CXVIII. — • Ms. C. Jancyn. — Ms. B
CXVIII. — (!) Depuis son départ de Camba lue, Marc Pol nous dit constamment qu'il chevauche par ponenl. Effectivement, Pé-king étant situé par 39® 54' 13" de lat. N., et 114° 0“' 30" de long. E. du méridien de Paris ; et sa dernière station : lacin (Y uè-sï ou Li-kidng fou) étant située, comme nous l'avons dit, par 2G®51' 36" de lat. et 98° 07' 20" de long. E., sa déclinai* son occidentale à ce point de son voyage, sans compter sou excursion dans le Tibet, était de 16* 01' 10". Il est vrai que sa marche australe était aussi de 1 3° 02' 7 5". Il en résulte que, par le mot de ponent, ou ponant, on doit entendre, non pas ['occident, comme point cardinal, mais plutôt le sud-ouest , qui est la direction réelle de cette partie du voyage de Marc Pol.
Il nous dit qu’aprés avoir quitté? lacin cl chevauché pendant dix journées par ponent, on est toujours dans la province de Caraian, et que l'on arrive à une autre maistre cité qui a nom aussi Caraian. C'est aujourd'hui la ville de
Aï! )iïT° -U fou (lat. 25® 44' 24"; long. E. 98*01' 50"), chef-lieu du département de ce nom, qui est situé au sud-ouest de celui de Likidng. La distance directe entre les deux villes serait loin d'exiger dix journées de marche. Toutefois les détours que doivent occasionner les montagnes et les rivières nombreuses de cette province pouvaient alors les faire admettre.
L’histoire du pays de Ta-li est fort curieuse. On lit dans la grande Géographie impériale (k. 319, fol. 1) : « Du temps de Yu (2224 av, notre
ère) c'était la contrée déserte de Liang-tcheou. Sous les Han (deux siècles avant notre ère) c'était le territoire de la principauté de Yi-tchéou ; sous les Han postérieurs (pendant les deux premiers siècles de notre ère), c'était celui de la principauté de Yoùng • tchdng. Sous les trois royaumes (de 221 à 264), c'était le territoire de la principauté du Yùn-nân, ou •• midi nuageux •». Sous les T fin (265-419) en 311, on le divisa et on y établit la principauté du a midi du fleuve oriental » ( Thoùng ho ydng). Sous les petites dynasties de Soung et de Tii (420-501), le pays resta dans le même état. Vers la fin de celle des Liàng (502-550), il devint la possession des Màn (barbares du midi}. Sous les Thdng, de 650 à 656, il dépendit de l'arrondissement de Yao ( Yao-tchéou ). Dans l'année 742, et par la suite, les populations Mvùng , du royaume du midi (Adn-tchad), s’efforcèrent d’en conserver la possession. »
On lit à ce sujet dans l’Histoire des Thdng, Mémoires sur les Adn màn (ou « barbares méridionaux >■) : « Le royaume du raidi ( Adn tchad) prit naissance i la suite des barbares Gaï-ldo, qui étaient une tribu disliucte des Ou mdn (« barbares noirs »). Dans la langue de ces barbares, le uom de roi (en chinois » vdng) est tchào (ou djdo, qui pourrait être, par aphérèse, dérivé du mot sanskrit ràdja , « roi »)• Antérieurement, ils eurent six tchào ou *» rois » : le roi des Moungsoui; le roi des )’üe-si; le roi des Làng-khioung; le roi des Theng-chèn ; le roi des Chi-lang ; le roi des Moung-ché. Ils se divisèrent par des
une autre inaistre cité de ceste province, et a nom aussi, la cité Caraian. Il sont ydres' cl sont au grant Kaan. Et en est roys uns autres filz au grant Kaan, qui a nom Cogacin ‘ (a). En ceste contrée
c Id. idtes. — Ms. C. Le» mss. A. B. Cngalim, el Cogatin , par la confusion du c et du /.
guerres, et ne purent parv enir à s’accorder entre eu». Le roi de Chou , Tchou-ko-liang, les en punit en les soumettant. Les Moung-chè étaient, de toutes les tribus, la plus ntéridioualc. C’est pourquoi cet État fut iiummé fl'dn-tchdo « le royaume du midi ».
