‹ Le livre de Marco PoloChapitre 23 sur 357 · CHAPITRE CX1U · texte numérisé non relu

CHAPITRE CX1U

grant et noble; et moult y ot là 1 grans roys et riches (a;. Elle dure bien environ .xx. milles ; niais elle est devisée en telle maniéré comme je vous dirai.

Il fut voirs* que le Roy de celle province, jadis quant il vint a mort ’, si laissa trois filz et commanda que la cité fust partie 3 en trois, ainssi i que chascun de ses troiz fils eust sa part. Et chascune de ces trois pars est partie 3, et est murée entour ; mais toutes trois sont dedens les murs de la grant cité. Et furent luit trois les siens filz, chascun roy par soy, car chascun avoit sa cité de part i, et la part de son royaume; si que chascun par soi en estoit grant roy et

c Ms. C. vrai. — d Id. à ce que.

CX11I. — * Il y eut là. — » Lorsqu’il mourut. — 3 Partagée, divisée. — 4 Sa cité à part.

ou familles à 32,012; celui des bouches à 215,888.

Marc Pol nomme la province de

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Sse-tchouen (des « quatre cours d'eaux »), dont Syndifn (Tching-tou -fou) est la capitale : Sardansu; ce mot est tartare et turc oriental, et signifie également : ■< les quatre eaux ou cours d'eaux, u durben, en mongol comme deurt en turc, signifiant quatre , ainsi que sse en chinois; et ion dans les deux langues (en mongol oussou) signifiant eaux, cours d' eaux, comme tchauen en chinois. Seulement le premier membre du mot composé a été un peu altéré, peut-être par les copistes; mais le second tenue : su ou sou

n'est pas douteux. De plus nos manuscrits portent bien Sardansu , comme le nom de la province en question, et ils sout les seuls. Ils montrent encore ici leur supériorité sur tous les au-

La ville de Tching-tou fut autrefois , comme le dit Marc Pol, la capitale du petit royaume de cTro/j.qui existait déjà rfouxe cents ans avant notre ère ; mais il fut détruit par le roi de Ths(n, Hoei wcn ,310 ans avant notre ère (voir Li tai ki sse , k. 18, fol. 47). On en fit alors la principauté de Chou. Elle resta telle sous les Han. Du temps des trois royaumes (221-264) elle fit partie de celui de Weï. Sous les T fin, en 289, on fit de ce pays le royaume de Tching-tou ( Tching • fou koute). Sous les Thdng , il fit partie intégrante

de l'Empire. Sous les cinq dynasties (907-960), ce fut le Royaume de Chou. Sous les Soûng , on en fit d'abord le loti ou « circuit » de St tchauen (de l’occident des cours d’eaux), et ensuite on lui rendit, en 988, son nom de Tching- tou- fou qu'il avait déjà porté sous les Thdng et sous les cinq dynasties. Ensuite ce fut I-tcheon /où , Tchington-fou loti. Sous les Mongols, ce fut Tching-tou loû, le /où ou « circuit » de Tching-tou ; et on fit de la ville de Tching-tou le chef-lieu du gouvernement de la province administrative du Sse-tchouen (Tai thsing i thoung tchi , k. 230, fol. 2).

(2) Le premier royaume moderne de Chou, qui commença en 907, fut détruit en 925 par une armée des Thdng, qui s'empara de Tchingtou, la capitale (Li tai ki sse, k. 73-75). Mais on voit ce royaume reparaîtra dans l'histoire chinoise en 934, sous le nom de second Chou, pour disparaître définitivement en 965, absorbé qu'il fut dans l’empire des Soûng. C'est donc avec toute raison que Marc Pol fait mention des rois qui régnèrent à Tching-tou fou , et qui furent assez puissants pour ne se laisser soumettre que par les armées d’un nouvel empire, 1,4 conquête de l'Etat de Chou fut faite en soixante jours. Le premier empereur des Soûng, Tai-tsou , gagna ainsi 45 tcheou (arrondissements), 198 bien (ou cautous). II»., k. 81 , fol. 27. Sou Thoung kian kang mou , k. 1, fol. 30 v. Le dernier roi de Chouje nommait Meng tchang.

riches. Le grant Kaan prinst " le royaume de ces trois roys et les déshérita (3).

