‹ Le livre de Marco PoloChapitre 279 sur 357 · CHAPITRE CLXXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXIX

souzmis au Soudan d'.-Vclen. Il maintient bien sa terre en justice ; et si y a pluseurs cités et chasteaus souz lui. Il sont sarrazins; et si y a moult bon port ; si que moult de nefs y viennent d’Inde avec moult de marchandises. En ceste contrée croist moult d’encens blauc (a) de quoi le seigneur a moult grant proufit. Et ne l’ose l’en à autre vendre qu’au seigneur ; et le prent pour ,x. (dix) livres d'or le quintau ’ et le vent .lx. (soixante) livres d’or le quintau* ans marclians ; si qu’il y gauingne moult grant avoir. Il y croist aussi moult de dathes 3. Il n'ont nulz blez que ris seulement ; et si en ont pou b ; mais il leur en vient assez de toutes pars ; pour ce que ceusqui leur portent y gaaingnent bien. Il ont poisson en grant habondance, et proprement moult grant. Et si en ont tant que pour un venissien ' gros d'argent en auroit l’en .ij. bien gratis.

CLXXXIX. — a Cette dernière phrase manque dans le ms. B. — h Ms. A. pot. — f Id. ve ne sien.

* Quintal. — 3 Dattes.

« Le principal bourg de Mahrah est Schedjer « ( Eseier dans Marc Pol ) . Le langage des habitant s « est tellement corrompu, qu’on a de la peine « à le* comprendre : c’est l’ancien himyarite.

« Cette contrée est très- pauvre. Les seules resa sources de ses habitants consistent dans le « transport des marchandises et dans le com- « merce des chèvres et des chameaux. Us nour- « rissent leurs bestiaux d'une espèce de poisson m qui se pèche daus la mer d’Omau, et qu’on « donne au bétail après l’avoir fait sécher au so- ■ leil. Les habitants de Mahrah ne connaissent « ni le blé ni le pain. Ils vivent de poisson , de « dattes , de laitage , et ne boivent que très-peu * d'eau ; ils sont tellement accoutumés à ce ré- « gime que, lorsque, voyageant dans une contrée « voisine, il leur arrive de manger un peu de « pain ou quelques mets fariueux, ils en sont in- « commodes, et tombent quelquefois malades sém rieusement. On dit que la longueur totale du « pays de Mahrah est de 900 milles et sa largeur « de 26. Il se compose en entier de sables mou- « vants. î)e l’extrémité du pays de Schedjer jus- « qu’à Aden on compte 300 milles. »

Celle description d'un géographe arabe du douzième siècle de notre ère (n. 1099 à Ceuta),

s'accorde pleinement avec celle de Marc Pol. Édrisi compte 300 milles de distance d'Adcn à la frontière du pays de Schedjer, et Marc Pol 400 de la même ville à celle qui était lr. port de Schedjer et qu'il nomme Eseier t c’est-à-dire es pour el-Schehr : Esschehr, ce qui est tout à fait conforme.

(2) « L’Arabie, dit Nicbuhr ( Description de C Arabie y p. 120), n'était pas anciennement moins célèbre par son encens que par son or ; mais tout l'encens que les pays septentrionaux tiraient de l'Arabie Heureuse n'était pas du cru de cette province... Actuellement on ne cultive que sur la côte sud-est d'Arabie, dans les cuvirous de Keschin , Dajâr, Merbdt , Hasek, et surtout dans la province de SchàUhr , l’espèce seule d'encens nommée libda ou otibàn par les Arabes; et cette espère est très-mauvaise. Les Arabes tirent beaucoup d'autres espèces d’encens de l'Hablicscli, de Sumatra, Siain, Java, etc., et parmi celles-là une qu’ils appellent bachùr-java , très-semblable à Yolibàn. On en exporte en grande quantité en Turquie , par les golfes d’Arabie et de Perse, et la moindre des trois espèces de benzoin que les marchands vendent est estimée meilleure que Yolibdn d’Arabie.

Il vivent de char, et de lait, et de ris, et de poisson. Il n’ont point de vin de vingne * ; mais il en font de sucre, et de ris, et de datlies bon et fin. Et si vous dirai encore une autre chose qui bien semble estrange. Sachiez que touz leur moutons n’ont nulles oreilles; mais là où l’oreille doit eslre, a un petit cornet *. Et sont petites bestes et belles (3). Et encore vous di que toutes leurs bestes, si sont roncins', buefs , chameus; touz menguent petiz poissons, et ne vivent d’autre chose ; car ce est toute leur viande3 * 5 ; et est pour ce que, en tout ce pa\ s, n’a herbe ne verdure', ains 6 * est le plus sec lieu du monde. Les poissons que les bestes menj lient sont moult petiz, et les prcnt l’en de mars, et d’avril et de inay. Et en prennent tant que c’est merveilles. Et puis les sechent et les metent en maisons1 et les donnent à mengier à leurs bestes tout l’an (4). Et encore les menguent, les bestes, aux poissonniers, tout vifs, si comme il issent 7 de l’yaue. Il ont aussi moult d’autres poissons grans et bons et à grant inarcbié ; car il les taillent 8 par pièces ",

d Le ms. C. porte : petit pertuis , qui est synonyme de petit cornet ou corner • Ms. B. ronchias , c’est-à-dire: chevaux entiers. — f Ms. B. Le ms. A. viande, c.-à-d. nourriture. — C Ms. A. mesons. — ** Ms. B. pieches.

* l igne. — * Nourriture. — 6 Mais au contraire. — 1 Sortent. — 8 Coupent.

(3) Le texte français de la Société de Géographie porte (p. 243) : « E si vox di encore uue au • « tre couse, car sachiés luit voirement qe il oui « mouton/ qe ne ont orilles, net let perlais des * oreilez, mes là où les oreiii devoit estre a un « petit corner. * Le texte italien de Kaiuusio est conforme à celte rédaction : • Hauno montuni piccoli, li quali nou hauno l'orcechie dose hauno gliallri. nu vi sono due cornette, etc. • Mande», qui la mis en anglais, a traduit eoraetie par hornif «cornes-, au lieu de l'interpréter par dicebux, - coruet », » cornet acoustique », qui est le

véritable sens ; et il s'étonne, à hou droit, de cette

singularité /.oologiquc, sans savoir comment l’expliquer. L'éditeur du texte français de la Société

de Géographie n'a pas mieux compris son auteur,

car, dans sou Glossaire des mots hors if usage

(p. &09} , il explique le mol corner ( cornet , et

pertuis dans nos mss.) par corne. On disait cependant, et l'on dit encore, que les oreilles cornent : m Un ovre frai en Israël , e tele serra ke • corneront li les orilles à celui lu l'orrad. » ( Les Quatre Livres Jet Sois, publié par M. Le Roux de Lincy, Paris, 184 1, p. 12.) Les moutons en question avaient donc les oreilles petites, et comme ossifiées ; mais le passage de l’air u'en existait pas moins comme dans les oreilles ordinaires ; voilà tout le mystère. Ce u’étaienl pas des cornes.

(4) « La mer, eu partant de ta côte d'Oman, dit Niebuhr ( lieu cité, p. 256), est si poissonneuse que non-seulement ou nourrit de poisson les vaches, les àucs et d’autres animaux,) mais qu’on sYn sert même pour engraisser les champs.» Et cet engrais est excellent. En France, dans quelques localités, les hululants des côtes le savent bien.

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