‹ Le livre de Marco PoloChapitre 298 sur 357 · CXCVI. — * Dans toutes les épreuves · texte numérisé non relu

CXCVI. — * Dans toutes les épreuves

CXCVI. — (I) Agiainit, Agiaint ou Agyanie , comme ce nom est écrit dans nos trois mss. ; et même Aigiarm, comme il est transcrit dans le texte de la Société de Géographie, n'est pas un nom mongol ; la lune , dans cette langue, se dit Sara ; mais il est Ouïgour ou Turk-oriental ; car, dans le turk actuel, la lime se dit encore ^3! Ay, et le soleil ^ kün ou giun ; e t, en réunissant les deux mots pour en former un composé, on aura Aygiuni , «• soleil et lune, •* ou « ayant l'éclat du soleil et de la lune ; - ce qui rentre dans le sens que lui donne Marc Pol. C’est là une preuve indirecte que Khaïdou habitait le pays des Ouïghours, ou le Turkistàn oriental.

(î) La jeune princesse dont il est question dans ce chapitre amusant, avait sans doute lu les poèmes indiens dans lesquels on trouve souvent un épisode semblable au récit que nous fait ici Marc Pol. On peut Voir entre autres le sixième chant intitulé Svayamvara, « le Choix d'un époux -,du Raghüuva'tsa, poème indien de Kâli-

dàsa, publié en sanskrit et en latin (Londres, 1832, 1 vol. îd*4°) par un indianiste distingué, M. Stenz- W, de Breslau. Mais il y a une bien grande différence dans la manière dont sc fait Y élection. l.a tille du roi mongol du Turkistàn, Agiaint, dans le concours de sa main qu'elle propose, ne veut accorder ce prix qu’à celui qui la vaincra dans la lutte, tandis que la tille du roi indien, Indoumati , parmi tous les jeunes rois accourus de toutes les contrées de l’Inde pour obtenir sa main, les passe tous en revue dans la grande salle du palais de son pere, conduite par son intendante, qui a bien soin de lui détailler toutes les qualités des prétendants , et la princesse choisit celui qui lui convient le mieux ; son élection n’est pas le prix de la force. M. Th. Pavie a aussi publié, dans le Journal asiatique (mars 1839), la traduction d'un autre Svayam~ vara, tiré du MnUdbhàrata , cl auquel on peut romparrr celui de la fille de Khaïdou, avec lequel il a une certaine ressemblance.

li previlege '* à leur usage , que elle se peust marier à qui qu’elle vousist3 *, et quant il li plairoit'. Elle estoit si grant et si corsue, et si grosse et bien faillie, qu’elle ressambloit poi mains I d’une jaiande5. Elle avoit envoie ses* lettres par chascune terre, quequiconques se voudroit venir esprouver * contre elle , si venist6 * par tel convenance que, se elle le vainquist, qu’elle gaaingnast .c. (cent) chevaux; et se il la vainquis!’ qu’il l’auroit à femme. Si que pluseurs fil/, de gentil/, hommes y estaient venu/ esprouver en encontre elle, et elle les vainquit tou/1 ; si qu’elle avoit tant gaaingnié qu’elle avoit plus de .x.m. (dix mille) chevaus.

Or avint que ou temps .M.cc.iiij. (mil deux cents quatre) vins ans de Crist (3), il vint un gentil vallet?, fil/ d’un riche roy, et puissant, lequel estoit preuz et vaillant et moult fort; et avoit ov parler de I’espreuve à ceste damoiselle. Si que il s’estoit venu/ esprouver encontre elle; que se il la vainquist, qu’il la peust avoir à femme, si comme cstoient les convenances 8, et il en avoit moult grant talent» d’avoir la; car elle estoit moult belle damoiselle de grant maniéré, et il estoit moult biaus et jeunes et preuz et fort de toutes forces; car il ne trouvoit homme ou royaume son pere qui peust durer contre lui de nulle force; si que, pour ce, estoit il venuz hardiement, et avoit amené mille chevaus, que se il fust vainqus, qu’elle peust avoir tretouz les mille chevaus ensemble. Si que ce feust une moult grant gaaingne de mille chevaus à un coup. Mais le vallet selioit tant en sa force que il la cuidoit gaaingnier de venue.

f Ms. A. U plemit. — S Ms. B. elle envayoit les . — h Ms. A. esprouvoir . — • Ms. B. vaintjuoit . — i Cette phrase manque dans le ms. B.

* Lui accorda le privilège qui était à leur usage. — 1 roulât. — 4 Peu moins. — 5 Géante. — 6 Qu'Il vint. — 7 On l'écrivait aussi varlet. C'était, dans le moyen âge, le nom que l’on donnait à un jeune homme, fils d'un preux, et non encore armé cheva* lier. — * Conventions. — 9 Désir , envie.

(3) Cette époque précise semble ne devoir

laisser aucun doute sur la réalité de l'histoire

racontée dans ce chapitre. Elle répond exacte-

ment à celle où khaïdou, repoussé par les géné-

raux de Khoubilai KhaAn, de ses entreprises

contre lui dans la Mongolie, avait dû se reporter

dans leTurkistân où régnait nominalement Doua que Khaïdou, comme on l*a vu au chapitre précédent, avait mis sur le trône, apres la mort de Toca-Tcmour. Ce Doua ne mourut lui-même qu'en 1305. Le récit de Marc Pol est un exemple curieux des mœurs de cet le contrée,à celle époque.

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