CXXIII. — • Descente
(b) Ou a vu précédemment kp. 2UÜ) que khoubilaï-khaàn avait employé ce» éléphauls à transporter,, dans les jardins de scs palais, des arbre» tout entiers avec leurs racines, que l'on euvoyait chercher au loin.
Les éléphants, dont .Marc Pol a raison de dire qu’ils ont plus d'entendement que nulle bête, ont joué un grand rôle dans les guerres de l'antiquité. Ou sait qu'Alexaudre eut plusieurs fois à raffermir le courage de ses troupes contre la terreur que leur inspiraient les nombreux éléphants de l'armée de I'orus et de Sandrocoltus, le Tcliaudragoupla des livres indiens. A la bataille d'Ilélaclée, Pyrrhus, roi d'Épire, délit les Romains, par la terreur que scs éléphants jetèrent dans la cavalerie romaine. La cavalerie mongole, commandée par uti mahométaii, ftaeir-ed-diu, sut mieux se défendre contre les éléphants de .Mien, aujourd'hui l'Empire Birman.
CXXIII. — (1 j Les ambassadeurs du roi d'Ava qui , en 1833 , se rendirent de ce pays à la cour de Pé-king, suivirent, en seus contraire, probablement la même route que Marc Pol. Ils
quittèrent Oa-uiuu sur l'Irawâdi, aujourd'hui le grand entrepôt de l'Itido-Chine, où aflluetil les marchands et les marchandises des provinces sud-ouest de la Chine, de Siarn, de l'Empire Birman et du Bengale, le 1 1 du mois d'août. Ik* celte place, les ambassadeurs d’Ava mirent six journées, en gravissant des montagnes avec leurs uoiubrvux bagages, pour atteindre les frontières chinoises de la province du Yûn*nàn ; rt ils arrivèrent le 17 à Y tt en-lin^ t pays luontugueux dans l'intérieur de la frontière chinoise où ils couchèrent, et où ils furent reçus par des délégués chinois que le commandant de la * Direction militaire pour la protection des frontières » de Loung-tchouen , avait envoyés au-devant d’eux. Cette •• Direction - avait été établie sous les Mongols ; son chef, qui commande à mille homme», relève d’un autre chef, qui commande a dix mille, l^es mêmes ambassadeurs d’Ava n’arrivèrent à Pc-king que le 3 février 183 L On peut voir leur itinéraire détaillé, traduit du birman par le lieutenaut-colouel H. Burney, dans le Jownal vf tf te Àtiaiic Society af ftengtif , année 1H37,
il t LE LIVRE DE MARC PuL.
aucuns jours nommes '■* et tiennent là leur marchiez trois jours la semeine*. Il changent or pour argent ; car il ont de l’or assez. I) donnent un pois3 de fin or pour cinq pois d’argent fin ; et pour ce y viennent marchans de pluseurs parties qui portent leur argent; et le portent, si comme je vous ai dit, à or * avec ces genz; de quoi les marchans font grandement leur proulit. Et la gent b de ceste contrée qui portent l'or à tel marchie, sachiez que nus ' ne
CXXI1I. — * Mss. B. C. sr/nnaine. — *» Ici. les gens. — c Mas. B. C. nulz.
9 A certains jours fixés. — 3 Poids. — *• Pour rechange/ contre de r or.
vol. Yl, part. 2, p. 545 ri suit., cl dan» le Chiacte Regository ■, vol. IX. p. 472 et «uiv.
