‹ Le livre de Marco PoloChapitre 246 sur 357 · CLXXIX. — 1 Cuirs ouvres · texte numérisé non relu

CLXXIX. — 1 Cuirs ouvres

quelle sont Cambaye, Soùmenàt, konkan, Tdna et plusieurs cités et villes. On dit que le Gou/eràt comprend 80,000 différents districts, cités, villages et hameaux. Les habitants de ce pays sont riches et heureux, et pendant les quatre saisons de l'année, non moins que soixante-dix fleurs différentes fleurissent dans la contrée. Les récoltes qui croissent daus la saison froide empruntent leur vigueur à 1a rusée. Quand celle-ci ne se produit plus, la saison chaude commence, et à celle-ci succède la saison des pluies. On fait deux récoltes de raisins pendant l'année, et la force productive du sol est telle que, si vous placiez un plant de cotonnier sur un platane, il |K>usserait des racines et donnerait un produit pendaut dix ans.

• La population est idolâtre, et ils ont un roi de leur nation. Soumnât (dont il est question ciaprès, ch. CLXXXl), qui est le nom de l'idole de ce lieu, est adoré par toutes les populations de ces contrées, et des étrangers (hindous) s’y rendent d'une grande distance pour lui présenter leurs offrandes. Pendant la durée de la dernière station, ils se traiiient sur le sol, le front contre terre, et s'approchent de l'idole en faisant de g rauds mouvements de tête.

« Il se fait un grand commerce sur les cotes du Gouzcràt. Au-delà du Gouzerat sont Konkan cl Tàna; au-delà de ceux-ci vient la contrée de Melibar, qui, depuis la frontière de Karoha à Koulam, a 300 farsangs (environ 300 lieues de 25 au degré) en étendue. Toute la contrée produit le pàn (en sanskrit panasa et phatata , •> arbre à pain *); ce qui fait que les ludieus y trouvent la vie facile. 11 y a là beaucoup d'or et

d'argeul monnayés, qu'on ne peut exporter dans une autre contrée, l’ue partie du territoire est eu terre ferme, et l'autre partie en côtes maritimes. I.es habitants parlent une langue mélée , comme ceux de khabâlik, dans ta direction de Roôm, auxquels ils ressemblent sous beaucoup de rapports. Les habitants sont tous samanis (bouddhistes ou plutôt djaiuistcs). La première ville située sur la côte est Sindapoùr (la « ville de Sinda ou des Sind , l' lAptaxr] Izôivûv de Ptolémée » ), ensuite Figuùr, ensuite Mandjarôr (Mangalore) , ensuite la contrée de Hili (I ’Êly de Marc Pol); ensuite la contrée de Tadarsé, ensuite Djangli, ensuite Koùlam (Goilum, Kiû-lân). Les habitants de toutes ces contrées sont satnauU (djainistes). »

On voit par cet extrait que Rachid-ed-dîn s’est servi pour cette citation de deux documents différents, dont le premier place Tana dans le Goudjar.it, et le second en dehors et comme État indépendant. Il est vraisemblable que le second de ces documents était le plus récent , et concordait avec l'époque du voyage de Marc Pol.

Barbosa, eu parlant de celte place, dit : ■ Per h lungo la detta Costa audaudo avanti vi trova « una fortezza del detto re (di Guzzerati) che si a chiarna Tana Maiambu. » Fol. 208. Dans ta Relation originale de Duarte Barbosa, publiée en langue portugaise eu 1813, par l'Académie royale des sciences de Lisbonne, on lit (p. 281) : Henamajambu (pour Tana-tnajambu : « Ht ho (liante deBaxay, ha ho longuoda cosla eslaa hûa forlulesa del Rey do Guzarate, ha que chamaom Tana-majambu. etc. » Nous avons ici l'explication de l'orthographe Tanaim, pour Tana, de

11 ist 1 de ce royaume moult de coursaus 3, par la volenté leur roy, qui robent 4 les marcheans. Et si ont covenant 5, ces coursaus, à leur roy, que touz les clievaus que il prendront seront siens; et toutes les autres choses seront leur (4). Et ce fait, leroy',

