‹ Le livre de Marco PoloChapitre 299 sur 357 · CHAPITRE CXCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCVI

Et sachiez que le roy Caidu et sa femme la royne, niere de la forle damoiselle, si prièrent à leur fdle privéement, qu’elle se laissast vaincre en toutes manières 1 ' ; earilseroient moult liez s’il a voit leur fille à femme ; pour ce qu’il estoit gentilz bonis, et filz à un grant roy (4)- Mais la damoiselle leur respondi que en nulle maniéré elle ne se laisserait k vaincre à son povoir; mais, se il la vainquoit par force, elle vouloit bien estre sa femme, si comme les convenances '* estoient; et autrement non.

Or avint qu’à un jour nommé s'assemblèrent toute la gent ou palais le roy Caidu. Et y fu le roy et la royne. Et quant toute la gent fu assemblée, dont il y avoit assez pour veoir celle luite 1 3 ; si issi la damoiselle avant ,5, en une cote estroite de samit Ifi; et puis vint, le vallet, après, en une cote de cendal ’’ et estoit moult belle chose à veoir. Et quant il furent touz deus ou palais si prirent l’un l’autre à bras, et s’entretindrent or çà, or là', et dura grant pièce'4 * * * 8 * * que l’un ne povoit abatre l’autre. Mais en la fin fu telle l'aventure que la damoiselle le geta souz" lui" moult vaillamment. Et quant celui se vit geté dessouz elle, si en ot '9 moult grant honte et moult grant vergoingne; et ne fist autre chose, mais que sitost qu’il fu levez, il s’en parti au plustost qu’il pot ” atout ’° sa compaignie; et s’en retorna chies son pere, honteus et dolent de ce qui li estoit avenu; que par une damoiselle 11 avoit esté vaincu, qui oncques ne

k Ms. A. lairott. — 1 Ms. B. pHstrent li uns l'autre aux bras or çà or là. — ro Ms. B. f iessoubs . — * Mss, A. el B. pour sous elle. — ° Ms. B. /trust. — H Ms. C. garce.

*® Supplièrent , avec le régime indirect, comme le latin supplicare alictii. — 11 Dans tous les cas . — ,a Conventions. — *3 Lutte . — Sortit. — ,s La première. — ,6 Étoffe Je soie , ou velours. — *7 Nom d’une étoffe précieuse dans laquelle entrait de la soie. Le ms. A. écrit cendel. — »• Longtemps. — 19 Eut. — *° Avec.

(4) Dans le texte français publié par la So-

ciété géographique de Paris, on lit (p. Î53) :

« car il (Caidu) ronoisoit qe il estoit filz au roy

« de » le nom du roi en question ayant été

laissé en blanc dans le manuscrit; sans doute dans

l'espérance de remplir ce nom plus tard, lors-

que Marc Pol s’en serait souvenu, ou que des

documents écrits auraient pu le faire connaître. Ce nom n’ayant pas été retrouvé. Mure Pol prit sans doute le parti, dans la copie de son livre donnée par lui à Thiébaull de Cépoy, de supprimer le nom en blanc , et de l’appeler seulement ; un grant roy. Il est à regretter que le nom de ce roi ne soit pas connu.

pot trouver homme qui peust durer à lui. El laissa les mille chevaus qu'il avoit amenez.

Du roy Caidu vous di que il, et sa femme, furent moult courrouciez; car par leur vouloir, eust, le vallet, gaaingnié leur’ fdle, et le vousist(S) * * * * * 11 cliascun, qu'il l'eust eue à femme, pour ce qu’il estoit tenu à riche homme; et, avec ce, estoit moult biaus jeunes homs, fors et preus et plaisant'. Or li‘ avint celle mésaventure.

Or vous ai conté de la fdle le roy. Si sachiez que, depuis ce fait, n'aloit, son pere, en nul fait d'armes qu’elle n’alast avecques lui. Et il la menoit volontiers, pour ce que il n’avoit chevalier avec lui qui tant feist d'armes comme elle faisoit. Et aucune foiz se partoit deJ’ost son pere, et aloit en l’ost de ses ennemis’, et prenoit un homme, par force, aussi legicrement comme un oisel, et l’aportoit à son pere ; et ce faisoit elle toutes fois(5).

Or vous lairons atant de ce fait. Si vous conterons d’une grant bataille qui fu entre le roi Caidu et Argon le fdz Abaga , le sire du Levant des Tartars; si comme vous orrez ci avant **.

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