‹ Le livre de Marco PoloChapitre 38 sur 357 · CHAPITRE CX VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CX VIII

aussi treuve l’en or de paillole à grant foison : ce est en fluns et en lacs et en montaignes ; et or plus gros que autre or. 11 ont tant d’or, que je vous diqueil donnent .i. pois1 d'or pour .vi. pois d’argent. Et encore despendent les porcelaines J que je vous ai dites. Et vous di que en cest pais ne treuvent pas les porcelaines, mais leur viennent d’Ynde (3).

En ceste province naissent et se treuvent les couleuvres et les grans serpens qui sont si desmesurés que cil qui les voit en a grant paour. Et ceus qui l’oent dire 3 s’eu devraient merveillier4, si sont hideuses. Et vous dirai comment elles sont grans et grosses (4).

Or sachiez certainement que il en y a de telles qui sont longues .x. pas ; et telle plus et telle mains 3. Et sont bien si grosses comme

CXVIII. — • Poids. — 1 Font usage des cauris. — 3 En entendent parler. — 4 Émerveiller. — 5 Moins.

même province, il faut que ce dernier ait eu un commandement à tacin pendant que son père gouvernait U province de Ta-l't ; le fait est d’autant plus vraisemblable que l’histoire chinoise ne dit pas que le fils succéda à son père, comme elle le dit (même lieu) pour le roi Gàn-si Manggala. Le fait d’ailleurs a, par lui-même , peu d’importance. L’essentiel était de constater, par l'histoire, la vice-royauté de Cogacin et de Este n Témour, fils et petit-fils de Khoubilaî, dans la province de Yun-nàn , à l'époque de Marc Pol.

(3) On a vu dans le chapitre précèdent que les habitants du pays de Jacin ( Li-kiàng fou) échangeaient un poids donné d'or pour huit poids égaux d'argent. Ceux de Ta-li, où l’or se trouvait sans doute en plus grande abondance, n’exigeaient que six poids équivalents d’argent pour un poids d’or.

L'or n’est pas cité dans la grande Géographie impériale de la Chine parmi les productions du département de Ta-ti ; mais il est indiqué comme ayant été recueilli autrefois en assez grande abondance par le lavage dans le sable de nombreuses localités indiquées. On en extrait encore aujourd’hui de la même manière dans le sable charrié par le Ain cita kiàng (le *• fleuve à sable d’or », qui prend sa source dam la partie septentrionale

du Tibet), et dans celui de plusieurs autres fleuves ou rivières.

Les coquillages qui servaient alors de monnaie aux gens du pays étaient importés par l’Inde, des îles Maldives, où il s’eu fait eucore aujourd’hui un assez grand cominercr. Selon Marsden ou eu apporte eu Angleterre, d’où ils sont transportés sur la côte de Guinée.

(4) « Cette espèce de serpent, dit Klaproth (Noue. Journ. atiat., février 1828, p. 118), qui appartient vraisemblablement au genre boa, est très-fréquent dans la province de Yun-nàn et dnus toute la Chiue méridionale. Les Chinois l'appellent Mai lheou c/te, ou Serpent qui baisse la tête, parce que, lorsqu’il marche, il décrit des courbes et la tétc baissée en avant. Les plus grands de C«S serpents ont cinq à six toises chinoises (17 à 20 mètres) de longueur, ci souvent plus de quatre pieds de tour. Ils maugenl rarement , mais dévorent à la fois un daiui ou uu cerf. Les habitants du pays lui font la chasse en été, et vendent sa chair à un prix assez élevé, car elle est très-recherchée pour sa saveur ; on fait avec la peau de ce serpent des tambours et des fourreaux pour les sabres et les poignards. Mais on tire un parti bien plus profitable du fiel ; on le sèche, et on le vend fort cher ; car il est d’un usage fréquent en médecine. »

LE LIVRE DE MARC l’OL.

une grosse bote' qui vaille le moulant de six paumes. Kt si ont deux jambes devant, près de la leste, qu'il n’ont nul pié que1 un ongle fait comme ongle ‘ de faucons ou de Ivon. Le cliief 6 a moult gros, et les yeuxb sont plus grant que un grant pain La bouche a si grant que bien engloutiroit un homme entier. Et sont si hideuses et si laides, et si fieres, qu’il n'y a homme ne beste qui ne les double " et qui ne les crieine1.

