‹ Le livre de Marco PoloChapitre 158 sur 357 · CHAPITRE CL VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CL VI

chartre, et sont ydolatres. Et sachiez (jue en ceste cité est le port de Çaylo» là où toutes les nefs d’Ynde viennent, qui amainent

*M. C. Le ins. A. Tarcon. Ms. B. Carton.

ville de Thsiouan-teheou, est celle d’ibo Batoutah qui était presque contemporain de Marc Pol.

• Après notre trajet sur mer, dit-il, la première ville chinoise où nous débarquâmes, ce fut celle de Zeïloûn. Bien que Zeïtoûu en arabe signifie « olives », il n‘y a pourtant pas d'oliviers dans celte cité, pas plus que dans aucun autre endroit de la Chine ni de l’Inde ; seulement c'est là son nom. C’est une ville grande, superbe, où l'on fabrique les étoffes damassées de velours, ainsi que celles de satin, et qui sont appelées de sou nom : zeitoûniyyah ; elles sont supérieures aux éloiïes de Khansâ (Quinsay) et Kliàn-bàlik. Le port de Zeïtoùn est un des plus vastes du monde ; je me trompe, c’est le plus vaste de tous les ports. V y ai vu environ cent jonques de graude dimension ; quant aux petites, elles étaient innombrables. C'est un vaste golfe qui, de la mer, entre dans les terres, jusqu'à ce qu'il se réunisse avec le granJ fleuve. Dans cette ville, comme dans toute autre de lu Chiue, chaque habitant a un jardin, un champ et sa maison au milieu ; c'est pour celte raison que les cites des Chinois sont si graudes.

« Les mahometaus demeurent dans une ville à part... Au nombre des cheiks éminents qui se trouvaient à Zeïtoùn, il y avait BorhAn-cddin AlcAzéroiiny, qui possédait un ermitage au dehors de la ville. » (Traduction de MM. Defrcrnery et Sanguinctti, t. IV, p. 260.)

Les premiers écrivains arabes qui parlent de la Chine, comme les deux voyageurs dont la Relation, traduite par Renaudot et M. Rcinaud (qui a fait suivre la sicunc du texte arabe), date dr la seconde moitié du neuvième siècle, et Maroudi, qui écrivait environ un siècle plus tard, ne font mention que du port de Ganfou , tandis que ceux du treizième et du quatorzième siècle, comme Abouifédu, Ihn Batoutah, ne parlent au contraire que de celui de Zeitoün ; ce qui doit faire supposer que le premier de ces ports était alors déjà ensablé (et par conséquent peu fréquenté), comme le second l’a été depuis ; ou bien que des révolutions politiques ont successive-

ment déplacé les ports du commerce maritime; ce qui est moins probable.

C’est près de la ville de Thsiouan-tcheou, et au nord-est, que se trouve un pont extraordinaire et dont il est surprenant que Marc Pol n’ait point parlé. Voici ce qu’en dit la Géographie chinoise intitulée Kouangyu-ki, composée vers le milieu du seizième siècle ( Kiouatt 18, fol. 13, province de Fo-kicn) î

« Lo-yang-khido, « Pont de Lo-yang ». Ce pont « traverse le fleuve Lo-yang au nord-est de la « ville départementale de Thsiouan-tcheou ; les « uns le nomment aussi le pont de Ji én-ngân, « des • dix mille tranquillités ». Il fut construit « par un gouverneur de la ville, nommé Thsai- « siang. Sa longueur est de 360 tch'ang (1,325 a mètres); sa largeur, de 1 tek* an g 5 tchi « (4 m. 50 c.). Avant l'établissement de ce pont « il arrivait d’innombrables sinistres en traver- * sant le bras de mer (sur lequel il est jeté). « Siang (le gouverneur) désira construire uu k pont sur ce bras, en y entassant des montait gués de pierres brutes. Mais, réfléchissant que « la graude étendue et la force des vagues ne u pourraient être vaincues j»ar les forces de n l’homme, il résolut de faire présenter une h lettre ou pétition à l’Esprit des mers (4/ios u chût). Il chargea donc uu exprès de porter « cette pétition. Cet exprès (pour se fortifier « sans doute dans la résolution d'aller trouver « l'Esprit des eaux au fond de la mer) se prit « de boisson et s’endormit sur le rivage (peun sant que les vagurs en montant l'emporteraient « au fond de la mer). Pendant la moitié d’un « jour les vagues restèrent basses sans monter. « S’étant eusuite réveillé de son sommeil d'i- » vressc, il trouva que sa lettre avait été enlevée « et remplacée par une autre. Il retourna reu- « 'dre compte (au gouverneur de la ville) de ce « qui lui était arrivé. Siang se convainquit que « celle lettre ne contenait qu'un seul caractère, « celui de pj j-k trou, qui signifie « vinaigre », ou « (en le prononçant fso) » invitation à boire »

