‹ Le livre de Marco PoloChapitre 167 sur 357 · CHAPITRE (XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE (XVIII

à leur venue. Si leur advint une mcscheance 7 telle que je vous dirav.

7 Mésaventure.

Cette légation fut obligée de s'arrêter à Tat saï fou ; seulement, trois de ses membres purent aller à Kama koura ; ils n'obtinrent pas la per* mission de venir à Miyako. L'ambassadeur avait apporté une lettre ; on n’y répondit pas. »

1280. • Le deuxième mois de relie année, To tel tu ou (Thon rhi tchoung) , ambassadeur des Môko, fut mis à mort. Aussitôt que les Môko en eurent reru la nouvelle, ils assemblèrent une armée considérable pour conquérir le Japon. Lorsqu’on fut informé de leurs préparatifs , le Daïri envoya des exprès à hé et à plusieurs autres temples pour iuvoquer les dieux. Fdsio-no Toki ntoune, qui résidait à Kama koura, ordonna que l'on assemblât les troupes dans le Tsoukouzi, et expédia du Kwantù à Miyako de nombreux détachements de soldats, pour garder le Daïri et le Tôgou, et les protéger contre tout danger. Les deux gouverneurs de Miyako eurent ordre de se rendre dans le Tsoukouu. »

1281. « A la première lune, les Mciko nommèrent A si kan (A-fir-kau), Fan boun ko (Fan Wen-hou), Kiu to (Yin-tou) et Ko sa kio (Houng tcha khieou) généraux de leur armée, qui éiait forte de plus de cent mille hommes. Elle fut embarquée sur un nombre considérable de vaisseaux de guerre. A si kan tomba malade pendant la traversée, ce qui rendit le général en second. Fan bouts, indécis sur le parti à prendre.

a Le 7* mois toute la flotte arriva au Japou à l’ile de Firando (P'ing-hou), et passa de là à Go rid san (Oa loua g chars) ; les troupes de Tsoukouzi étaient sous les armes.

« Le ltr du 8* mois, il s’éleva une tempête affreuse ; les vaisseaux de la flotte des Môko furent engloutis dans la mer, ou fort endommagés. Le général Fan boun ko prit la fuite avec les autres généraux sur les vaisseaux qui avaient le moins souffert ; personne n’a su ce qu’ils sont de* venus. L’armée de cent mille hommes, qui avait débarqué au-dessus de Go riô sau , y resta errante sans vivres pendant trois jours ; ses soldais avaient le projet de construire d’autres vaisseaux pour retourner eu CJiiue.

« Le 7* jour l'armée japonaise les investit et les attaqua ; on se battit avec acharnement ; les Môko furent totalement défaits ; trente mille hommes furent faits prisonniers, conduits à Fa ka ta (Pa kio lao) et mis à mort. On ne fit grâce qu'à Kan sio (Kan tchang), Bak sai (Mô thsing) et Go tvan go (Ou wan ou) , qui furent envoyés en Ch<ne pour y porter la nouvelle du sort de l’armée.

■ I.a destruction d’une flotte si nombreuse, par la tempête, fut considérée comme la preuve la plus évidente de la protection des dieux. On attribua principalement cet événement au dieu des vents , qui a son temple à hé , et on lui manifesta la plus profonde vénération pour avoir sauvé l'Empire, par l'anéanlissemeut de la flotte mongole. Kan sio et ses compagnons retournèrent dans leur pays» et annoncèrent ce désastre au prince des Môko, qui était l'empereur Zi zou koud te (Chi tsou houang ti, c'est-à-dire kboubilaï), de la dynastie des Ghen (Yuen). ■

On sera frappé de l’accord qui existe, entre les Annales chinoises et japonaises, sur des faits qui concernent intimement les deux pays, et de la simplicité, de la sincérité avec lesquelles les faits sout présentés des deux côtés. Des Annahs ainsi écrites doivent inspirer la confiance.

On a aussi, daus la citation précédente, une preuve palpable que l'attitude des Japonais envers les nations étrangères qui cherchent à nouer des relations avec eux, n’a pas beaucoup changé depuis six cents ans, et ne changera probablement pas de sitôt, si leur dieu des vents leur est toujours aussi favorable ; il se }>ourrait que le • dieu de la vapeur et du feu » le fût moius.

