‹ Le livre de Marco PoloChapitre 280 sur 357 · CHAPITRE CXC · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXC

Cy devise de la cité de Dufar.

Dufar (i) si est une belle cité et noble et grant ; et est loins de

Escier .v. (cinq) cens .m. (milles)

S Biscuit.

CXC. — (1) \ — À-b Dlid/àr, dans Bakoui. C’est, dit-il ( Not . et Estr., etc., t. Il, p. 403), m une ville d’Arabie près de Senaa, où demeuraient les rois Hémiariles ; ce n’est que dans ces montagnes que l’on trouve l’euceus , surnommé pour cette raison Al-dltifari (» l'encens dhifarieu » ou de Dbifar) ; l'on eu lire aussi le dgiaza ou l’onyx. »

« C’est sur les frontières du Hadramaut et de l’Oman, dit M. Noël Desvergrrs ( Arabie , dans l’ Univers pittoresque, p. 24), qu’il faut peut-être placer la ville de Zhafàr , pendant longtemps la capitale de l’empire des Himyarites , et probablement le Saphar de la Genèse. Deux villes ont porté ce uom dans l’Arabie méridionale, et quelquefois elles ont été confondues par les géographes orientaux. L'une était dans le voisinage de Sanà } l’autre sur le bord de la mer, et près de Mil bat. - C’est de celle-ci que parle Marc Pol.

Il y a eu dans l’Arabie deux villes du même nom, que les géographes orientaux ont souvent confondues, et qu’il était nécessaire de distinguer.

• Mon Zhafàr à moi, dit M. Fresuel, dans une lettre à M. Mohl, datée de Djcdda, janvier 1838 (Journal asiatique juin 1838, p. 518), la capitale des Himyarites, le Séphar de la Bible ( Genèse, X, 30), je vous répouds qu’il est à deux cents parasanges de Ssanâ, pour le moins. Je suis couvaincu que c’est de ce dernier emporium, situé sur P Océan, dans le voisinage de MirliAt, que

vers maistre. Et sont sarrazins;

Maçoudivy a voulu parler lorsqu’il dit que la plupart des rois du Yaman ont résisté (résidé) à Zhafàr; et comme cette cité, enrichie par le commerce de l'Inde, était la ville la plus intéressante de l'Arabie méridionale, et de toutes les Arables, je suis très-porté à croire que son homonyme du Yaman occidental fut bâtie et nommée ainsi , dans un esprit de rivalité , par le chef d’une province démembrée, lequel voulait pouvoir dire : Je lègne à Zhafàr. Si cette opinion est fondée, il faudra reporter le pays de l’Hhymyar à près de deux cents lieues à l’est de la région où il est indiqué sur nos cartes, ou admettre que la ville la plus imporlaute de ce pnyslà était une ville limitrophe.

- Ce qu’il y a dd certain, c’est que la plus ancienne ville du nom de Zhafàr , est gé-

néralement identifiée avec celle que la Bible nomme Sephar ; du moins les savants qui fout autorité , depuis Bochart jusqu’à Gescnius, paraissent d’accord sur ce point. . L'identité de Sephar avec l’antique Zhafàr une fois admise, il s'ensuit de toute nécessité que la plus ancienne ville du uom de Zhafàr est celle qui se trouve, ou plutôt se trouvait dans le voisinage de Mirbât; car si c’était l’autre, c’est-à-dire la ville située à 24 parasanges de Ssanà, datis le Yaman occidental, le pays de Hadramaut n’eùt poiul été compris dans les limites assignées par Moïse aux enfants de Joctan, limites qui sont Mccha à

et ont un seigneur si comme je vous dirai. Et est souzinis au Soudan d’Aden. La cité si est sus la mer; et y a moult bon port. Si

l'ouest, et Sephar ù l'orient. Pour que Ssefàr .soit leur limite orientale , il faut absolument qu'elle se trouve au-delà du lladramaut... La principale ville du nom de Zhafàr était, pour lits Arabes, la résidence des rois de Hhiinyar. Donc le Zha far situé sur l’Océan était la capitale des rois de Hhirayar.

