‹ Le livre de Marco PoloChapitre 304 sur 357 · CXCVIII. — * Eut · texte numérisé non relu

CXCVIII. — * Eut

CXCV11I. (I) On a tu, dans les notes du chapitre précédent, que Ahaca, ou Ahaga, corn* mandait en personne ses troupes contre Borak ; mais Argoun, son fils aîné, l’accompagnait sous le nom A'Argoun-Aca ( aca , ou plutôt akha en mongol, signifiant frère aine). H devait succéder immédiatement à son père Abaka, qui mourut le mercredi l'r avril 1282. Bar Hébncus, cité par D'Ohsson {lieu cité, t. III, p. 637), dit qu’Abaca avait le dimanche précédent, jour de Piques, célébré celte fête avec les chrétiens, en assistant au service divin daus l'église de Hérné-

dan (Hamadan) ; que le lundi il dina chez un seigneur persan; que, dans la nuit du lundi ail mardi, sa raison se troubla, qu’il vit des spectres dans l’air, et qu’il mourut vers l’aurore du mercredi l>r de nisan, qui répond au 20 de zoulhadjet (l#r avril 1282). Il était âgé de quarantehuit ans et en avait régné dix-sept. Il laissa deux fils, Argoun et Kaïkbâtou (que Marc Pol, p. 31, nomme Chiato, voir la note à ce sujet), qui régnèrent l'un après l’autre sur le trône de Perse : Argoun, de 1284 à 1291 ; et Kaïkhatou, de 1291 à 1296 de notre ère.

CHAP1TKE CXCVI1I.

journées, ains qu'il y fust’. Or avint qu’il avoit un sien oncle qui avoit nom Aconiat Soldai), car il csloit devenuz sarrazins. Quant il

* Avant qu'il y fut;— ains que élant dérivé du lalin antequam.

(2) Cet Acomat Soldait était le sultan ■A-»rv t A'Itmed, qui se Dominait avant Tagoudar, et qui disputa le trône de Perse à Argouu, son ucveu. <* Après la mort d'Ahaca, dit D'Ohsson (Heu cité, t. III, p. 550, d’après Raehidj, les Kbatounes (princesses veuve»), les prioces du sang et les généraux présents à Méraga, s'assemblèrent pour rendre les derniers devoirs au monarque défunt, et délilterer sur le choix de sou successeur. Le prince Argoun, qui avait été mandé par son père, reçut en route la nouvelle de sa mort, et se reudit à Méraga, où les khatounes et les princes du sang lui présentèrent la coupe, suivant 1’usage. Le général Roucai, dévoué à ce jeune prince, ordonna aux officiers de la maisou d’Abaca de faire leur service auprès d’Argoun. bientôt Tagoudar, frère d'Abaca et le septième Cls de Houlagou, arriva de Géorgie. Après les cérémonies fuuékres, l'assemblée se rendit à Tckogatou.

■ Il se Tonna trois partis ; les princes Adjaï, CouDgou ratai, Houladjou, tous trois lils de Houlagou, et d’autres, voulaient élire Tagoudar. Les généraux Roucaï, Ourouk, Acboukai et d’autres officiers de la maison d’Abaca, tenaieut pour son lils Argoun. Oldjaï-khatouii , qui avait été la femme de Houlagou, et puis celle d’Altaca, était à la léte d’un troisième parti eu faveur de Mangou-Timour; mais ce prince élant mort sur ces entrefaites, elle se rangea, de même que Coutoui Khatoun, du côté d'Argouu (Rachtd). C'était toutefois, d’après le Yassa (Code de Dchinghiskhaiuj , l'ainé de la famille qui devait succéder au trône (celle loi «t encore eu vigueur eu Turquie et en Egypte), et A‘hmed était l'oucle d’Argoun. Cette considération piévalul. » ■

Tagoudar fut proclamé d’une voix uuauiuie le G mai 1282. « A la suite des fêles qui célébrèrent son avènement au trône (dit D’Okssuu, d’après Kacltid, lieu cité , p. 552), A‘limed se fit apporter les trésor» (d’Abaga), déposés à Schaoutéla, et tes dutnbua aux princes , aux princesses , aux officiers et aux troupes ; chaque soldat reçut cent viugt dinars. Sur ces entrefaites survint

Argoun, qui se plaignit qu’on ne l’avait pas attendu pour la cérémouie de l’inauguration. AMimetl lui montra beaucoup d'égards et lui remit de sa main vingt bnlischs d’or (valant chacun 2,000 dinars, ou 1 ,000 florins d’or) qu’il lui avait réservés. Ce fut alors qu’Argoun et Coungcourataï se lièrent d’une étroite amitié, qu’ils se garantirent par des serments mutuels , dans l'Ordou de Touctai khatoun, l’une des veuves d’Abaca. »

C’est ce fait de distribution d’argent que Marc Pol a relevé coutre A'hincd, eu disant que « il « print la seigneurie et se lis! seigneur, cl trouva » si grant trésor que ce fu merveilles. Et, comme « malicieus, le départi tout aus barons et au» « gens d’amies (aux soldats) pour avoir leur* « cœurs et leurs grâces. » On voit que Marc Pol était bien informé.

