CHAPITRE CLXXV
Cy dit de la contrée de Comary. . •
Comary (i) est une contrée d’Inde meismes, de laquelle se puet veoir aucune chose de l’estoille tramontane, laquelle ne se puet veoir de la mendre isle de Java en ça*. Et quant l’en la veut
11 Ms. B. Le ms. A. ùiaus. — 1 Ms. B. Le ms. À. astrologues . — j Ms. B. oeuvre, CLXXV. — “ Ms. ff. Les mss. A. B. portent : • Comary est une contrée d'Inde métairies, de laquelle l’en puet veoir puis la petite isle de Java en ença. »
,o Neige. ”, Rouges. — ,s Bleus. — Verts.— Poules. — ,5 Médecins. — ,6 J prés.
CLXXV. — (1) Du port de CoUum , sur la côte du MalaW, où son navire l'avait ronduit en quittant Cnil, Marc Pol, qui avait doublé le cap Comorin, n’a pas voulu le passer sous silence et il lui consacre quelques lignes qui ne sont pas sans intérêt. M. Hugfa Murray (lieu cité, p. 311),
toujours guidé par nous ne savons quelle inspiration, dit que « lorsqu’on suppose Coilum à
- Vouest de ce cap, cette ville parait entièrement
- mal plarée ( it oppeared eatire/r mispiaced) ; •> mais que lorsqu’on fixe sa position à l’est, le » cap vient parfaitement à sa place. -
veoir, si va l’en bien .xxx. (trente) milles en mer , et la voit on bien .1. coûte 1 haut (a). Il est moult sauvage lieu; et si y a bestes de toutes façons, et proprement singes qui sont si devisez que vous diriez que il sont hommes. Et si y a aussi ours, lyons et lupars * assez. Et si a moult de granz paluz 3 et moult grans pantains < à merveilles (3).
lj Ms. A. ht ms. B. porte : dedens la mer.
CLXXV. — ■ Coudée (haute d'une coudée). — * Léopards. — 5 Mamis, mot latin. —
1 Mare, bourbier, de l'italien pantano.
Cela est vrai dans l’ordre d'énumération; mais voilà tout. Est-ce là un motif suffisant pour bouleverser toute la géographie, pour ne tenir aucun compte de l’histoire ? Nous ne le pensons pas. Aucun ouvrage ne pourrait supporter l’épreuve d’un pareil principe.
Le cap Comorin est nommé par les indigènes : Kan y à Koumàri, ■ la jeune vierge ; » ou simplement Koumàri, nom donné en sanskrit à la déesse Dourgd. Ce mot en tamil, dit M. Caldwcll {Dravidian comp. Grammar, p. 67), se prononce Koumdri ; et dans le dialecte vulgaire du peuple qui habite près du Cap, une « vierge » ne se dit ]>as kounuiri , nu koumàri, mais kotimar, prononcé komar. Le cap ('.omorin comptait anciennement dans l’Inde, au nombre des « cinq ports sacrés » célébrés par les poètes pour y prendre des bains. On peut voir dans Maçoudi ( trad. citée, t. 1, p. 1 OU- 175), une curieuse anecdote sur un roi hindou de Komar, qui avait désiré avoir la tète du MaliA Hûilja de Zabcdj (Java), et qui perdit la sienne. C’est de ce mot prononcé de l'une cl l’autre manière qu’est venu celui de Komhary, dans Aboulféda {Rat Komharj- , le « Promontoire ou cap Komhary »), et Comorin, chez les géographes européens ; dans Ptoléméc : Kojxao’-a âxpov xai iïqmç, « la ville cl le promontoire komariens » (I. VII, c. I, Ç 9, édit. Nobbe), et dans le ■ Périple de la mer Erythrée,» où ce nom est écrit Kopxp, Komar ( Geographi g r ceci minores , édit. Didot, t. I, p. 300) , où la tradition sur la déesse Dourgd ou Pàrvati , déesse des montagnes, est rappelée. « On rapporte, dit Aboulféda, que la région nommée Ma' bar commence au promontoire Komharj,
nom qui est donné à U montagne (formant le promontoire) aussi bien qu’à la ville (qui s’y trouve située). » Lat. 8° 04' N.; long. 75» 19' E.
(2) Par la « roendre ile de Java », de notre teste, il faut entendre » Souruatra », ou Java la meneur, décrite au chap. 165. Dans uotre ms. C. comme dans le texte français de la Société de Géographie, la version latine, l’ancienne version italienne de la Cruaca, c’est « l’étoile de la tramontane » qui • est un peu vue ■ , à trente milles eu mer du cap Comoriu, et non Pile de Soumalra. « Comari regin (dit la version latine) est in India. Undique videri potest polus arclicus, id est Stella qusr diritur trnmontana; nam ab insula Java usque ad locum istum videri omtiino non potest. »
(3) Le texte français de la Société de Géographie porte (p. 222) : « Il hi a gat paul si devisez • qe ce estoit merveille. » La version latine (p. 464) : « Ibi sunt cati qui dicuntur pauli, valde « divmi ab aliis. » Le traducteur latin a cm que le mot gat du vieux texte français voulait dire un chat, et il le traduit ainsi cati, tandis qu’il signifie forêt, broussaille. De plus, ne sachant pas également le sens du mot paul, dans nos mss. paluz et palus, qui est le latin palus, ■ marais », il en fait un qualificatif du mot chat: « cati qui dicunUir pauli. » Ce contre-sens s’est conservé dans Ramusio, où il est dit : ■ Vi sono ancora gatti maimoni («chais mammons », c’est-à-dire singes). L’auteur de la version italienne de l’ancien manuscrit de la Grusca, u ayant pas compris la rédaction originale française, a supprime le passage.
Nous avons encore ici une preuve intrinsèque