La maniéré comment il se prennent est ceste. Sachiez que le jour il demeurent souz‘ terre pour le grant chaut1; et la nuit issent* hors pour paistre ", et mcnjuent toutes les bestes qu’il pevent " attaindre. Et si vont boire aus" fluns et aus lacs et aus fontaines. Et si sont si pesant que quant elles vont pour mengier ou pour paistre", c’est de nuit, si fait au sablon 9 si grant fosse de sa queue, si semble que l’en oste une botte plaine, et les chasseeurs' qui vont pour eus’ prendre, proprement les prennent en tel maniéré :car il mettent un engin ' en leurs voies par où elles sont passées, pour ce que il sevent qu’elles doivent par là retourner \ Il fichent en terre un pel de fust IO et bien en parfont ".Et en ce pel dessus a fichie 1 un lion fer tranchant fait en guise d’un raseoir ; et les cueuvrent de sahlon à ce que les couleuvres ne les voient. Et de si faiz piex ' avec ' fers, mettent li chasseur r pluseurs parmi ses voies *. Où ces fers sont, si se liert de si très grant randon 11 que le fer li entre parmi le piz ,3 et la fent jusques au nombril ; si qu’elle meurt de maintenant ’L Et en telle maniéré les prennent, li chasseur’. Et quant il les ont prises *, si leur traient “ le fiel du ventre et le vendent moult chier. Car sachiez que l’en en fait moult grant me-

e Ms. C. bosse (tonne). — { Ms. B. fors. — * Ici. « guise. — h Ms. A.iex. — ' Ms. B. sont gratis uultrc mesure. — i Ms. B. eriesme ; ms C. et qui n’aient paour tC elles. — ^ Ms*. B. Q.soubz. — 1 ld. chnuit. — m Ms À. pestre. — » Id. purent. — ° Ms. B. aux.

— P Ms. B. chasseours. — «l Id. eulx. — r M*. A. enging. — • Ms. B. revenir ; ms. C. tr/tasser. — 1 Ms. B. ficie; ms. C .fiche. — * Ms. C. paulz (pieu*). — ▼ Ms. À. ttveuc. — * Ms, B. par la voie où celle couleuvre doit /tasser. — > ld. chaceours. — * Ms. A. primes .

— BS M*. B. trenebent.

6 Im tête. — ^ Redoute. — 8 Sortent. — 9 Sur te sable. — >° Pieu de bois. — ** En- Joncê profondément. — »* Elle se blesse avec tant de force. — '3 Feutre. — Aussitôt.

CIJAP1THE CXVIII.

decine. Car si une personne estoit morse 15 d’un chien erragié k'’ et l’en lui en donne" un pou à boire, tant comme seroit le pois'1'1 d’un petit denier, il seroit gueriz " de maintenant ,6. Et encore quant une dame ne puet enfanter se l’en lui en donne un autre autel poys 'i si enfantera de maintenant ,6. Encore, qui auroit aucune maladie", si comme roigne" ou autre pievre1’1 chose, et l’en meist un poi 11 sus de cel fiel, il gariroit en brief ternie; si que, pour ce, est il vendu si chier11. Encore vendent il la char de cel serpent ; car elle est moult bonne à mengier, et la menjuentkk moult volentiers. Et quant ces serpens ont grant faim, si vont aucunes fois aus nis où les Ivons, ou les ours, ou les autres grans bestes et fieres sont. Et tnenjuent les petiz, que leur pere ne leur mere ne le pevent aidier “. Et quant il attrapent les grans, si les menjiient aussi ; car il ne se pevent deflendre.

En ceste province encore naissent grans chevaus et bons, et les inainent en Ynde à vendre. Mais sachiez que il leur traient deux neus "" ou trois de la queue, à ce que le cheval ne puisse mener la queue à donner à cens qui les chevauchent ; car il leur est moult vilaine chose. Et [sachiez que ces genz"] chevauchent loue "’ comme François (5). Et si ont armes cuiracésde cuir boulli; et ont lances

Ms. B. enraigie. — cc Mss. B. C. donnait, — da Ms. C. fust le /testait. — «* Ms. B. garis ; nis. C. il fust gariz. — Ms. C. nuis sauce. — n Ms. B. rongne (gale); ms. C. fronde (furoncle). — Ms. C. pire, — ** Mss. B. C. pou. — ij Ms. C. moult chèrement. — ^ Ms. B. mengne , ms. C. menguent. — 11 Ms. C. deffendre. — “«*» Ms. B. chevaulx. — - “ Ms. C. nevz (nerfs). — 00 Ms. C. — PP Id. long.

Mordue. — ,6 A l'instant même. — *7 Pareil poids.

