CHAPITRE CCV
Cornant le baronz responderent ad Argon (***).
Et quant baronz e chevaliers qc illuec estoieni ont entandu les paraules qe Argon avoit dit bien e sajcnvant, quascun disoit à soi meisme qu'il vo-
(*) Recueil de Voyages rl de Mémoires , 1. 1, Le texte que nous reproduisons ici a élé collationné par nous sur le manuscrit de la Uibliothèque impériale de Paris (anc. n° "361, fonds FR.
1 1 IG). Nous le donnons sans commentaires, parce que ces chapitres manquent dans les trois manuscrits de notre rédaction, et u Vivant seulement en vue que de réunir ici tout ce qui peur être légitimement attribué à Marc Pol.
(**) Il n’y a pas ici de lacune ; les memes chapitres ont etc numérotés différemment dans 1rs deux rédactions, par suite d’une division différente du Livre.
(•**) Les chapitres historiques qui précèdent et les onze premiers qui suiveut sont uue histoire des ■ khans Mongols de Perse - depuis tloulagoii , père d’Ahaga , le premier de ces khans, qui mourut en 1265, jusqu'à ilaidou, qui succéda à kaikhalou eu 1265, lequel fut remplacé par Ghazan la meme année. C’est à la cour de ce dernier que Marc Pol, avec sou père et son oncle, conduisirent la princesse mongole Cogatra, destinée à Argouu, de la part de Klioubilaï-khaàu. (Voir le ch. XVIII, p. 29 et suiv.) Ce fut assurément pendant le séjour de Marc Pol dans celte cour, à son retour de Chine, en 1295, qu'il recueillit les documents historiques qu'il a donnés, à la fiu de sou Livre, sur les souverains de la dynastie mongole de Perse. Il est même à présumer que ce fut Kachid-ed-dîn lui-même (médecin de profession, ayant été attaché à Abaga-klian et étant devenu vizir de Gltazankhau) qui communiqua à Marc Pol , pendant son séjour prés de Ghazan, à Tcbriz, les documents
sur lesquels il a rédigé ses chapitres historiques reproduits dans ce Livre; les faits qu’il raconte ne peuvent guère provenir que d’une source officielle ; et la plupart des détails dans lesquels il entre s’accordent tellement avec l'histoire drs mêmes princes, écrite par Rarhid lui-même et par Yassaf, qui était aussi à celle même cour (histoire dont D’Ohsson, lieu cite , a douné de nombreux extraits), qu’ils ne peux ent guère laisser de doute à cet égard. Nous croyons devoir en donner.ici un aperçu qui servira de commentaire pour rintelligeiicc des chapitres qui suivent.
Dans l'un des derniers chapitres , le CCXIII (page 149), Marc Pol dit qu'Argon - recouvra sa seigneurie » en 1286 ; il y a une erreur de deux ans, due au copiste sans doute ; car Argoun succéda à AQmied en 1281. Marc Pol ajoute que A'hined régna deux ans, Argoun sixaus, au bout desquels il mourut de maladie; « e bien, dist l’en, n qe il morul de l>evrajes u, ajoute-t-il ; les dernières dates sont exactes. 11 dit aussi que Daïdou, « qe estoit cristiens « (ch. COÏT, p. 149), - pris! « la seignorie en 1294 ans de Crist »; d’apres notre manière actuelle de compter, ce fut au mois d’avril de l'année 1295 (voir D'Ohsson, lieu cité , t. IV, p. 1 16). Mais il faut savoir, pour la justification de Marc Pol, que VaitMée vénitienne élût en arrière de trois à quatre mois sur notre année actuelle grégorienne, et que, d’après son compte, c’était effectivement eu l'année 1291. Cette observation s'applique aussi à l'avénement de Ghazan, qu’il dit avoir eu lieu l’an 1294 (ch. car, p. 150).
Dans les chapitres qui suivent, Marc Pol parla
CHAPITRES HISTORIQUES SUPPLÉMENTAIRES. 7 i I
loicnt avant morir que il ne i feissent tout lor poir «le vincre la bataille. Et endementier que chascun estoit coi et mu, a tant se tient en estant un grant
du roi de Cortci (ou Ctutci, ch. 216), Khan des ancêtres des Kalmouks Mongols d'aujourd'hui, dont le chef se nommait Kantchi (que l’on a écrit Kantaisch (Histoire généalogique des Tartan, p, 81), et dont les hordes étaient appelées Kantchigod ; puis de la province tf Obscurité (ch. 2 1"), les régions polaires; puis de la Russie (ch. 218); puis enfui il raconte les hauts faits des « seigneurs dcsTartarsde Ponent », comme il les appelle, au nombre desquels se trous ent Houlagou et Ilarka , qui furent souvent en guerre; Totomagu, Toctaï et Nogai. Ces chapitres , ainsi que ceux qui précédent , omis avec intention dans nos manuscrits , étaient , il y a peu d’années encore, d’une grande importance pour l'histoire ; mais aujourd'hui ils le sont moins, parce que les travaux historiques qui ont été publiés sur ce sujet, quoique peu nombreux, sont plus complets. On n'en doit pas moins admirer Marc Pol d’avoir voulu en quelque sorte être le géographe de toutes les contrées de l’Asie conquises par les Mongols qu’il servit , et l'historien de tous les souverains de race mongole qui , jusqu'à lui , avaient régné sur ces mêmes contrées. Ou «i vu, dans notre commentaire, comment cette immense tâche avait été remplie.