L'importance de cette grande voie de contimmicalion par terre pour I» marchandises de l’Asie , dont la province de Yùn-ndn est comme le carrefour naturel, n'avait pas échappé aux plus grands empereurs de Chine, à dater du fameux T/ishi-chi Hoang-ti, l’incendiaire des livre», tpii conquit la Cochinrhiue l’an 214 avant notre ère (ce royaume est alors nommé « la terre située au* delà du midi - : Xdn-yuë-ti; c’est encore aujourd'hui le nom que se donne la Coehinchiue : Xam fiel ) , soumit la - principauté des éléphants des forêts d’arbres odorants - ( Kouei lin dan g kinn ; aujourd'hui le Jdudn, » le midi du soleil » ou le Toüng-king), la province actuelle de Kouangf citron (Canton), et y déporta une population de cinq cent mille hommes pour les punir de ce qu’ils goûtaient peu son gouvernement (Voir T Itou n g kinn kang mou, k. 2, fol. 38 ; — Li lai ki sset k. 20, fol. 23). C’est pourquoi toutes ces contrées ont conservé l’ancienne prononciation de la langue rhiuoise, modifiée toutefois sur certains points, telle qu’elle existait 214 ans avant notre ère ; et c’est aussi pourquoi la prononciation du chinois en Cochinchine, au Toung*king, dans 1rs provinces de Kouang-lchcou et du Ko» kien, a tant de ressemblance, et se rapproche également beaucoup de celle des Japonais, chez lesquels la langue et l'écrilure chinoise furent introduites dans le troisième siècle de notre ère.
On se fera une idée de l’importance commerciale de la voie de communication entre la Chine, par la province du Yùn-ndn,e\ l’Inde au-delà du Gange, en apprenant que, d'apres les meilleures informations anglaises, les exportations de Chine
qui se font par cette frontière, et consistant en soie grége ou manufacturée, s’élèvent annuellement à une valeur de £ 81,000 (2,025,000 fr.); celles du thé, du cuivre, des tapis, de l'orpiment ou sulfure d'arsenic, du vif argent, du vermillon, des épiceries, «les fruits , de l’or en poudre, et autres objets, envoyés en échange pour du coton écru, de l’ivoire, de la cire, des cornes de cerf» et de rhinocéros, des pierres précieuses, des plumes, du musc et d’autres articles étrangers à la Chine, s'élèvent à environ £228,000 (5,700,000 fr.). La totalité du trafic qui se fait là se monte bien à 12,500,000 fr. L'un des missionnaires américains en Chine, se trouvant à Bantou, fut invité par les marchands chinois à retourner à Yoûngichdng avec la caravane, mais ou ne dit pas combien de jours ils mirent pour se rendre à cette destination (Voir Chinese. Re/yository , vol. XVIII, p. 597).
I.es Anglais oui tellement compris l'importance d’établir des relations, par terre, avec les provinces sud-ouest de la Chine, dont les produits n’arrivent que difficilement aux ports maritimes de Canton et de Chang-hai, qu’ils ont formé le projet de construire un chemin de fer partant de Haugoun , port de jla province anglaise du Pcgou, et allant jusqu’à la ville chiuoise d’Esmok (Ssë-mao, département de Pou-’rk, dans le Yün-adn) en traversant l'Empire Birman, dans une longueur de 500 milles (environ 90 myriamètres) j ce qui abrégerait la distance actuelle du transport des marchandises chinoises d'environ 1 ,500 milles ou 208 myriamctres, et par conséqueut diminuerait de beaucoup le fret de ces mêmes marchandises. On ne sait encore si le souverain birman consentira à sa réalisation.
GHAPITIlR CXXIII.
puel savoir leur maisons, pour ce que il demeurent en liens desvoiables 5 pour paour de males gens ; si que nul ne leur puet mal faire, tant ont leur habitations en liens fors6 et sauvages. Et ne vuelent que nus voise 11 avec eus pour savoir les.
Et quant l’en a chevaucliie ces .ii. journées et demie à déclin, si treuve l’en une province qui est vers midi, et est assez prochaine ' d’Inde. Et est appellée, celle province, Ainien (a). L’en
'* Ms. B. nul z vois/; ms. C. nnlz aille. — r Ms. C. en h confine. 3 Ecartés fies routes. — fi Lieux forts.
(2) Mien, « le pays de Mien, ou jÈjj| Mien Loue, le - royaume de Mien -, ainsi qu’on le trouve écrit dans les livres historiques et géographiques de la Chine.