« Le nom de Zhafàr s'applique aujourd'hui , non plus à une ville, mais à une série de villages situés sur la côte ou prés de la côte de l'océan Indien, entre Mirbât et le cap Sadjir { raz Sadjir). Du plus oriental au plus occidental il peut y avoir la distance de 17 ou 18 heures, ou deux journées de caravane. Voici les noms de ceux qui avoisinent le rivage en allant de l'est à l’ouest : Tâckah , Addahàriz , Aibélid, AtUhàfah , Ssafd/ah, Avckad. Les quatre premiers sont sur la mer et les deux derniers à peu de distance du rivage. Celui que l’on nomme Dëlid ou Hharkhàm, est en ruines, mais en ruines splendides; c'est l’antique Zhafâr. L'Arabe de qui je tiens nies renseignements a visité ces débris. Il m’assure y avoir vu et l'ogive et la voûte en plein ciutre. Toutes les pierres employées par les architectes de Zhafàr sont taillées avec une précision géométrique, et l'on remarque dans charpie maison une mosquee ou un oratoire (suit la tradition relative à cette particularité).

n Aboulféda n'avait pas tout à fait tort en di« saut que Zhafàr est situé au boni d'un golfe, et que les bâtiments n'en pouvaient sortir qu'avec un vent de terre ; car Üclid est bâtie sur une presqu’île, ou ci-devant presqu’île, entre l’Océan et un golfe , ou ci devaul golfe ; en sorte que le port se trouvait autrefois derrière la ville par rapport à un spectateur placé au large. Aujourd'hui, pendant presque toute l'année, au moins à la marée busse, le golfe est un lae, et la presqu’île un isthme, rentrée du port s'étant obstruée à la longue ; mais ce qu’il y a de curieux, c’est que ce lac est un lac d’eau douce. Dans la saison des pluies (en été, comme dans l’Inde), il redevieut golfe , golfe d’eau douce à la marée basse, et d'eau salée à 1a marée haute. Il n’y a plus aujourd'hui que trois ou quatre maisons habitées, dans toute la ville de Zhafàr, c'est-à-dire

à Bélid ; la ruine de cette ville est, dit mon Arabe Mouhhsin, une punition du ciel; Dieu ensevelit 1rs habitants sous les décombres de leurs palais, à cause du mauvais usage qu’ils faisaient de la magie. Ils s’en servaient, dit-il, pour amener dans leurs lits les plus belles femmes des pays étrangers; car ils étaient si habiles dans cette science qu’ils pouvaient, en traçant des caractères dont le secret est perdu, enlever le soir, à plus de mille lieues de distance, une femme à son mari, et la lui restituer avant l'aurore. »

Nous croyons devoir citer encore ici, après l'extrait curieux qui précède, la description suivante de la v ille de Dufar (ou Z hafâr, comme les Arabe* orthographient ce nom), faite par Ibn- Batoutah presque contemporain de Marc Pol, et qui la visita deux fois, la dernière l'an 748 de niégire(l347 de notre ère) :

« Nous nous embarquâmes à Couloua pour la ville de Zhafàr alhoumoûd (Zhafàr aux plantes satines et amères). Elfe est située à l'extrémité du Yaman, sur le littoral de la mer des Indes, et l'on en exporte dans l’Inde des chevaux de prix. I.a traversée dure un mois plein, si le vent est favorable ; et, pour ma part, j’ai fait une fois en vingt-huit jours le voyage entre Kàliknûth, ville de l'Iudc, et Zhafâr. Le vent était propice, et nous ne cessâmes pas d’avancer nuit et jour. La distance qu’il y a, par terre, eutre Zhafâr et Aden est d’uu mois à travers le désert. Entre Zhafàr et liadhramaout il y a seize jours, et entre la même ville et Oman, vingt jours de marche. La ville de Zhafâr se trouve dans une campagne déserte, sans villages ni dépendance. Le marché est situé dans un faubourg appelé Hardjd , et c’est un des plus sales marchés, des plus puants, et des plus abondants en mouches, à cause de la grande quantité de fruits et de poissons que l’on y vend. Ces derniers consistent, pour la plupart, eu sardines, qui sont dans ce pays extrêmement grosses. Une chose étonnante, c'est que les bêles de somme s’y nourrissent de cet sardines, et il en est ainsi des brebis. Je n’ai point vu pareille chose dans aucune autre contrée.

« La principale culture des habitants de Zhafàr consiste en millet ( dhourah ) qu’ils arroseut

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