Nous n'ajouterons plus qu'un mot sur Argoun, nos copistes ayant rompu brusquement le récit de Marc Pol à son égard , parce que, probablement, les discours d’ Ahmed eld'Argoun, quelque bien faits qu’ils soient ; les récits des guerres successives des princes mongols, frères* et descendants de Houlagou le conquérant de la Perse ; les exploits même de ce dernier, de la branche de Toulouï fils de Dchitighis-Khanu , contre Barcaï de la branche de Djoutchi, les intéressaient moins que la description des maure et coutumes de toutes les populations de l'Asie à leur époque.
« Après l’exécution d'AMimed , dit D’Obssoii, d'après Rachid et Yassaf ( lieu cité, 1. IV, p. 2 et suiv.}, les Khatounes, Ire princes et les Oméras s’étant assemblés à Ab-Schour, élurent unanimement Argoun, fils aîné d’Abara, né de l'une de ses esclaves. »• Son élection fut confirmée par un Couri/tai, ou assemblée de princes du sang ;
son avènement eut lieu le 1 1 août 1284 (l'an 683 de l’Hégire).
Argoun fit mourir plusieurs officiers qui s’étaient montrés dévoués à la personne d’A'hmcd ; puis il défendit par une ordonnance d'inquiéter aucun de ceux qui avaient servi ce prince. Mais, lui, il doiiua coure à tous ses ressentiments et fit exécuter un grand nombre de |>cnomiagre marquants dans l’empire.
Enfin en I28C, dans le mois de février, le général Ourdoucaya arriva de la Chine, avec l'édit qui donuait à Argoun le titre de À/ian,e t la succession au trône de son père, et qui conférait à Bomaï le litre chinois de Tching-nang (voir ci-devant, p. 328). En conséquence Argoun renouvela les cérémonies et les fêtes de son avènement au trône. Il investit Roucaî d'une autorité presque sans bornes ; mais plus tard, ses sentiments ayant changé , il le fit arrêter et exécuter avec toute sa famille, l'ne proclamation royale annonça dans toutes Ire provinces, que Roucaî, ayant payé d'une noire ingratitude Ire bienfaits de son souvetain, avait été anéanti avec sa femme et ses enfants, ses proches et ses amis , et que ses richesses, qu'il tenait de la munificence royale, avaient été livrées au pillage. Ensuite tous ceux qui étaient soupçonnés d'avoir été d'intelligence avec Roucaî (dans sa conspiration) furent mis à mort, sans forme de procès, inuxulmaus et mongols (Yassaf, dans D'Ohsson, lien cité; p. 23).
I.e frère de Roucaî fut aussi arrêté et exécuté; une persécution violente sévit contre les employés du fisc, chrétiens et mahométans, à Moussoul et Irbil (tb., p. 27). Le prince Tcliouscbkab, et le virir DjeUd-«d-din furent aussi exécutés. Le vizir fut remplacé par un médecin juif, SaM-ud-dévIet {- Félicité de l'Empire; - c’est ainsi qu’il se nommait lui-méme). Les exécutions continuèrent d’avoir lieu sous differents prétextes, Névrouz, qui avait si fortement soutenu Argoun contre Ahaca, se révolta. Ce prince était si redouté des populations que, selon Yassaf, lorsque les bestiaux se mettaient à courir pour aller (mire, ou disait : • Il faut qu’ils aient vu la figure de AYvrouz. -
C’était aux instigations de Sa‘d-ud-dévlet qu’on
baron/, et pareille en tel mainerc : — « Biau sire Argon, biau sire Argon, felil, noz eonnoisonz tout aperlemant qe ensi con voz noz avon dit est-il vérité, e por ce voz respondorai-jc por tous vestres homes que avec noz sunl pour faire ccstcs bataille, qc nos voz diron apertemant qe nos ne vos faudronz tant con nos nvonmes les vies en cors, et voudromes avant tuit morir qe noz ne veinsnn au desus de la bataille, c de ce devon nos estre nuseur qe noz la vinquiron por le gram droit que noz avonz, et il ont grand tort; e
imputait 1rs acte* sanguinaire* d'Argoun qui faisait périr nous un soupçon, ou la moindre faute, une centaine d’individus ; lui qui, au commencement de son règne, était si humain, disait-on, qu’un jour de fête, ayant jeté les yeux sur une quantité de moutons égorgés, il dit, touché de compassion, qu’il était affreux de tuer pour notre nourriture tant d’auimaux innocents (Vassaf, dans D’Ohsson, lieu cite, p. 52).
