CHAPITRE CXV
pluseurs lieu»'1 fluns et lacs* là où l’en Ireuve leur paillole' en grant quantité. Et y eroist canelle en grant habondance. En ceste province s espant 1 le coralb, et est moult chier, car il le mettent au col de leurs femmes et de leur idoles 1 pour grant joie. Encore ont, en ceste province, assez d’autres choses * d’or et de soie. Et y croit maintes espices k qui onques ne furent veues en notre pais (3). Encore sachiez que il ont les meilleurs 1 enchanteurs et les meilleurs astronomiens qui soient en toutes ces provinces ; car il font les greigneurs" enchantemenz et les greigneurs merveilles, tout par art dyabolique, que c’est merveilles à veoir et à oïr (4). Pour ce
d Ms. B. lieux. — • Ms. C. Jtums et morts. — r Ms. B. pierres précieuses ; ms. C. C or en ftaillole (paillettes d'or). — S Ms. B. s' es part (se répand, se place). — h Ms. B. corail ; ins. C. cou rat. — ' M$s. A. C. ydres. — i Ms. C. cameloz assez et autres tiras. — k Ms. A. especes. — 1 Ms. C. les plus sages (les plus habiles). — m Id. les plus fers.
Greenwich). C'est donc à tort que Klaproth (*) a reproché à d'Auvillu d’avoir suivi le P. Grücber, qui place la capitale du Yiliet sous 20° 0' de latitude Nord, au lieu de lui avoir donné comme lui , Klaproth , uue latitude de 30° 40'. I.es géographes modernes, eutrc autres Hit ter et Kiepert, persuadés saus doute par le ton tranchant de Klaproth, l'ont suivi sur parole.
Le gouvernement chinois actuel entretient deux résidents au Tibet (dont le premier siège à U lassa ) , portant le litre de Pan-sse-ta-tchin , « ou Grands Ministres ayant la surintendance des affaires. » Il y a, de plus, quinze villes de garnisons dans lesquelles stationnent des troupes chinoises.
La seconde division , ou Tibet postérieur , est placée sous l'autorité du second ministre chinois , qui réside à Tcha-chi hlum-bu bvm le Bantchan-erdcni ou second grand Lama. 11 y a aussi sept garnisons chinoises dans les sept principales villes.
La partie du Tibet comprise sous le nom de Ladack est complètement indépendante de la Chine. On peut consulter, sur ce dernier, l'ouvrage spécial du major Cunningham, intitulé : Ladàk and surraunding Courtines. London , 1854. 1 vol. in-8° avec planches.
I’) Mimoirts rtlmUji à ? A rit, t. III. p. Jji.
(3) Selon la grande Géographie impériale de la Chine (sub voce Si tluang, fut. 27) , l'or se trouve dans le Kin-cha kia'ng, ou « fictive au sable d'or, » l'affluent le plus éloigné du grand Kiâug, et qui prend sa source dans les hautes montagnes du Tibet ; ce pays produit aussi de l'argent, du cuivre, du plomb, du lapis-lazuli, du borax (p/tang-cha), une étoffe grossière propre au pays (nommée pangdo) , qui varie selon chaque endroit ou elle est fabriquée ; du sel eu quantité; il y en a de trois espèces : du rouge, du blanc et du pourpre violacé ; des Ixrufs à longs jwils et à longue queue (le yak) ; des chevaux, des chèvres à longs poils; une grande espèce de chauves-souris que l'on nomme vulgairement cht-li ou chéri, différentes espèces d’or ges ; différentes especes de fèves.
(4) Un missionnaire français, M. Hue, dans ses Souvenirs tf un voyage dans le Tibet , rapporte un fuit (ch. 3) qui viendrait à l'appui de l'opinion de Marc Pol, si on pouvait prendre ce fait au sérieux : c’est un arbre né de la chevelure de Bouddha, il y a près de trois mille ans, et qui porte un caractère tibétain sur chacune de ses feuilles. M. Hue affirme que cet arbre existe encore, qu’il l’a vu dans une cour carrée de la lamaserie appelée Kounbonm , ou de* dix mille images. « Nous entrâmes dans cette vaste cour , dit-il, et nous pûmes examiner à loisir l'arbre
ne le vous conterai pas en ce notre livre ; car moult s en nierveilleroient la gent", et ne scroit pas bonne honneur".
