CHAPITRE CXXII. lit
Et quant les l'atars virent ce, que les olif'ans estuient tourné en fuie, et que plus ne retorneroienl pour riens du monde à la bataille ; si montèrent tout maintenant '■> à cheval et alerent seure leur aneinis\ Et si commencièrent la bataille moult asprement aus espées (3) et aus maces io. Fit si couroieut les uns sus les autres moult fellonnessemeut ", et se donnoient moult gratis coups1, car les gen/.
1 Ms. B. trurs ennemis. — * Ms. A. cous.
9 Tout aussitôt. — - Massues. — " Avec acharnement.
laquer les tribus encore insoumises des Dents d'or ( Kùt-tchi ), des Uo-tchang, de Fou-piao, de Theng-yué , territoires situés à l'occident de Young- tchang. 0~'hd (le chef de l'armée de Mien), qui avait déployé ses étendards et sa cavalerie dans le A du-tien (pays situé sur la frontière du Tibet, à l'ouest de Young-tchang) , avertit aussitôt * Uou-thou-kl i’ qu'il marchait jour et nuit avec l’armée de Mien pour le rencontrer sur le bord d'un fleuve ; que ses troupes se montaient de quarante â cinquante mille hommes, Imit cents éléphants et dis mille chevaux. L’armée de ' Hou-thou-kh’ et de scs généraux s’élevait à peine à sept cents hommes ('). Le géuéral de l’armée de Mien fit d'abord rombatlre sa cavalerie, puis ses éléphants montés, ensuite ses fantassins. Quand les éléphants furent exposés aux traits (des soldats mongols) ils tournèrent le dos en s'enfuyant du lieu du combat, portant de chaque côté leur galerie (de combattants) en se réfugiant dans uue grande plantation (ou palissade) de pieux de bamlious, aiguisés en pointes (**), au milieu desquels quelques dizaines de ceux qui les montaient s’en saisirent pour 1rs percer de coups. »
La suite de la bataille, selon les Annales, fut très-sanglante. Les troupes mongoles poursuivirent celles de Mien, jusqu'à plus de trente li (environ trois lieues), par des sentiers sinueux et des défilés, en s’emparant de dix-sept forts
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que les troupes de Mien avaient construit* pour la défense de leur territoire et en empêcher l’invasion. Le carnage fut si grand que 1rs» pieds « (les membres épars) des ennemis qui furent ■ tués dans cette bataille, avec ceux des éléphants « et des chevaux, que l’on put découvrir, rem- « plirent trois grunds fossés. A la lin du jour, « *Mou-thou-kli, qui avait été blessé, rallia sa u troupe; le lendemain, il se remit à la pour- « suite de l’ennemi qu'il ne put atteindre , et il « rentra dans son campement. » (Ib.)
l‘n incident à peu prés pareil à celui décrit par Marc Pol et les historiens chinois, est rapporté par l'historien persan de l’Inde, Périclitai», en décrivant la liataille des Ràdjdt, ou princes ligués de l'Inde, contre Mahmoud le (■aznévide, l'année IOOS de notre ère: • Les « attaques d'abord heureuses de* troupes indien- « lies, contre le camp rrtranrlié de Mahmoud, i devinrent graduellement moins vives ; et Mah- « moud, à la Gu, découvrit que l'éléphant de son « antagoniste (An ami a Fdla) qui s’était avancé p pour profiter de la confusion qui régnait dans « les troupes de Mahmoud, avait été ej frayé tin h roi des /lèches qui tombaient sur lui , s'était % retourné en arrière et avait fui le champ de n bataille. Cet incident frappa de terreur les « troupes indiennes, qui se crurent abandonnée* « par leur général, perdirrnt courage, et enfin se « dispersèrent dans tous les seus. »
(3) Ceci est encore une mana-uvre très- habile du chef de l'armée mongole, qui, voyant que sa troupe n’avait plus â craindre le choc redoutable des éléphants du roi de Mim ou A va, ordonne d’employer l’arme blanche pour achever la déroule de l'ennemi.
tlî LE LIVRE DE MARC POL.
le Roy estaient plus que Talars ; mais il n'estaient pas si bonne gent, ne si usé ” de guerre comme les Tatars ; car autrement ne peussent avoir duré 13 les Tatars qui estaient si poi de gent contre eus, se ne ce feust. Et or peust l'en 14 veoir donner et recevoir gratis coups' d’espées et de maces”, et veoir oceirre chevaliers et clievaus et sergeans 15 ; et veoir couper bras et mains et cuisses et testes; et maint en elieoient 16 à la terre, mors et navrés '< qui jamais ne relevoient, pour la grant presse qui y estaient. La criée et la noise ,8 y estoit si grant d'une part et d'autre que l'en n’y peust pas oïr Dieu tonnant. Et estoit l’estour'Set la bataille moult grant et moult pesme ’° et moult périlleuse d’une part et d’autre " ; mais les Tatars en avoient le meilleur.
Et de mal cure’1 lu commencie la bataille pour le rov et pour sa gent, tant en y ot ” d'occis. Et quant la bataille ot duré jusques à midi, si ne porent plus durer 13 les genz au roy”, à la force des Tatars. Mais se mistrent en desconliture et touniereut en fuie. Et quant les Tatars les virent desconfiz, si leur aloient derrière chassant et oeciant et abatant si malement que ce estoit une pitié p à veoir. Et quant il les orent une pièce" chassiez’4, si ne les voudront plus suivre ’5 ; mais retournèrent arriéré es bois pour prendre des olifans qui estaient là fouis j6. Et leur convenoit taillier’7 les gratis arbres et mettre leur 18 au devant pour avoir les (4). Et avec tout ce ne les povoient avoir, se ne fussent les hommes tneismes du rov, qui avoient esté pris, qui miexr les savoient conguoistre que les Tatars. Et ainssi les prcnoient ; car les olifans ont plus grant entetl*
10 M. b. mâches; ms. C. muettes. — n Cette phrase manque dans le ms. C. — ° Mt». b. le Roy ne sa gent. — v Ms. C. merveilles. — R Ms. B. une pieche. — r Id. mieux.
** Habitués. — N’auraient pu résister. — Et alors on /ntt. — i J Serviteurs , valets , domestiques. — ,fi Tombaient . — '* Morts et Messes. — ,8 Les cris et le bruit.-— *0 Le choc, la mêlée. — *° Cruelle , de pessimus. — *• Malheur. — 11 Eut. — Résister. — J » Quand ils les eurent poursuivis un certain temps. — 13 Us ne les voulurent plus /tours uivre. — *6 Qui s’étaient sauvés là. — *7 U leur convenait de couper, d'abattre. — ,s El de 1rs leur mettre.
(4) Toutes les circonstances de ce récit admi- Marc Pol fut témoin oculaire de la bataille eu rablcmcnt raconté doivent faire supposer que question.