CHAPITRE CLXXI
et vous dirai comment. Il ont moult granz montaignes; et en yver fait moult grans pluies, et voient les yaucs descendant par ces montaignes à grant bruit faisant, et à moult grans ruisseaux*. Et quant les pluies sont passées, et l’yaue des montaignes est eseoulée', si cerchent ‘ par on l’yaue est eseoulée de ces ruisseaux, et en treuvent assez. Et quant vient à l’esté, il fait si grant chaut en ces montaignes, pour le soleil, que nulz n’y puet à grant paine aler 4 ; et ne Ireuve l’en goûte d’yaue. Et les genz qui vont par ces montaignes en treuvent assez. Et si y a tant de serpe ns grans et grosses, et d’autres vermines, par la grant chaleur qui y est, que c’est merveille. Et si sont les plus venimeuses serpens du monde ; si que les hommes qui y vont, y vont en grant péril, et ont grant paour. Et pluseurs fois sont mengiez de celle male vermine.
Et si a encore, par ces montaignes, grans valées et parfondes 5
• Ms. A. ruissiaus. — f Ms. B. coulées. — E Id, cherceni.
* Sinon à très-grand* peine. — 4 Profondes.
qui se trouvent à la base tirs uinulagnts que l'on nomme Nila Moulla, et plus spécialement sur 1rs bords des rivières Kricliti'a et lVtmar ; le territoire qui avoisine la forteresse de Golcoude (par H* 15' de ht , et 00' de long.) ue produisant, et n'ayant jamais produit minute espèce de pierres précieuses. Mais c’était probablement dans la ville de ce nom que l’on polissait les diamants apportés des mines ; de là l’origine du nom de « mines de Golcoude ». Marc Pol ne s'y est pas trompé.
En 1820, un voyageur, le D' Voysev, trouva la plupart des mines de diamants désertes, et les recherches de ce précieux minéral bornées aux rubis des anciennes mines. Il prétend que le Areccia des pierres siliceuses ( sandstone Areccia) de la formation argileuse, est la « matrice » des diamants trouvés dans le Dekltau ; que ceux provenant d'un sol d’alluvioii y ont été entraînés par quelque torrent ou déluge ; et que ceux trouvés dans le lit des rivières y sont entraînes par les pluies annuelles [The E as l- India (iazrtteer , par W. Hamilton, t. I, p. 58t>).
Tavcmier a parlé très au long des « mines de diamants » dans son f'oyage des Indes (livre second, ch. xv-xx'ii): * Le diamant, dit-il, est la plus précieuse de toutes 1rs pierres, et c’est la négoce auquel je me suis le plus attaché (comme le père et l’oncle de Marc Pol). Pour tâcher d'eu acquérir une parfaite connoissnnce je voulus aller à toutes les mines et à l'une des deux rivières où on les trouve; et comme la peur des dangers ne m’a jamais fait reculer dans mes voyages, l’affreuse peinture que l’on me fit de ces mines, comme de pays barbares, et où l'on ne se pouvoit rendre que par des chemins très-dangereux, ne fut pas capable de m’épouvanter, ui de me détourner de mon dessein. J’ai donc été aux quatre mines dont je vais faire la description , et à l'une des deux rivières d’où se tirent les diamants , et je n'ai point trouvé ces diflicultéa ni cette barbarie dont quelques gens, qui sçavoient mal la carte de ces pays-là, avnient cru me faire peur. » Suivent trois chapitres consacrés à la description de ces mines que l'on peut lire dans les Voyages de l’auteur.
que nulz ne puet aval descendre (4). Et les hommes qui y vont pour les dyamans, si prennent char la plus maigre qu’il pueent avoir, et la getent là aval. Et il y a moult d’aigles blans qui demeurent en ces montaignes, qui menjuent les serpcns que il puent ataindrc, et s’en paissent 6. Et quant il voient celle char gitée là aval, si la prennent , et la portent là sus * à leurs piez ", sur aucune roche pour bequicr la8. Et les hommes qui sont au gait», vont là au plustost qu'il pueent pour chassier les. Et quant ilz les ont chaciez si prennent la char et la treuvent toute plaine de dyamans qui là aval s’y sont atachiez '. Car sachiez que il y en a tant par ces valées parfondcs que c’est merveilles. Mais l’en ne puet descendre là aval Et d’autre part il y a tant de serpcns là aval, que celui qui y descendroit seroit maintenant devourez.
Encore treuvent il les dyamans en une autre maniéré ; car il vont aus nis de ces aigles blans, où il en a moult, et en treuvent moult en leur ordure que il transgloutissent 10 quant il recueillent k la char que ces hommes getent en ces valées. Et cpiant il prennent de ces aigles, si treuvent aussi ces dyamans dedens leur ventres; si que en telle maniéré ont il dy amans assez et de moult gros. Car ceus qui viennent en nos parties ne sont fors la remansille 1 des autres grans et bons. Car la flor “ des dyamans et des grosses
*» Ms. À. lassus. — • Ms. B. — J Id. — k Ms. A. remuent. — 1 Ms. C. remanans, = les restes. — -m Ms. B. flour.
® Repoissent, — 7 Avtc leurs pieds. — • La becqueter.— '} Guet.— to Engloutissent, axaient.
(4) Cette partie du récit de Marc Pol peut être classée, non parmi les choses vues, mais parmi les choses entendues. Toutefois ce uVst pas une invculion de sa part. Le comte Daldelli Boni (Il Milionc di Marco Polo, t. Il, p. 425) cite un passage du Traite des pierres précieuses d’Ahmed Tcifaschite, traduit de l'arabe eu italien par Raineri, où il est dit : « Il diamanle, narra •• Giovani Ebn Masuiab, trovasi nel profondo di
- una valle dell’ India, nella quale non pénétra
- nessun uomo, ed i suoi lapilli sono ivi spansi « corne i grani délia senape edell’ orzo; volen- • donc tut tafia fare acquisto, si ri corn* al coin»
- penso di gettare in si falto luogo alcuni pozzi
« di carne fresea , imperocchè veduti quesli ed « inseguiti dall' aquila lino nel fondo délia menm tovata valle, ne succédé, che quando le rnede- «* siuic li strisciano per terra ad oggcl|o di cibar- - Mine, rimaugono ad essi attacati diversi di quei « lapilli di diamante. Venendo poscia le istesse • aquile insicme a ronlesa, e volando altroxe con « i riferiti pezzi di carne ne cadono alcuni, dai « quali si vu subito a raccogliere qiuuto di tal ■ gemma vi è reslato attacato. »
On trouve la même histoire dans les Forages de Sindbad le marin , et dans la Relation chinoise de T Expédition (THoulagott dans l'Asie centrale. (Voir Sou Hong kian lou, k.fî, f»5Cn.)