzày (voir Quatremcre ,

Histoire des Mongols de la Perse, Vie de Rachid-

ed-din, p. 81) : « Khinzaï, qui est la principale ville du pays de Mâtchin et qui semble un paradis dont le ciel forme le sol, s'étend en longueur de manière que sou circuit est d'environ vingtquatre para sang es. Ole a un pave composé de briques cuites et de pierres ; elle renferme quantité de maisons et d’édifices construits en bois et décorés de belles peintures de tous genres. D’une extrémité de la ville à l’autre on a établi trois relais de poste. La plus grande des rue* a, dit-on, trois parasanges de longueur (environ 15 kilomètres), et renferme soixante pavillons d’une arrhiteeture uniforme, soutenus par des piliers de même proportion. \/r produit de l'impôt sur le sel s’élève journellement à 700 balicli* de trhao (monnaie de papier). I.e nombre des personnes qui exercent les différentes professions est vraiment prodigieux : on a calculé qu’il s'y trouvait trente-deux mille teinturiers ; on peut juger par là des autres genres d’industrie. Sept cent mille soldats et autant d'habitants sont inscrits dans les bureaux de dénombrement et sur les registres de la chancellerie. En outre, la ville renferme sept cents temples qui ressemblent à des forteresses, dont chacun est habité par quantité de prêtres sans foi, de moines sans religion, ainsi que par une multitude d’ouvriers, de surveillants, de serviteurs, d'idolâtres accompagnés de leur» familles et des gens de leur suite. Tous ces hommes ne Bout pas portés sur les dénombrements, et ils ne sont pas sujets au payement des taxes et des impôts. Quarante mille soldats sont destinés à la garde de la ville et à faire les fonctions du guet... Dans l'intérieur de la ville on voit trois cent soixante ponts placés sur des canaux, qui, aussi considérables que le fleuve du Tigre, sortent de la mer de Tcbin. Pour la commodité de cette immensé population, des bateaux et des harques de toutes espèces circulent continuellement sur les eaux en si grand nombre que l’imagination ne peut s’en former une idée, et qu'à plus forte raison il serait impossible d'en faire le calcul. Il est facile de supposer quel nombre d'étrangers afflue journellement dans ce

et les plus delitables î5 qui soient ou monde , et tous plains des meilleurs fruis du monde. Et y a maintes fontaines et maint lac qui

4 5 Délectables ,

royaume, soit pour le commerce, soit pour d'autres affaires. »

On lit encore dans d'autres auteurs persans cités par M. Quai réméré (I. c.): « Si l'on en croit quelques voyageurs, il n'existe pas dans l'univers entier une plus grande ville ; mais au moius tout le monde est d’accord que c’est la plus qonsidérahle de celles qui sc trouvent dans les contrées orientales. Daus l’intérieur de la place est un lae qui a six parasanges de circuit et tout autour duquel s’élèvent des maisous. La température de cette ville est chaude, et le principal produit de sou territoire consiste en riz et en cannes à sucre... La population est si nombreuse que les gardiens et les surveillants dépassent plusieurs milliers et vout jusqu'à dix mille. •

Enfin un écrivain arabe, l’auteur du Mesalrk- Alabsar, cité par M. Quai réméré, dit encore : « Deux chemins conduisent de Khan-balik à Khiusa, l'un par terre» l’autre par eau. Chaque routa est de quarante journées. I,a ville de khinsa s’étend, en lougueur, l’espace d’une journée de marche tout entière, et en largeur, l'espace d’une demi-journée. Au milieu est une rue qui règne d’une extrémité à l’autre. Les rues et les places sont toutes pavées ; les maisons ont cinq étages et sont toutes bâties eu planches réunies par des rlous. Les habitants boivent de l’eau de puits et vivent avec une extrême sobriété. I.eur principale nourriture se compose de la chair de buffle, d’oie, de poule ; ils y joignent le riz, la Iwnane, la canue à sucre, le limon et des grenades en petit nombre. Le climat de cette ville ressemble beaucoup à celui de l’Egypte, sous le rapport de la chaleur et de la température de l’air. Les prix des denrées y sont à un taux moyen. On y transporte des moutons et du froment, mais en petite quantité. Les chevaux y sont rares, et l’ou n’en voit que chez les hommes d’un haut rang et les principaux personnages. Quant aux chameaux, on n’en voit absolument aucun ; et si un de ces animaux y parait, il est l’objet de l'admiration universelle. »

Nous ne pouvons nous dispenser de citer en-

core ici, sur 1a ville de Quinsay, le témoignage d’Oderie, de l'ordre des Frères mineurs, qui visita la Chine exitre 1322 et 1330, et dont la relation se trouve dam plusieurs manuscrits français du quatorzième et du quinzième siècle (entre autres celui que nous cotons B.) , et dans Y /lys foire merveilleuse du grand Khan de Tartane (Paris, 1629, gothique, feuillets LXI- LXI1).

«i De la cite de Cassajr (Quinsay) la grande. •• Je m’en vins à une cité qui a nom Cassay, qui sonne en françoys : - cité du ciel C’est la plus graut cité qui soit en tout le monde. Elle a bien cent milles de tour, et en tout ce grant pourprés n’est espace nulle vuyde que tout ne soit bien habité de gens; et si y a maintes maisons esquelles il y a dix mesnaiges ou plus ; reste cité a plusieurs raiilxboiircgs et plus de gens que nulle aultre ville. Elle a dix portes principalles, et de cousle chacune de ses portes a huyt grosses citez, assez plus grosses que la cité de Venise ; et de ces portes dessus dites jusques à ces citez, sont les rues continuées, si que uug homme yra bien six ou huyt jours qu’il semblera qu'il n’ayt qu’un peu allé, pour ce qu’il aura tousiours allé parrny les villes et entre maisons, ('este cité est assise en bas terrouer, entre les lacs, maretz et étangs, ainsi comme la cité de Venise. Si y a plus de .vij. mille poulz, et à chascun pont a gens qui le gardent de par le Caau. A uug lez (cote) de la ville queurt uug tres-grant fleuve; cl pour ce est reste cité plus longue que large. J'enquis moult songncuscmrul aux chrétiens, sarrazins et idolâtres ; mais tous me dirent que reste cité a plus de cent milles de tour, sans les faulxbourcgs, et scs .vij. citez dessus dites, qui sont à .viij. mille au dehors de chascune porte. Et si est toute subjecte au seigueur le graut Gaan qui en lieve si grant avoir que c'est merveilles : car chascun feu luy paye tous les ans .v. caquetz de coutou qui bien vallrnl là uug florin et demy ; mais tant y a que .x. ou .\j. mesnaiges ne font qu'uug feu au payer. Le nombre des feu» dans la ville est .iiij. vingt» .v. ihtiman (850,000 ; tournait étant un mot mou-

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