CXCVII. — * Sut. — J jéi'tc toute son armée
« ikhu égorger dans nos camps? • Il fut donc arrêté qu’on livrerait bataille. »
Cette bataille eut lieu dans une vaste plaine, sur le bord de la rivière de llérat. Abaca donna le commandement de l'aile droite à sou frère Boutcliin, auprès duquel il plaça le noyau Samagar; celui de l'aile gauche au prince Yschmout, qui avait sous lui les généraux Souuataï, Mingtour noyan, Houroultaï, Abdoullali Aca et Argoun Aca. Ce dernier avait dans sa division les troupes du Kerman et du Fars, commandées par le sultan Hadjadj et l’Atabev Youssoufschah. Le noyan Abataî conduisait le centre.
« Dès le commencement de l’action, le général Mourgaoul, combattant avec valeur, lomlta percé d’une flèche. Craignant que sa mort ne décourageât 1rs troupes , Djélairlaï demanda à Borac la perniis&iun de charger l'ennemi. Il fond sur l’aile gauche, la rompt, la met eu déroute et la poursuit, avec un grand carnage, jusqu'à Pnusrhenk, à quatre lieues de llérat. Cependant le centre et l'aile droite d' Abaca tenaient ferme. Ce prince ordonne à Yschmuut de passer à la gauche pour rallier les fuy ards. Dans l’ardeur de la poursuite, les escadrous du corps d'armée de Djélairlaï s'étaient mis eu désordre ; rv général ne put jamais les former en bataille ; lorsqu'il revint, il se trouva coupé, et fut obligé de prendre la fuite. Mais la victoire n’en penchait pas moins du côté de Borac. Voyant les troupes d'A- Iwca repoussées, le noyan Sounalaî, général âgé de quatre-vingt-dix ans, descendit de cheval et s’assit sur un tabouret au milieu du champ de bataille. « C'est le jour, dit-il aux officiers qui « l’entouraient, c'est le jour de reconnaître ce • que nous devons à Abaca. I.a victoire ou la « mort. - Les troupes reviennent à la charge ; elles font des prodiges de valeur ; au troisième choc, elle* rompent la ligne de Borac et mettent son armée en fuite. Entraîné dans la déroule générale, re prince tomba de cheval. Il criait aux
officiers qui passaient près de lui, dans leur fuite : - Je suis Bonte, votre souverain, donnez moi un cheval. - La peur les rendaient sourds à sa voix. Enfin un cavalier qui le reconnut lui donna son cheval et lui demanda quelques fléchés que Bo rac lui jeta, en priant comme un éclair. L'armée d’Abaca poursuivit les fuyards, tic donnant pas de quartier. Ils auraient presque tous péri, sans le courage et la présence d’esprit de Djélaïrtaï, qui les rallia et les poussa daus le désert d'Amou, protégeant leur retraite à la tête d'un corps d'armée qui faisait volte-face pour combattre et arrêter l'ennemi, lorsqu’il 1rs serrait de trop près. Ce général sauva par cette ruamruvre les débris de l'armée de Borac, qui purent repasser le Djiliouu. Des soldats s'étaient réfugiés dans un Keoschk ; Abaca y fit mettre le feu et tous périrent dans les flammes. - (D’OIisson, lieu cité , p. 447-440, d’après Haehid-ed-din.)
Ce récit, dont nous avons retranché quelques parties pour le rendre moins long, s'accorde pour le fond avec celui de Marc Pol ; mais il est beaucoup plus détaillé et plus savant. On voit que Racliid (comme lui-même d’ailleurs en prévient au commencement de sa grande histoire) avait eu à sa disposition les archives officielles de la cour mongole de IVrse, dout il était grand vizir, et qu’il écrit en homme d'Etat, qui connaît les faits et qui ne recourt pas, comme khondgmir et autres historiens persans, à la recherche des métaphores, du pathos et des phrases alambiquées, pour dissimuler son ignorance. Il est infiniment à regretter que le grand ouvrage de cet éminent historien, le Djamiut Tivorikh , « Collection d’ Annales -, ne soit pas complètement traduit (on n’en a donné jusqu'ici que de courts fragments) ; ce serait une mine inépuisable pour contrôler et compléter nos connaissances historiques et géographiques de l’Asie. Nous engageons nos lecteurs à comparer ces deux récits de la même bataille, qui ont chacun leur mérite.
de maintenant commença la bataille des uns aus autres, et s’entregetèrent tant de saietes3 * que tout l’air en estoit couvers comme de pluie. Et tant y avoit là mors, d'hommes et de chevaus , d'une part et d’autre, que toute la terre en estoit couverte. Et tant dura la bataille que les gens Barac furent desconfiz des genz Argon 4. Et passèrent le (lun. Mais Argon et ses genz les occioient et malmenoient en fuiant tout à leur volenté. Si que en ceste maniéré ala, ceste bataille, que Argon ot 5 la victoire, et Barac fu desconfiz ; et eschapa par la force de son bon cheval qui lost l’emporta.
Et depuis que je vous ai commencié d’Argon, si vous lairons de Caïdu et de Barac son frere et vous conterons huimès 6 d’Argon ; comment il fist puis ", et comment il fu seigneur puis la mort son pere.