(6) Le texte français de la Société de Géographie porte : • Et encore sachiés que ceste gens chevauchent lonc corne franchots (p. 134). > La version latine, publiée par la même Société, dit (p. 404) : « Ipsi cquitaut sicut Gallici eu ni - staflis longhis. ■ La plus ancienne version italienne, publiée par le comte Baldelli Boni ( Il Milione, etc., t. 1, p. 1 13), porte : - Egli eu val - « cauo lungo corne i Franccschi. » Le texte de Hamusio porte aussi : - Quelle genti cavalcano « tenrndn le staffe lunghe, corne appresso di ■ uoi i Fnnceschi; et dicesi lunghe/wcAé i Tar-

« tari y t quasi lutte C ultra genti, per il saettare « le /H) r la no (les étriers) corte.pereiocdii quando » saettano si riziano sopra i cavalli. » Dans ce dernier texte, la partie en italiques est une espèce de commentaire explicatif de l'ancienne rédaction qui avait sans doute paru obscure, et que Marc Pol crut devoir éclaircir de vive voix ou par écrit. C’est ce qui donue, comme nous l'avons déjà fait remarquer (p. 253 et 276), à la rédaction de Hamusio, uuu importance peut - être aujourd'hui trop méconnue.

On voit, par les expressions du texte, que Marc

et escus et arbalestes, et enveniment louz leur quarriaus ,B. Et si vous diront d'une male cliose que il faisoient avant que le grant Kaan les conquestat ” ; que se il avenist ’9 que un bel homme, ou un gentil homme ou un autre qui leur semblast, qui venist lierbergier’° en leur maison, si l'occioienl ou l’envelimoient 51 ; si que il moroit. Et ne le faisoient pas pour rober li le sien " ; mais le faisoient pour ce qu’il disoient que la bonne ombre et la bonne grâce que celui avoit, et son bon sens, et s’ame“ remanoit” toute en la maison de celui où il estoit mort. Et pour ceste achoison 53 en occioient assez avant que il fussent conquesté du grant Kaan. Mais puis 5< que il conquesta, que entour .xxxv. ans, ne font plus celle male aventure, ne celui inalusage; et si est pour la doute51 du grant Kaan, qui ne leur laisse faire (G).

«1*1 Ms. C. les eut conquestez. — rr Ms. B. tollir lui le sien. — *• Ms. À. arme (s'est dit pour dmé)\ ms. C .famé.

*8 Traits t flèches ,* « Du tonnerre dans l’air bravant les vains quarreaux. » (Boileau.) — *9 S'il arrivait. — 10 Vint loger. — ** L'empoisonnaient ; de l'enenum; le ms. C. porte : ennenivroient. — ** Restait, — »3 Raison. — *4 Depuis. — Crainte.

Pol connaissait le mode d’équitation des cavaliers français, mode que l'on a voulu, dans ces derniers temps, remplacer par le genre anglais, si disgracieux ; mais le vieux mode français, qui, du temps de Marc Pol, était suivi dans les provinces méridionales de la Chine, comme il le fait remarquer, a prévalu. Les traditions de l'aucienne noblesse française se sont conservées en dépit de tous les entraînements.

(C) La suppression de cette étrange et l»rbare coutume des habitants de celle partie du Yün-nàn, par Khouhilaï, lorsqu'il en fil la conquête en 1263 (Marc Pol dit qu'à l’époque où il écrivait il y avait environ trente-cinq an» ; il devait alors rédiger ce chapitre vers 1288), la troisième année du règne de son frère Mangou khàu, a été une des conquêtes de la civilisation sur une de ces affreuses superstitions qui lie sont pas encore déracinées, même parmi nous, de l’esprit des populations les plus ignorantes.

La religion bouddhique, vernie de l’Inde, avait cependant pénétré dans ce pays dès le premier

siècle de notre ère. Il est même à présumer que c’est par cette voie qu'elle fut introduite en < -bine. Il existe encore aujourd'hui, dans le département de Ta-li, douze monastères bouddhiques. L’un d’eux, le Kàn-thoiing-ssè (le - monastère des influences pénétrantes •), situé dans une chaîne de montagnes, à trente ti au sud de Tai-hu liien, et dans l’intérieur duquel il y a trente-six grandes cours ( youén ), fut construit sous la dynastie des Hiin (202 avant à 220 après J.-C.) lorsque Môtheng, l’un des chefs élevés de la loi bouddhique (Ti hou /fl Un) se rendit, de ce pays, dans l’empire chinois ( Tai t/uing i tltoung tclti. k. 319, fol. 23). D’autres, uns être aussi vastes et aussi anciens, out des tours buuddhiques à plusieurs étages fort élevées. 11 y a aussi des temples élevé» aux génies des montagnes et des eaux par les anciens rois du Midi ( Nàn-tchéo).

Kn ce qui concerne l’industrie du pays en question, celle de fabriquer des escus ou bouciiert était toute spéciale aux habitants de Ta-li. La grande Géographie citée dit (k. 310, fol. 31) :

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