« Ms. A. Le ms. B. porte : U rojrs,

* Sort. — 3 Corsaires. — 4 f oient, pillent. — 4 Accord, convention , contrat; mot conservé en anglais. Le ras. B. porte : convenant .

notre rédaction, dans laquelle la prononciation fruits do différentes espèces, et d’une saveur de» locale a été suivie; le nom composé, de liarhosa, licale, y croissent aussi en abondance , particu» signifiant « Tana-les- Bombay » ; ce dernier nota, lièrement des raisins, des melons, de» oranges et Bombay, se prononçant dans le pays : Mombei, des figues.

et signifiant uu certain poisson. Quant à Y encens, Marsdea pense que c'est

Toutefois, ce n’est pas là la véritable élymo- évidemment le benjoin, gomme-résine, obtenue

• I.. , avec ou sans incision, dont on connait plusieurs

logie du mot, écrit àJ ^ Thàna , dans Fé- . . . .

^ * sortes; le commun, ou èn sorte, comme on 1 ap-

richtah, et qui a conservé des traces du nom pelle dans le commerce, est roussi ire ou brunorigiual sanskrit St'ànaka, ou plutôt S1 ri-Sr’d- rouge foncé, d'odeur suave ; c'est probablement naka , « la ville de la déesse Sfri, » ou Lakchmi , là Yencens dont parle Marc Pol. Cette gomme du « déesse de la Fortune, » comme le porte une benjoin est importée {le Snnmatra dans les inscription en langue sanskrite, gravée sur des port* de l’Inde, pour être de là transportée sur planches de cuivre, et découverte en creusant les marchés de l’Arabie, de la Perse, de la Syrie des fondations pour construire de nouveaux ou- et de l’Asie Mineure, où il s’en fait une grande vrages au fort de Tanna , capitale de File de consommation. Le benjoin, en latin benjuinum, Salsrtte, en 1780 ; inscription publiée dans le se nomme en langue javanaise menjnn ou premier volume des « Recherches asiatiques ■ , mbenjan , d’ou le mot est dérive. Quaut à Finp. 43 et suiv. de la traduction française. dustrie des « cuirs » et des « houguerans », voir

Il n’est pas douteux que la ville actuelle for- la note* du chapitre précédent, tifiée de Tanna, ou Thàna, dans File de Salsetle, (4) Al-Rirouny parle d’uue tribu de Beouridji à vingt milles nord-est de Bombay (lat. 19* ll#t établis à Kuüj et à Soumenat, dont il sera bienlong. <0° 40'), ne réponde au Tana ou Tanaim tôt question. On les nommait ainsi parce qu’ils se de Marc Pol. Toutes les autorités que nous avons livraient à la piraterie dausdes barques nommées citées concourent à confirmer celte opinion. beyrab. (Voir M. Reinaud, Pragmcnts arabes et

(2) la langue parlée généralement dans la persans relatifs à C Inde , p. 120.) La piraterie,

province actuelle de Bombay est le mardtbi d’ailleurs, existait dans ces mers comme dans (corruption du mot sanskrit mahardchtra , beaucoup d'autres où le commerce l’attirait par « grand royaume « ), ou « maràlhe », qui est, l'appàt du gain, jusqu’à ce que des puissances comme nous l'avons déjà dit, dérivé du sanskrit, intéressées à sa destruction l'eussent supprimée. Le goudjarlti et l'hiudoustani y sont aussi par- Mais ce qui la distingue ici, comme le fait Irès- I es, mais par le pet il nombre des habitants. bien remarquer Marc Pol, c’est son » associa -

(3) he poivre ne croit effectivement plus dans lion avec le souverain du pays », qui en parta- • celle latitude. Les principaux produits de la geait le profit, et qui en cela ne faisait mie œuvre

province soûl le rii ainsi que d'autres grains, et de roy, comme dit Marc Pol. le coton. l)es chevaux d'une petite espèce, pro- C * roi, c’était Rama-Déva, ou Hamdèo, selon

bablemeut de race arabe, sont élevés en grand la prononciation du pays, souverain du Dckhan, nombre sur les bords de la rivière Bimà. Des qui fut défait près de Dévagiri ou Deoghur, la mo

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