Argoun avait beaucoup de déférence pour les Rakchis , religieux mendiants bouddhistes (du sanskrit bikchou , •mendiant'-), et avait une grande foi dans leur prétendue science. Un de ces religieux, venu de l’Inde, prétendait posséder un secret pour conserver la vie ; c’était par la vertu d’un électuaire dans lequel il entrait du soufre et du mercure (voir ci-devant, p. G37 où il est dit que dans une certaine contrée de l’Inde, il y a des indiviJus « qui boivent moult estrange ■ buvrage, fait d'argent vif (le mercure) et de - souffre, et die qu'il leur croist la vie-). Argoun prit ce breuvage pendant huit mois, au bout desquels il fit, par le conseil des Bakcbis, une retraite de quarante jours dans la citadelle de Téhriz. Quelque tenu* après il tomba malade. Au bout de cinq mois de maladie Argoun mourut, le 7 mars, dans sa résidence de Bagtchc-Arran ; Ra • chid, dans D’Ohsson, lieu cite, p. 58) de l’annce 1291. Il fut iuhumé dans un lieu secret, comme c’était l’usage chez les princes mongols, que l'on sut ensuite être la montagne du Sidjas.
- Argoun aimait et protégeait les chrétiens, dit D’Obsson (<£., p. GG). Il eut, comme scs prédécesseurs, des relations avec l'Europe. Des envoyés de ce prince arrivèrent à Home en 1288 ; c’étaient Rar Sautua, moine ouîgour, qui avait été nommé évêque d'Ouigourie par Yahaballaha, patriarche des nestoriens ; Sabadin Arkhaon (nom par lequel les Mongols désignaient les chrétien*
en général ; voir ci-devant p. 214, note 3), et Thomas de Anfusis accompagnés d'un interprète nommé l'guet Nicolas IV, qui venait d’etre élevé au pontificat, reçut ces ambassadeurs et répondit à la lettre qu’ils avaient apportée. * (Voir Odor. Raynaldus, t. IV, p. 41 et 42; et Mosbeim: Hiit. Tartarorum eccltsiasûca , p, 75, et Y Apptndij, p. 8G-94 , où se trouve la traduction latine des lettres en question). Argoun envoya aussi comme ambassadeur au roi de France, le Géorgien Muscaril, porteur d’une lettre de lui, écrite en mongol et en caractères ouigours, qui , ainsi qu’une autre du sultan Oeldjaitou , sont conservées aux Archives impériales de France. Feu Abel Rérausat les a publiées en fac-similé, dans son - Second Mémoire sur les - Relations politiques des princes chrétiens, et • particulièrement des rois de France avec les « princes mongols, Paris, 1824. - On trouvera ces deux lettres dans notre Appendice , reproduites en caractères mongols, avec une transcription et une traduction française. Ces deux lettres sont les seules connues jusqu'à ce jour en original. Elles sont reTétues du sceau chiuois des deux souverains mongols de Perse.
Daos les premiers jours du règne de Kaïkhatou, qui succéda, en 1291, à Argoun, sur le trône de Perse, ce prince demanda aux Camis , ou devins, pourquoi Argoun avait joui si peu de temps de U vie et du trône : • Pour avoir, ré- « pondirent-ils , fait mourir tant de princes du « sang, d’officiers et de soldats. - La crainte du même sort empêcha Kaïkhatou de faire exécuter personne, durant son règne de quatre ans (Vassaf, dans Ü’Ohsson, lieu cité, p. 113).
Lrs paroles des Camis devraient être méditées par tous ceux, qui, comme Argoun, ont beaucoup de sang verve à se reprocher. Kaïkhatou ne régna que quatre ans; son libertinage et ses
por cc voz lou et conseil qe noz porcacion de l’aler an plus tost qe noz poron por trover nostre ennuis, et pri à tous no/ conpaignons qe nos esproilionz si à ccstui pont en ccsle bataille qe nos faisonz parler de nos à tout le monde. ■ — A tant se taist ccstui preudome qenc dit plus. Et qe vos en diroie? Sachiés tout voirniant qc après ccstui ne i ot nul qc vousist dire riem, mes tuit s'acorde à lui, e ne desiroient autre for qc estre à la bataille con lor cnimis. Et quant la deimain fo venu, Argon et sez jens se lievent bien por maitin e semistrent à la voie moût entalentc de domajer les cnimis. il chevauchent tant qe il furent venu en plain là ü les enimis estoient à tendes, ils mislrent lor camp bien et ordréement près à ccl d'Acomat à dix miles, e quant il ont mis lor camp, Argon prend .ij. sez homes en cui il moût se Goit, e l’envoie a son unclee li mande tel paroles con voz auirés.