L’expédition dont Marc Pol a fait le récit est évidemment celle qui fut préparée en 1280, et qui mit à la voile en 1281, composée de 000 vaisseaux de différentes grandeurs et de 100,000 hommes de troupes, I,es dates des Annales japonaises correspondent exactement à celles des Annales danoises. Les noms des généraux eu chef de l'expédition sout aussi les mêmes ; il u'y a que la prononciation à 1a manière japonaise qui

Sachiez que li vens de tramontaine 8 venta ‘ moult fort, et fist” en ceste isle moult graut dommage (4), pour ce qu’il y avoit pou de pors 9. Et venta si fort que la navie lo du grant Kaan ne pot durer Et quant ilz virent ce, ilz pensèrent que se il demouroient ainsi, leur navie seroit toute perdue. Si montèrent en leur navie et firent voiles, et se partirent. Et quant ilz furent aucques 1J alez, ilz trouvèrent une petite isle (5) ; si feurent à icelle, non mie de

" M». C. vente. — ° là. /ait.

9 Vent du nord. — 9 Peu de ports. — ’° Flotte. — 11 Ne put résister. — •* Eurent an peu navigué.

diffère. Ces noms sont un peu corrompus dans nos manuscrits ; mais ils sont évidemment les mêmes. L 'A bacon (Ms C. Abachan) est évidemment le pilj î|i|J A-tst*‘kan, des Annales chinoises, et le A-si-kan de celles du Japon, lequel avait été nommé en 1281 par Khoubilaï

Kl, .An, ^ ÿfc JP ) cou tcldng (ion g, •

uislre de la droite», pour préparer l'expédition; tandis que JousamcUin et Fan fVen-hou, furent nommés en même temps yéou

tcldng, .. ministres assesseurs de la droite « (voir ci-devant, p. 329 a.), au nom corrompu duquel Marc Pol a joint son titre de « ministre - :

te h tu g.

Ou voit, au surplus, que Marc Pol a confondu les deux expéditions : celle de. 15,000 hommes, de l'année 1271 , selon les Annales japonaises et la Géographie historique de Sia, qui échoua parce que les troupes de I expédition manquèrent de fli-ch's, et celle de l'année 1281 qui fut eu partie détruite par une furieuse tempête. Toutefois Mare Pol put être témoin des préparatifs de la seconde expédition, car ils curent lieu peu de temps après qu'il eut quitté son gouvernement de Yàng-tcheou (voir le ch. CXLIIl).

(4) Marc Pol nous dit ici que le vent violent qui engloutit uue grande partie de la flotte chinoise sur les côtes du Japou, soufflait du nord (de tremontaiiie ) ; d’uu autre cote, les Annales japonaises disent que ce fut le Ier du 8e mois ( correspondant à seph mbt e^octobre) que s’éleva

cette graude tempête. M. de Kerhallel, capitaine de Taisseau de la marine française, dit, dans scs Considérations général:! sur C océan Pacifique (p. 35) : • Sur la côte de Tartane, dans les îles du Japou jusqu'à l'ile de l'ormose, on trouve dans l'année deux moussons régulières et de durée inégale.

« l.a mousson de S. O., variable au S. S. 0. et au S., commence en juillet et dure jusqu'au mois d'octobre. Celle du N. K., variable au N. N. E. et au N., la remplace k la fin d'octobre et se Urminc en juin. »

Le vent eu question n'était sans doute pas celui de la mousson du nord, qui eut été contraire à la navigation de la flotte chiuoisc partie des ports de Çaiiou (Thsiouau-tchcou, dans le Fokien), et de Quinsaï (Hâng-tcheou), dans le Tchékiang ; m?is bien un de ces - typhons » dont par1.: aussi le capitaine Kerhallet : » La zone où régnent les typhons, daus l'océan Pacifique, est à peu près limitée : au N. par une ligue courbe, passant par le milieu de f ile de HypUon cl au sud de l'ile de Ghousan... Ils ont lieu le plus communément à l'époque des changement» des moussons, c'est-à-dirc : eu mai, juiu, octobre et novembre. »

C’était sans doute un des typhons d 'octobre, qui engloutit au mois d'octobre 1281 la plus grande partie de la flotte chinoise.

(5) Cette île est celle qui est nommée — 4^- —% - . I

P'iitg-ltod tào dans les Annales chi-

noises, et Firando par les Japonais ; l’un et l'au-

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