Il sont moult maus acoustumés’’. Il ont chiens maslins gratis comme asnes, qui sont moult bons à prendre bestes sauvages, dont il ont assez, si comme je vous ai dit (5). 11 ont encore de pluseurs autres maniérés de chiens de chace. Il ont moult bons faucons lasniers qui sont moult volans elsevent1 bien oiseler; lesquiex ' naissent en leur montaignes.
n Ms. C. esmeneUlenùcnt les gens. — ° Ms. C. (encre (action). — I* Ms. B. mal a cous fumez; ms. C. maulz acoustumez (mal costumés). — 4 Mss. B. C. servent. — r Id. lesquels .
merveilleux dont nous avions déjà aperçu du dehors quelques branches. Nos regards se portèrent d’abord avec une avide curiosité sur les feuilles, et nous fûmes consternés d’étonnement en voyant, en effet , sur chacune d'elles , des caractères tibétains très-bien formés ... I,es caractères nous parurent faire partie de la feuille, comme les veines et les nervures... ; les feuille* les plus tendres représentent le caractère en rudimeut et à moitié formé ; l’ccorce du tronc et des branches , qui se lève à peu près comme celle des platanes, est également chargée de caractères. Si on détache un fragment de vieille écorce, on aperçoit sur la nouvelle les formes indéterminées des caractères, qui déjà commencent à germer ; et, chose singulière, ils different assez souvent de ceux qui étaient par dessus. Nous cherchâmes partout, mais toujours vainement, quelques traces de supercherie ; la sueur nous en montait au front ! >
M. Iluc, interrogé par quelques personnes sur cet arbre merveilleux, ne trouvait pas d'autres explications à en donner que celles que donne Marc Pol lui-même sur les enchantements et les merveilles dont il parle ; que c'est le produit de l 'art diabolique. Seulement, Marc Pol croit devoir, par pnidence, passer sous silence un grand nombre de faits de ce genre dout il avait connaissance; car moult s’en merveilteroit la gent , et ne seroit pas bonne oeuvre.
(S) Voir la note G du chapitre précédent. 3/ir Iiset Ullah , envoyé par Moorcroft dans l'Asie centrale, et dont la relation a été publiée en partie dans V Oriental Magazine (Calcutta, January-June 1825, reproduite en français par
Klaprolh dans son Magasin asiatique, t. Il , p. 1 et suiv.), dit, en parlant des chiens duTibct : ■ Ces chiens sont deux fois aussi gros que ceux de l’Hindoustan ; ils ont la tête grosse, le poil long, beaucoup de force et de courage, et on dit qu'ils pourraient résister à un lion. -
l/an 1121 avant notre ère (£/ taï ki sse , k. G, fol. 5), des peuples d’un pays situé à l’ouest de la Chine, appelé Lia, envoyèrent près de JFoû-ivang, pour lui offrir un chien de la race tibétaine, appelé dans l'histoire chinoise A'gao. Le même fait est rapporté dans le Chou-kiug (chap. !Ju Ngao), en même temps que le discours du prince Tchao , ayant le litre de « Grand protecteur du royaume - [lai pao), fait à celte occasion. Ce chien , selou les commentateurs chinois du C-hou-king , avait quatre pieds de hauteur , et était dressé, comme certaius chiens en Amérique , à faire la chasse aux hommes de |H*au différente. Marc Pol pouvait doue dire avec raison de ces chiens mastins qu'ils étaient gratis comme asnes.
Quant au caractère sauvage des habitants du Tiliet dont parle Marc Pol, l'histoire officielle des Mongols les décrit comme lui : « Le territoire du Tibet est vaste, étendu et hérissé de montagnes ; le peuple est farouche et grand querelleur. » Leurs mu-urs te sont adoucies depuis. La Géographie impériale en attribue la cause à l'influence des Ta-lai f.a-ma et aux La-ma en sous-ordre ( Dantchan et autres) institués par eux. C’est en effet depuis l'établissement de celte grande institution par khouhilaï-Rhaân que cette amélioration du caractère s’est opérée. Ils supportent, sans se plaindre, la domination chinoise.