‹ Le livre de Marco PoloChapitre 42 sur 357 · AGI · texte numérisé non relu

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nulle lettre, ne ne font escripture ; et ce n’est pas merveille, car il sont en moult desvoiable voie, et en moult sauvages lieus, de granz bois et de granz montaignes, que en n’y puet passer pour rien du monde, pour ce que l’air est si corrompu et si mauvais1 que nul forestier n’escbaperoit qu’il ne morust. Et quant ces genz ont à faire l’un avec l’autre », il prennent un pou de fust lo, rcont ou quarré ”, et le fendent. Et en cliascune moitié si font deux oehes 11 ou trois. Et quant il se paient il prennent leur bûche k que celui aura (8).

Et si vous di que ces troys provinces que je vous ai dites, c’est assavoir : Caraian et Vocian et Jaciu, n'ont nul mire ,3. Mais quant il sont malade il font venir leur enchanteeur de diables (9) ; ce sont

i Ms. A. intnncs. — - ^ Ms. C« lu moitié du fust.

9 Quand Us font un mm c/té, une convention. — ,n Buis. — ■ " Bond ou carré. — ** Entailles. — *3 Médecin.

cependant des monastères bouddhiques, au nom* bre de sept, comme un l'a vu dans 1a note 2. Mai' il est proltable que les habitant* couserv aient encore alurs une grande partie de leurs anciennes croyances.

Le culte des ancêtres est un culte primitif ; i| n'est pas spécial n la population chinoise. On le trouve profondément empreint dans l'esprit des populations indigènes dr l'Amérique. Les Siamois l'ont conservé jusqu'à nos jours.

(8) Avant que d'avoir été réuuicsà l'Krnpire chinois par la conquête mongole, les tribus qui habitaient In partie méridionale du Yùn-nàn u'avaient efTectivemçnt ni lettres ni écriture, cl devaient employer pour les remplacer dans certains cas ccs moyens primitifs que l’on retrouve partout chez les peuplades barbares où la civilisaliou n’a pas encore pénétré. 11 y a encore aujourd'hui même, dans les pays montagneux situés au midi du Tibet et au nord de l’empire Itirman, des peuplades à demi sauvages qui ne font point usage de récriture. Il ne serait pas même nécessaire d'aller si loin pour en trouver.

(9) Voici eucorc un de ccs usages que l'on rencontre dans braucoup de pays, et là, surtout, où l'ignorance et la superstition ont établi leur

empire. Mais il semble surtout régner In où le bouddhisme inférieur s’est répandu, et où il n’a trouvé que des populations ignorantes, incapables d’en comprendre autre chose que ce qui était pur fétichisme ; et ces dispositions sont toujours soigneusement entretenues par ceux qu; pourraient les changer, mais qui oui un intérêt particulier à les faire durer.

De toutes les descriptions que l’on a faite* jusqu’à ce jour de scène* semblable* à celle qui est racontée par Marc Pül, aucune ne l'égale pour la naïveté et l’étendue de* détails qu’il rapporte. On voit, en la lisaut, qu’il dut être plusieurs fois témoin de semblables scènes.

Os pratiques sont fréquentes eu Cochincliiuo. « Les rivaux redoutable* des médecins, dan* ce « pays, dit M. Bouillevaux, aucieu missionnaire •> apostolique (Voyage dans r/ndo-Chine, Paris, « 1858, p. U4), sont les sorciers. Ou entend « souvent ces derniers, une grande partie de la « nuit, faire du vacarme auprès de leur malade : m ils iNittent le tambour, fout des contorsions,

- des sauts, des gambades, et chantent d'une « manière effrayante, - aussi c’est un dur métier

- que celui de sorcier ; — mais , lorsqu'aprcs

- tout ce tapage ou voit, ou plutôt ou sent l’es-

reus qui tiennent les idoles'. Et quant il sont venu/, et les malades leur dieilt 14 leur mal. Et quant il leur ont dit, si font de maintenant ", ees dit enchanteeurs, sonner instrumenz ; commencent à chanter et à karolcr ,6. Et tant saillent que aucun de ces enchanteurs charra " à terre aussi comme pasmes ‘7 et comme mort. Et c’est que le dyable li est entrez el cors *. F.t quant ses compaignons le verront si appareillie, si li commencent à dire et à demander quel maladie ce est que li malades a. Et celui leur respont : tel esprit" l'acouchie'8, pour ce que il l a eourroucie et fait aucun desplaisir. Et il li dient *1 : « Nous te prions que tu li pardonnes et que tu en « prengnes 's pour ce restaurement, de son sanc ou de ses autres “ choses, ce que tu voudras tout à ta volenté. » Et quant il ont tant dit et prié, si respont adonc celui maligne esprit ' qui sera ou corps de celui clieus ïo : a Cestui malade a tant mesfait à tel autre esprit, “ et est si mauvais qu'il ne li veult pardonner pour nulle chose du « monde. » (ieste response ont quant le malade doit morir ’. Et <| uant il doit guérir, si leur dit que il prengnent” deux moutons ou trois'. Et encore qu’il lacent .x. ou .xij, buvrages qui sont moult «•hiers et moult lions et bien espicés. Et encore que ces moulons nient le chief noir ou les devisera d’autre couleur tout à sa volenté ; et que de toutes ces choses lacent sacrefice ‘ à tel esprit ; et le nommera. Et que encore il aient tant d’enchanteeurs ” avec eus, el tant de dames ; et que toutes ces choses doieul ’ faire à grant laudes ’1 et à gratis clians el avec grans luminaires et avec bonnes