L’année suivante, Argoun , qui voyait avec peine son oncle A'hmed sur le trône de son père, chercha à se faire des partisans pour le renverser. Il partit au printemps pour l’Irak Adjemi. Il avait conservé le khorassan que son père lui avait donné en apanage; mais cela ne le satisfaisait pas. Il Gt demanderait sultan A‘hmrd (ce dernier avait pris le litre de sultan, après avoir fait profession de l'islamisme ; c’est pourquoi il est nommé S aida n par Mare Pol) la cession des domaines royaux dans l’Irak et le Fars, lui mandaul : - Puisque vous possède/, en vertu de vos « droits et des suffrages unanimes, le trône de

- mon père, il me faut un territoire qui puisse

- fournir à l’entretien des troupes que je com-

- mande. Si vous m’accorde/ les provinces qui « appartiennent maintenant au domaine privé, « la meilleure intelligence régnera entre nous ; • sinon, ce but désiré ne sera pas atteint. » Le sultan répondit : « Par un effet de notre affec- « tion et de notre sollicitude à sou égard, nous « lui confirmons la possession du khorassan, son » apanage. S'il désire que nous y joignions une ■ autre province, qu’il vienne au Couriltaï ; « après avoir conféré avec lui, nous ne lui refu- •• serons pas nus faveurs; mais s’il persiste dans

sot 3 que Abaga son frere estoit mort, et que Argon son neveu estoit si loins, si pensa que il pourroit bien estre seigneur Si s’appareilla atout grant gent, et s'en vint à la court Abaga son frere et print la seigneurie ; et se fist seigneur, et trouva si grant trésor que ce fu merveilles. El, comme malicieus, le départi < tout aus barons, et aus gens d’armes, pour avoir leurs cuers et leurs grâces. Et quant ses

3 Sut. — 4 Distribua.

« sa désobéissance , nous ferons marcher contre « lui. >» (Vaasaf.)

A'hmed, ayant eu avis que les partisans d’Argoun conspiraient contre lui, fit arrêter un grand nombre des chefs de cette conspiration, entre autres Coungcourataî, qui fcit mis à mort en lui cassant l'épine du dos ; plusieurs autres furent jetés dans les fers et ensuite exécutés. De son côté, Argoun, informé des dispositions du sultan, vit qu’il ne lui restait plus qu’à tenter le sort des armes. Il réunit les troupes stationnées dans le Kbora&san et le Mazetidér&n. Il fit marcher son armée en trois corps, et se mit à la tète du dernier. Il manda au général Névrouz de venir le joindre en diligence avec son tourna n (dix mille hommes) de Caraounass (voir, sur ce nom et sur celui de Névrouz, la note 8, p. 83 de ce volume), et s'avança avec un corps de cinq mille hommes. Les deux avant-gardes se rencontrèrent à khaîlhuzurk, situé à moitié chemin entre Ray et Caxvin.

A'hmed était parti du Mougau le 20 avril 1281, à la tète de 80,000 hommes de cavalerie, Mongols, Musulmans, Arméniens et Géorgiens. L'uc gramle bataille eut lieu dans la plaine d’Akkhodja (c’est l’endroit que Mare Pol appelle, daus le chapitre suivant, « un moult biau plain « et moult grant »). Argoun fut défait et se relira dans la forteresse de kélatkoukh, située au nord de Thous. La plupart de ses généraux , croyant sa muse perdue, avaient passé au camp d'A'hmed. Névrouz, qui lui restait fulcle, le pressait de se retirer au-delà du Djihoun, où il trouverait une armée ; Argoun ne voulut pas.

Sur ces entrefaites, des pourparlers curent lieu entre des officiers d'Argoun et d'A'hmed, qui cherchait à attirer sou neveu à sa cour pour s’emparer de sa personne ; il y réussit. Argoun se

rendit au camp d’A’hmed le 20 juin 1284 (selon Rac/tid et Vaisaf (dans D’Oluson , lieu cité, t. III, p. &0S). Il ne fut pas introduit tout de suite dans le pavillon du sultan ; on le laissa en plein air exposé à l’ardeur du soleil ; la sueur coulait de son visage. Sa su*ur Togan, qui l'aimait teudrement, cédant à sa vive émotion, sortit de la teule royale et alla le garantir avec son parasol des rayous brûlants. Le sultan sortit ensuite pour chasser dans les environs du camp. A son retour, Argoun fut introduit; il entra, plia le genou, et rendit hommage au sultan de la manière usitée chez les Mongols. A'hmed l'embrassa. II dit ensuite à Argoun qu’il conserverait en apanage le kliorassan , comme sous le régne de son père. Néanmoins A'hmed le fil garder à vue.

Pendant ce temps un projet se forma, à la cour même d’A'hmed, pour le détrôner et délivrer Argoun. Ce projet réussit. A'hmed s’étant enfui, il fut atteint par les Caraounass, qui se saisirent de sa personne, lui ôtèrent ses liahits et le gardèrent dans sa tente, lies généraux qu’il avait emprisonnés et d'anciens officiers du prince Coungcourataî furent chargés de le juger; il fut condamné à mort et exécuté de la même manière qu’il avait fait périr ce prince. - l.a « peine du taliont dit Vassaf, fut appliquée au ■ sultan ; on lui cassa l’épine du dos. > Ce supplice eut lieu le 10 août 1284.

i.a conversion d’A'hmed au mahométisme et son zèle pour cette religion avait indisposé contre lui les généraux mongols, comme celui d'Ahaca pour le christianisme causa sa perte ; car, scion quelques historiens, ce prince mourut empoisonué. (Voir la note 1 du chapitre précédent.) Les apostasies ne sont |ws toujours lieu reuses.

Page 1