- Le royaume de Mien, disent les Annales de la dynastie mongole {Yuen sse, L. '1 10, fol. 1-G), est situé dans le pays des barbares du sud-ouest (de la Chine : Si-min i). On ne sait pas combieu il y a de tribus. Son territoire est contigu avec celui de Ta-U (Voir ci-devant, ch. CXVlll), et il n’est pas trèvéloigné de Tching-tou (clt. CXIIl). l)c plus on ignore combien il a de ti carrés d'étendue. I.es gens du pays habitent dans des villes fortifiées, des bourgs, des villages et des cabanes au milieu des champs. Ils se servent de chevaux et d’éléphants pour moulure , de larges radeaux en bambous joints ensemble pour {tasser les rivières. Pour les lettres et placets qu’ils présentent au souverain, il* emploient des feuilles d’or sur lesquelles ils ont tracé leurs caractères. En second lieu, ils emploient du papier et des feuilles d’aréquier. Ce u’esl que depuis que l’on a traduit leurs documents (adressés à l'Empereur de la Chine) que l’on a entretenu des relations avec eux.
« La 8* année tchi-yonan de Chi-fsoti (klioubilai en 1271), le commandant militaire des troupes mongoles, établies dans la - Direction de protection et de défense - des - Circuits - de Ta-li , de Chen-ehen et autres, Khi-tha-te-to-in envoya un exprès dans le (royaume de) Mien pour inviter le roi de ce pays à sc reconnaître tributaire (du nouvel Empire mongol). »
Après de nombreuses négocia lions qu’il serait trop long de rapporter ici et des provocations de part et d'autre, les Annales citées rapportent la Itataille que Marc Pol a racontée dans les chapitres 121 et 122 qui précèdent, où nous avons donné la traduction du récit chinois tellement conforme à celui de Marc Pol qu’on les croirait traduits l'un de l’autre. Les Annales rapporleut aussi l'expédition de >'açir-ed-d»u (dont le nom est écrit par le* nouveaux éditeurs : i\i-ya-sse-loting) contre Mien, expédition qui ne comprenait que 3,840 hommes, et qui eut lieu à la 10* lune de l’aunée 1277. Ce nouveau général en chef de l'armée mongole pénétra jusqu'à la ville de Kiang t/ieon (à 23“ de lat.) sur l’Irawàdi, qu’il somma de se rendre. Mais celte ville , qui avait été récemment entourée de nombreuses fortifications, opposa une forte résistance, et la grande chaleur du climat, disent les Annales, força l'armée mongole à se retirer. Ce ne fut qu’en 1283 (20* année tchi-youan) , à la U* lune, qu'une nouvelle année mongole attaqua le royaume de Mien , et qu’il fut soumis. Voici comment relie conquête est rapportée dans les Annales ( Yuen sse, k. 2 1 0, fol. 4):
« La 20* année tchi-youan (1283), â la 1 l'Iune, les chefs de l’armée mongole attaquèrent Mien et le conquirent. Antérieurement le prince Sang- ‘o-kh’-to-'kr, premier ministre ; Tai-pou, soussecrétaire d’État, et I-idi -tf-ui , reçurent l’ordre, par un édit impérial, de faire une expédition contre Mien, et de le pnuir de ne pas avoir voulu reconnaître la suzeraineté du nouveau souverain de la Chine. Cette même année, à la G* lune, une grande armée partit de la ville de
chevauche .xv. journées ' par moult desvoiahles lieux ‘ et par grans hoscages la où il a olifaus et unicornes assez ; et autres bestes sau-
f Ms. C. Les inss. A el B. portent .v., ce qui est une erreur de copiste, comme on le voit au chapitre suivant. — G Ms. A. liex.