« C’est à tort continue la Géographie impériale, que l’on a surnommé ce pays « le royaume des grands Mo un g ». La ville capitale fortifiée était Yang-tsiu-me. On l’appelait Sf-kfng a la capitale de l'ouest ». Ensuite ce nom fut changé en celui de « seconde résidence du souverain ( ichoûng tou) ». On l’appelait le royaume de 7Wr. »
On lit dans la |iarlie géographique des Annales mongoles (Y tien tse, Ti-li-tchi, k. 61, fol. 24) : « Le roi des Moung-chè, nommé Pi-l o-ko (ou Pi'roko) , poursuivit les Hv-màn (barbares Ho ou Ou), leur prit la ville fortifiée de Tai-hd, arriva à Kd-lo-foung, surnommé « le royaume des grands Mvi’utg ». Le Yùn-nân était partagé antérieurement en six royaumes. Arrivé en cet endroit, il demanda où étaient ces Cours. Il apprit qu'elles étaient alors réunies eu une seule. Il s’y rendit. C’était la ville capitale fortiGéc de Taihd. II finit par la prendre. Il se transporta ensuite à la ville fortifiée de Hi-kiun-ite ; puis il alla ensuite se fixer dans celle de Yang-tsiu-me.
• La troisième année du règne de Uien-üoung (ilangou k/uian, en 1253), ce pays fut soumis f). En 1256, on y établit deux chefs du rang de suzerains de dix mille familles chacun (wcn-hoù), l’un de la partie supérieure, l'autre de la partie inférieure. En 1270, on réunit ces deux divisions en une seule pour en former le « Circuit » de Ta-li , en même temps que l’on établit un grand gouvernement militaire au chef-lieu. Üe plus, ou institua dans la partie du territoire des Dents d'or {Un tchhi) de Ta-li et autres lieux, une Direction générale de la protection des fron-
(*) S*loa 1rs • Fuir* univerarlt Ae la Cktnr • I Li Isi Ai ut, X. 96. fol. S3( t*j, le roi do cojrauma il* Ta-li, qn< Ir muafol Al prtmnnitr, M nua> nuit Tina» ««Ai king.
ticres ( Siouen wéi sse tou). On y mit de» officiers mongols qui eurent le gouvernement de ce territoire, lequel fut rattaché au Sing, ou pro- « viuce administrative du Yûn-ndn. »
Une note des éditeurs des Annales mongoles dit : « 11 y a une montagne située à l’ouest de la n ville fortifiée de Ta-li , qui a quatre cent» fi « de circonférence... Dans l'intérieur de la « ville, il y a la « galerie des ciuq fleurs » (Ou « hoa lieou) qu’en 856, le roi de fl! dn-tehào fit « construire. Cette galerie ou bâtiment, qui a u deux étage», a cinq li d'étendue sur chacun « de ses côtés. Sa hauteur est de cent pieds ; • sa plate-forme peut contenir dix mille hom- « mes. A l'époque où Khoubilaï fit la conquête « de Ta-ft , sa cavalerie se rangea tout entière u devant ce grand bâtiment. En 1206, on ac- « corda une somme d’or suffisante pour le resn taiirer. »
Les ètoùng dont il est question dans cette note el qui habitaient la partie méridionale du Yûnndn, où ils foudércnl un puissant royaume que les Chinois appelèrent fl'dn-tchdo, « le royaume du midi », el qui ensuite eu 7 42 s'emparèrent du pays de Ta-li , étaient les ancêtres des Mon du Pégou, comme ils se nomment eux-mêmes, et qui sont aussi appelés par leurs voisins Ta-lien, - venus de Ta-li -, sans doute à l'époque où khoubilaï conquit le pays eu 1253.
(2) Ce Cogacin est nommé par les historiens
chinois ( Yuen-ssê , k. 108, fol. G
Ud-khë-tchi, el en persan, dans Raclûd-eddin : Hokdtclù. C'était le cinquième
fils de Khoubilaï, et le quatrième de ses sept fils élevés à la dignité de vice-rois (V. ci-devant, p. 262 et 264, n. et ch. 1 17, n. 1). II fut vice-roi de la province de Yûn-ndn jusqu’en 1280, année dans laquelle sou fils Ye-sien Tiemour fut investi des mêmes fonctions ( fJtai ki ne, k. 98, fol. 1 T.), (domine Marc Pol nous a dit dans le chapitre précédent que Ye-sien Tiemour était roi de celte