‹ Le livre de Marco PoloChapitre 6 sur 357 · CHAPITRE CVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVI

cité et belle. Et si fait on grans marchandises et gratis ars ; car en ceste cité se fait grant quantité de liarnois qui ont grant besoing à l'ost a du seigneur. Et y a moult de vingnes * moult belles, dequoy il ont vin à grant habondance. Car en toute la province du Catav ne naist " vin, fors que en celle seulement. [Et de ceste cité l'en va par toute la province. Il ont encore grant quantité de soie, car il ont tnouriers et vers 3 qui la font en grant liabondance'.]

Et de ceste cité de Taianfu, si chevauche par ponent sept journées" par moult belles contrées là où l’en treuve villes et cltasteaus' assez, où l’en fait grans marchandises et pluseurs ars 4. Et issent 5 de ceste contrée plusieurs grans marchans qui vont en

CVI. — ’ Ms. C. i lignes. — t> Ms. A. vait. Ms. C. crois!. — ■= Ces dernières phrases

entre crochets ne se trouvent que dans le ms. C. — d Ms. A. vtj.joenées. • Id. chas-

tlaus.

’ Année. — I Mûriers et vers à soie. — 4 Arts industriels. — 5 Partent.

dont la population était , en 1812, de 14 millions d'habitants. Cette ville est située , selon la grande Géographie impériale (K. 72, fol. 1), à 1200 li de la capitale. La province dont clic est le chef-lieu formait sous les Tcheou (11. 14-200 av. J.-Cs.) le royaume de Thdng, ensuite celui de Tçin. Sous les Han (201 av. J.-C.), elle devint royaume de W ei. Plus tard (en 178 av. J.-C.), ce fut le Royaume- de Thai-yuen ; réduite ensuite en principauté du même nom, elle redevint royaume sous les 7cr« (265-4 19). L’empereur Ming-ti des Thdng y établit sa cour en 723 de notre ère, et en 742, il lui donna le nom de Pê-king , « capitale du Nord. >• A près de nombreuses vicissitudes, Thaïyuan-fou devint le chef-lieu des forces militaires de la dynastie Km, détruite par les Mongols. En 1216, la ouzième année du règne de Dvhiughis- Kha&n, Thai- yuan- fou fut érigée en /où, formant le cbef-lieu de l'administration des conquêtes mongoles dans les provinces occidentales de la Chine. En 1305, ou changea son nom en celui de Ki-ning pour le rattacher à la province du Chan-si ; mais avant, c'était uu /où qui dépendait de la province centrale de Pê-king. Sa population était de 75,404 familles, et de 155,321 bouches ou personnes soumises à la capitation. ( Yuen-tse , k. 58, fol. 31.)

« Les mines de fer du departement de Thaiyuan-fu, dit Klaproth ( Journal asiatique , février 1828, p. 99), sont encore aujourd'hui 1rs plus riches de la Chine ; on y façonne très-bien ce métal , principalement à Tai-yuan même , et dans la petite ville de Siu keou Indu ; leurs habitants fabriquent des sabres, des poignants, des couteaux, des ciseaux et des briquets, qui se vendent dans tout le non! de la Chine et en Mongolie. Le vin de raisin de Tai-yuan fou était déjà célèbre du temps des Thang (du septième au neuvième siècle) , car la description géographique de l’Empire sous cette dynastie dit que ce vin était envoyé en tribut à la cour des empereurs. Sous la dynastie mongole , l’usage du vin de raisins se répandit beaucoup; on le préféra au vin de grains, parce que, à un goût plus agréable, il joignait la propriété de se conserver un grand nombre d'années; on le mettait dans de grandes jarres que l'on enterrait. L’histoire chinoise rapporte qu’en 1296 un grand de la cour de Pê-king fil à ses frais clore de murs les vignoble* des départements de Tai-yuan et de Phing-yang. Ce fut le fondateur de la dynastie des Ming qui accepta, pour la dernière fois, en 1373, le vin de Tai-yuan ; il défendit qu’à l’avenir on lui eu présentât davantage. *