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les espiceries et les autres chieres marchandises. Et c’est le port où

tuit li marchant du Mangy arrivent ; si que, pour ce y vient si grant

« Siang, après avoir médité longtemps sur ce a mot , comprit que l’Esprit lui faisait con-

• naître (en décomposant le caractère, et d’un « seul en faisant quatre): que le 21* jour au « soir (la marée serait très-basse). En contt séquence il fit une levée d’ouvriers qui furent « prêts À l'époque précise où les flots se retirent « d’une manière certaine dans leurs profon-

■ deurs. De cette manière, dans l’espace de huit « jours et huit nuits, les ouvriers eurent ac-

• compii leur travail. Les dépenses s’élevèrent à « 14,000,000 de tsien d’argeul (ou 10,500,000 « francs de notre monnaie). »

La grande Géographie impériale (Ta thsing i ihoung tchif k. 264 , fol. 23) décrit ainsi le même pont :

« ff'en-ngcin khiàoy « Pont des dix mille tran- « quillités ». Il est situé au nord-est de la ville « chef-lieu de canton, nommée T çin-kidng, D’a- « près la géographie locale : Fdng yû ching tan, « quelques-uns nomment ce pont : « le pont « de Lo-yang. » Dans les années kia-yeou des u Soung (1050-1054), le gouverneur de la ville, « Thsai-iiang voulut établir une communica- « lion permanente sur la baie, et y lit construire « un pont eu pierres. Les passages pour l'eau « (les entre-piles) août au nombre de 47 ; sa

■ longueur est de 3G0 tch'ang (1,325 mètres); « sa largeur de 1 tch'ang S ichi (4 m. 50 c.).

• On lit dans la Description de la ville chefm beu du département ( F ou-tc!ù) : « Il y a, i

• 20 li (environ 2 lieues) du chef-lieu de canton, a par où passe la grande voie de communication, « une inscription sur pierre, de la main de Siang,

■ qui rappelle les faits relatifs à cette construc- « tion. Au sortir de la ville, des vers du temps « célèbrent l’heureux évéucmcul; les voici (trans- « crits) :

(M li k wra’ng p'âi klun yio :

lliB| jàa pou fOoti Iting Mi Irkâo,

« A cinq li de distance, on voit rangée, comme « un collier de perles, la foule pressée des voyait geurs, qui ne sont plus effrayés par les flots de

• 1a mer irritée. >

On voit que les deux géographies chinoises, publiées à plus d’un siècle de distance, sont parfaitement d’accord sur les circonstances essentielles : l’existence dudit pont, sa longueur et sa largeur, ainsi que l’époque de sa construction, fixée par la Géographie impériale vers le milieu du dixième siècle de notre cre. Les auteurs de celte dernière géographie ont rejeté les circonstances fabuleuses consignées dans la première. Il est à regretter toutefois que ni l’une ni l’autre de ces géographies ne donnent aucun détail sur le genre de construction de ce pont.

Le P. Martini, dans la traductiou de son Atlas sinensis, publiée par Thévenol ( Relations de divers 'voyages curieux t etc., t. III, p. 155), dit : « Je l’ai vu deux fois, toujours avec étonnement ; « il est tout d’une même pierre noirâtre ; il n'a « point d’arcadcs (ou arches), mais plus de trois « cents piliers faits de fort grandes pierres, qui

* ont toutes la forme d’un grand navire, finissent « et se terminent de part et d'autre en un angle « aigu, afin de rompre avec plus de facilité la « violence de l’eau. Cinq pierres égales occu- « pent toute la largeur d’un pilier à l’autre ; « chaque pierre a, en longueur, dix-huit de mes •» pas ordinaires, dont je me servais pour les « mesurer en me promenant lentement ; l’épais- « scur est la même. 11 y a mille et quatre cents « grosses poutres de pierre, pour ainsi dire, qui « sont toutes semblables et égales: ouvrage ad- « mirabic pour le grand nombre de ces lourdes « pierres et pour la manière dont elles sont sou- « tenues entre ces piliers. II y a des garde-fous

■ ou appuis de chaque côté, faits de la même

■ pierre, avec des lions au-dessus, poses sur leur

• base et plusieurs autres ornemeuts curieux. « Je doute si ce pont a son pareil dans tout le m monde. »

La Géographie impériale donne une notice sur le préfet de Thsiouan-tcheou, qui fit construire le pont en question (voir k. 264, fol. 26). H vivait sous le règne de Jin-tsonng , de la dynastie des Soung (1023-1063 de notre ère). » Les populations du pays, y est-il dit, firent graver unr inscription sur pierre pour conserver le souvenir de ses vertus. »

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