T i ltaung-klùng (aujourd'hui Yün-nan fou, capitale de la province du Yüu nân). A la 10» luue, elle arriva dans le Nàn~tien (territoire méridional sur la frontière du Tibet). Tai-pou fit passer son armée par le territoire de Lopie. A la 1 T lune Sàng-'o-klt -ta» rh ordonna à I-kh'-té-tsi , de prendre la voie du fleuve lia- s! h, de pénétrer dans le fleuve Tchin-ù-lo-hd (.. fleuve lQ-Uû , coulant à l’ouest du camjienieiit militaire ») ; «l’y faire construire deux ceuU» bâtiment» de transport (') pour descendre le fleuve avec ces bateaux, el arriver jusqu’à la ville de Kïangi hêoti, afin de décider l’affaire. Le» gens de Mien tirent aussi arriver par les voies fluviales de Piao-tien (pays de Piao) des soldats pour arrêter sa marche ; mais ees derniers s’étant joiuts à l’armée de Tai-pou, celui-ci ordonna à tous ses généraux de se partager le territoire â envahir et de s’en emparer. La ville fortifiée de Kidng-thêou fut prise et saccagée ; on y fil périr plus de dix mille hommes. I«e chef de l’état-major général de l’année moiigolc (pic ling loù juin sus) Ai-ctiigan s'empara de tout le territoire avec des troupes, et requit de nombreuses provisions en nature cl autres pour subvenir à leurs besoins. I»e commandant en chef de l’armée expéditionnaire envoya un de ses officiers â l'Empereur (khoubilaï) pour lui porter la Carte du royaume (lu ii toù ) qu’il venait de conquérir. »
A propos de la dernière phrase du récit des Annales chinoises, nous ne pouvons nous empêcher de faire un rapprochement curieux. On lit dans le (Catalogue île vente des livres rares et précieux du Cabinet de M. Firuiin Didot, faite en 181 i, sous le n° 218, art. 20 : « Cotte topo - ■ graphique sur soie, enluminée, de trois pieds « six pouces sur deux pieds, faite pour l’usage r- du premier ministre envoyé pour soumettre
’J Wl d* l>*i»trnre •V pin, i, un afRiiri»* a» h.mt trawadt, «lai» Ifwjarb In U>i»»i flirni fotwfnilrr Iftii» nom. br»Bt <!<• tmttpoM, fil • t <-raar<t<irr. Il pourrait
niftlir iur I» voir <lr « mmiiim jlimn fVÿtilicm pat raw rntic l'rwp.rr B.ibmh rl la Qiiiw.
« les révoltés de Mien, et en prendre le roi dans « Ava, sa capitale. »
[Note], ■ Cette Carte est chargée des explications françaises du P. Amiot , adressées à M. Berlin, et la phrase suivante peut faire juger du degré d’intérêt qu’elle offre : « Monseigneur, » persuadé que vous ne sauriez me compromct- « Ire, j'abandonne sans peine à vutre discrétion n celte carte, qui est unique, même ici. ■
C’était un usage observé en Chine, dès l’antiquité, que lorsqu’un pays était conquis, la première condition de paix imposée par le conquérant, était la remise, entre ses mains, de la Carte du pays soumis, laquelle carte était aussitôt offerte â l'Empereur, comme le plus important el le plus beau trophée, et déposée ensuite dans les archives de l'Empire. Il est très-probable que la Carte de Mien , qui était passée du cabinet de M. Berlin dans celui si précieux de M. Firniin Ditlot père (et qui se vendit la minime somme de 32 fr. !), était la même que celle dont il est question dans 1rs Annales de la dynastie mongole ; tout au moins c’en était nue copie fidèle. De quelle importance ne serail-il pas de retrouver aujourd'hui cette carte !
Les Annales officiel les mongoles citées donnent ensuite beaucoup de détails sur les résultats de cette première invasion de Mien, qu’il sentit trop long de reproduire ici ; notre Iml n’ctaiil pas de faire connaître toux les faits historiques qui se rattachent à ceux racontés par Marc l'ol, mais bien les faits qui confirment scs propres récits. Beaucoup de personnes, sans doute, trouveront que nous avons déjà donné trop de développements à nos remarques. Notre tâche eiil été plus facile d'en donner moins. Nous ne craignons pas d’avoir Iteatiroup d’imitateurs.
Nous dirons seulement encore que le Suppléait ut à l’hisioire des Mongols de Chine (Soidi Houng kian loù, h. i2, fol. 44) ajoute : « Après •• le sac de Kidug-thcou, un exprès fut envoyé « au roi de Mirn pour l’engager à se soumettre. « (V roi ne voulut |>as y consentir. Alors Par-