1 Mm, A. B. qui /i ni veut les y tires; (B.), idoles. — m Ms. B, cherra (tombera); ms. C. cher ut . — - » Mss, B. C. drdens le corps. — ° I<|. esprrit. — 1’ Ms. C» mauvniz esprrtt . — '• Mss. B. C. mourir. — r Mss. A. B. xi. moutons ou .iij. — 1 Ms*. B. C. sacrifice. —

“ Ms. B. rnchnnteours . — * Mss. B. C. se doivent foire.

** Disent .— 1 J jéussitùt. — Danser.— •; P à nu-, évanoui.— ,B Etendu comme il est. Ou

|«*ut lire aussi loue h te (louché). — *9 Prennes ; les autres enchanteurs s'adressent à l'esprit offensé. — *° Tombé. — *« Prennent. — ** Im tête noire. — *3 Désigncru. — * ' Louanges.

* pnlp la «•ience du devin Irnu.sjtorte tout le

•• monde d admiration. Il est vrai que le malade - meurt souvent un peu plus vite, mais qu’ini-

■ porte? — Thtiy jdmp nay /ta y font : «Cesor- « cier est vraiment très-fort *>, disent le* Anua- » mites. -

•NK)

CHAI’ITKE CXlX.

oudeurs Kl ainssi leur respont l'esprit quant le malade doit guérir’. Et de maintenant les parens au malade, qui ce auront ouy, si prennent tout ce qu’il leur aura commandé à faire, et le font. Et celui enchanteur, qui ce aura dit, se lievera Et maintenant prennent les moutons de la couleur qu'il leur aura dit. I) prennent ces moutons et les occient ; et espandent le sanc es lieus qui leur auront esté dit, et des dames aussi, à honneur et au sacrelice’ de cel esprit ". Et puis font cuire les moutons en la maison au malade. Et si y viennent tant d’enchanteurs comme leur aura esté dit, et des dames aussi. Et quant il sont luit venu et assemblé, et les choses sont toutes appareilliées, si commencent maintenant et à haller, et à sonner, et à chanter à la loenge * de tel esprit". Et prennent du brouet de la char, et encore ont buvrage et lingnalouet bb et vont ensement ’6 avec encens eà et là à tout grant luminaire. Et le brouet et les buvrages vont espandant çà et là, et de la char aussi. Et quant il ont ainssi fait une pièce si chiet’8 une autre fois un de ces enchanteeurs, et demeure sus " l’escume à la bouche. Et les autres enchanteeurs li demandent se il est encore au malade perdonné ; et aucune fois il respont t[ue « oil '"■> » ; et aucune fois il respont que » non » . Et quant il ne lui est point pardonné " si refont encore tel chose et tel, si comme il vourra dire : que adonc li sera pardonné ; et cil " le font maintenant. Et quant tout ce «pie l’esprit aura commandé sera fait, avec gratis sacrefices, si leur dist adonc qu’il est pardonné, et qu’il sera prochainement guéri/. Et quant il ont eue ceste response, si dient adonc que l’esprit est bien de leur part, et est bien apaisie ; et commencent à mengier à “ grant joie et kbb grant soulaz. Et celui qui sera cheus 3° connue pasmes à terre, se lieve et mengue avec

* Ms. C. panr. — > Id. lèvera. — * Ms. B. luurnge. . — •• Id. rest es/te rit. • — Id. lin-

paa/oes (bois d'aloès). — « Ms. C. connue mort . — àA Celte phrase manque dans le ms. À.

— *e Mss. B. C. vaufdra. • — ff Ms. À. tiex; ms. C. cadx. — n Ms. B. paris; Ms. C. qu'il garira prochainement. — 1,h Ms. A. o (avec).

*5 Des parfums et de l'encens. — *6 De la même manière. — >: Pendant un certain temps,

— Tombe. — Oui. — 3n Tombé.

eus. Et quant il ont tout meugle et beu, si se part cliascun et va en son hostel Et de maintenant se lieve le malade tout sain et tout gari.

Or vous ai conté la maniéré et les mauvais usages de ceste gent ; si vous tairons à conter d’eus et de ceste province. Et vous conterons des autres ainssi comme vous pourrez oïr et entendre ci avant tout apertemeut par ordre, l’un apres l’autre.

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