F.t parmi ceste grant cité court un grant flun ouquel l’en prent moult de poisson. Il est large bien demie mille et est moult parfont5, et si lonc que il va jusques à la mer occeane. Mais il y a moult lonc chemin de .lxxx. journées ou de .c. et est appeliez Quiansuy ' (4). 11 v

• Ms. C . prist, — f Iil. Les mss. A. B. portent Commansin , corruption de copiste.

5 Profond .

(3) Marc Pol est ici dans l’erreur. Le royaume de Chou fut détruit, comme on l’a vu dans la note précédente, par les Soung , et non par les Mongols. Il n’y avait plus de royaume du Chou , et, par consé(|uenl , plus de rois de ce pays, lorsqu’cn 1236, l’armée mongole d'Ogodaï (en chinois, Taï thtoung ) s'empara, pour la première foi», de la ville de T ching-lou, défendue par les troupes des Soung. Toutefois un ancien mémoire sur Tching-tou , cité dans la grande Géographie impériale (k. 236, fol. 36), dit qu’ancienncment la ville était très-grande ( Tching-tou là tching ), et qu'on la nommait aussi la vil/e des fis ( tseu tching) ; sa us doute par allusion aux trou frères qui l'avaient reçue de leur père eu partage.

Le P. Mailla (I. IX, p. 219) dit : « que les « Mongols firent partout un si grand carnage, « qu’ils tuèrent, dans la seule ville de Tching- « tou, un million quatre cent mille personnes. » Ce fait n’est pas consigné dans les Annales officielles de la Chine citées ci-dessus ; Mailla ne dit pas d’où il l'a tiré ; mais nous l’avons trouvé rapporté dans le Foung tche'ou Kang kian hori tssvan (k. 17, fol. 37 v.). Il y est dit que les « os ou tibia » que l'armée mongole, « après être entrée dans le pays de Chou et dans

• la ville de Tching-tou, laissa dans cette même - ville, s'élevaient bien à 1,400,000; et qu’au

• dehors de la ville le nombre était incalcula- « ble. Les Yuen (ou Mongols), ajoute l'historien

• chinois, conquirent l’Empire; maison ignore

• quel nombre d’hommes ils tuèrent (pour arri-

• vrr à cette fin). Le total monte à plusieurs

• milliards (fan il thsiàn peh tuait yi). » Il y a évidemment ici cher l'historien chinois une monstrueuse exagération. En 1239 l’année mongole reprit une seconde fois Tching-tou, qu’elle

avait évacuée peu de temps auparavant, et dans laquelle l’armée chinoise des Soung était rentrée; elle l'évacua de nouveau, après l'avoir dévastée (JJ taï ki sse, k. 96, fol. 16 v,).

(4) Le grand fleuve | Kidng, ou a* kidng chaut, « les eaux du Kidng », ne peut pas être plus rlairemcnt exprimé. Ce fleuve, dont le plus grand des affluents prend sa source dans le Tibet, entoure aujourd'hui, comme d’une ceinture, la ville de Tching-tou ; mais anciennement le bras principal appelé y ta kidng , • le grand Kiang », passait dans le milieu de 1a ville, comme on le lit dam la graude Géographie impériale (k. 236, fol. 16 v.). Peut-être en êtait-il ainsi parce que la ville se serait étendue autrefois, dans sa prospérité, sur tes deux rives du fleuve , et qu’aujourd'hiii l’une de ces parties n’existerait plus. La véracité de Marc Pol, ici comme partout où il parle en qualité de témoin oculaire , ne peut être mise en doute.

Le Kidng est l'un des plus grands fleuves du monde. Son cours ne le cède en étendue qu'aux deux grands fleuves géant» d'Amérique : celui des Amazones et le Mi&sissipi; car depuis la source du Kin-chd kidng (« le fleuve aux sables d’or -), jusqu’à son cnihouchure dans le grand Océan, il parcourt environ mille lieues. Ce fleuve est large et profond ; les navires, même d'un grand tirant d’eau, le remontent jusqu'à Han-kheou, dépendant de Wou tchang fou dans la province de Hou konang( I. 30® 34' 50"; long. E., 111° 53’ 30'’), grand port intérieur ouvert au commerce européen par les traités français-anglais de 1858 avec la Chine. Des bâtiment» de moins fort tonnage remontent le Kidng beaucoup plus haut jusqu’audelà de Tching-tou fou dans le Sse-tchourn. Des

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