\'nde, et par autres pais, faisant leur marclieandise et leur proufit '. Et quant ou a chevaucliie ces sept ‘ journées adonc si treuve l'en une cité qui a nom Pianfu (2), qui moult est grant citez et de grant vaillance ; en laquelle a marchans assez qui vivent d’art 6 et de marchandise. Et si font soie en grant liabondance1'

Or vous lairons de ce, et vous conterons d’une grant cité qui a nom Cacianfu. Mais tout avant vous conterons du noble chastel que l'en appelle Taïcin ' (3).

f Ms. B. pourfit. Ms. C. prouffit. — K Ms. A. * journrrs. — >' Cette phrase manque dans le ms. B.— * Ms. A. Caicui. Ms. B. Catay, Ms. C. Taicuy.

6 D'industrie.

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30“ OC or; long. K., 109" 13' 00'). Cette ville, aujourd’hui encore chef-lieu d’un departement de la province de Chan-si , est située à 1800 li de Pé-king. Ce fut là, selon les historiens chinois, que Yao et Ch un (2337-2286 av. J.-C.) établirent le siège de leur empire. Sou territoire fut à plusieurs époques celui de la principauté de Hô-thoùng ( « l’Orient du fleuve jaune » ) ; et sous les Tcin (265-420), il reçut le nom de « Principauté de P* in g- y du g ; » sous les Somig et les Ktn (960-1226), ce fut le département du même nom. Il porta celui de P'fogyudn Uni sous les Mongols, jusqu’à l’année 1306, époque à laquelle ce nom fut changé en celui de Tan-ning fou. C’est donc à tort que M. Abel Rémusat {Nouveaux Mélanges asiatiques, t. I , p. 391), en rendant compte de l’édition anglaise de Marc Pol donnée par Marsden, objecte , contre l'identification de Pianfu avec P*ing-ydngfou , - que ce nom ne lui fut donné que sous la dynastie des Ming , cent cinquante ans après le temps où Marc Pol put la visiter. » « II en est de même, ajoute-t-il, pour Tainfu , car, au temps des Mongols, il y avait 700 ans que cette ville ne portait plus le nom de Tai-youan, et elle ne le reprit que sous la dynastie des Ming. » M. Hémusal a été induit en erreur; les Annales mongoles (Yuên-sse, k. 68, f® 31), et le Taïthsing i thoung-tchi , (k. 72 et 74), établissent le contraire, ainsi que nous l’avons rapporté ci-

dessus. Ces deux villes portaient précisément les noms de Tâi-ynin fou et de P* Ing-ydng fois durant le séjour de Marc Pol en Chine ; et ces noms ne furent changés qu’en 1306, quatorze ans après son départ. C’est pour que l’on ne puisse pas nous opposer à cet égard l’opinion du savant professeur que nous avons cru devoir la rappeler ici, en citant les autorités officiel h» chinoises.

La prononciation P*anfu , pour P*£ng-yangfou est encore aujourd’hui la prononciation de Pé-king, que suivait Marc Pol, et dans laquelle un grand nombre de finales des mots sont supprimées pour contracter le mol composé. Loin donc que Marc Pol, dans la plupart des cas, altère les noms d'hommes et de lieux qu’il cite, il les reproduit exactement comme il les a entendu prononcer. C'est une preuve de plus de l’exactitude et de la sincérité de notre voyageur.

(3) Le texte italien de Raimisio est le seul, si nous ne nous trompons, qui porte Taighin au lieu de Caicui, qui est la leçon fautive passée dans les autres textes et versions par la faute des copistes, lesquels ont confondu le T initial avec le C, dont la ressemblance est très- grande dans récriture gothique, et le trait oblique de H, dans la même écriture, aura été déplacé. Aussi n'avous-nous pas hésité à restituer à notre texte la leçon de Taicin, prononcé à l’italienne Tai tchiii , qui représente fort bien la prononciation adoucie de Pé-king , du nom chinois ^

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