CHAPITRE CXXXVII
Ci dit de la cité de Siguy.
Et quant l’en se part de la cité de Piguy, si chevauche l’en deu.v journées vers midi par moult belles contrées et planleureuses ‘ de touz biens, la où il a venoisons assez de toutes maniérés de heslcs et d’oiseaus. Et au chief de deux journées si treuve l’en la cité de Siguy (■) qui moult est grant et riche et noble de marchandises et d’ars k. Les genz sont idolastres' et font ardoir les corps inors4.
* Id. — i Le ms. B. ajoute : en dûmes parties et par maintes contrées. • — k Ici. ramentex’oir.
CXXXVII. — » Ms. C. plaines. — •» Ms. C. Les mss. A. B. de draps. Le texte fr. de la S. G. porte : de mercandies et d’art, — e Mss. À. C. ydres . — ** Ms. B. ajoute : aussi comme les autres dessus dit.
CXXXVL — 1 Dans la Chine méridionale.
(2) PcUicheou est rfîectisenient placé clans la situation indiquée par Marc Pol. Cette tille appartint aux Soung (qui possédaient la ('.bine méridionale , ou le Mangi de Marc Pol) de 082 à 1215, et aux Kin (qui possédaient la Chine septentrionale, ou le khatai) de 1215 à la fin de leur empire envahi à la fois par les Souug et les Mongols.
CXXXVII. — (I) C'est aujourd'hui la ville chef-lieu de canton de Sott-tùen , dépendant directement de la ville départementale de «Soiileheou fou (lat. 34" 00' 50" ; long, lit»* 11'
21"). O fut anciennement une petite principauté sous le nom de ■ principauté inférieure de Pei ».
Les Thang, en 62 1, lui donnèrent le nom de
ijJÊj Si-tcheou. En 762, ce nom fut changé
en celui de Soti-tsien. Elle appartint ensuite aux Soung, qui en ‘JK2 la ratlachereut au ram|>ement militaire de Hoai-yang; puis aux Kin, lesquels, vers 1 124, la placèrent sous la juridiction de Pcï-teheou dont il vient d'être parlé. Eu 1275, les Mongols la firent dépendre du campement militaire de Hooi-ugaa ; en 1278, elle fut replacée sous la juridiction de Pei-tdteon. La Géographie impériale (k. 51, fol. 4, d'où ces renseignements sont tirés) ne fait pas connaître le nom que celle ville portait sous ces trois dynasties ; mais il est très-probable qu’on lui donnait toujours sou ancien nom de S/ -t citron, qui est celui de Marc Pol. Une autre ville, située au midi, à 50 li au-delà du Hoang-ho, porte aujounl liui le nom de Si-tchcvu. Ce ne peut pas être celle de Marc Pol.
Leur monnoie est de charter'; et sont au grant Kaan. Elle a trop grans champs et belles plaines de qui ' il ont grant habondance de frouinent * et d’autres blés. Mais autre chose n’y a qui à conter face. Et pour ce nous en partirons et vous conterons des autres terres avant.
LU quant l’en est parti de ceste cité deSiguy ", si chevauche l’en trois journées vers midi, trouvant toutes fois1 belles contrées1 et beaus cliasteaus et beaus casa us et belles gaagneries 3 de terres
et de champs. Et si y a venoison assez et halxmdance de froment et de touz blez. Et sont ydres 3, et sont au grant Kaan Et au eliief de ces trois journées treuve l’en le grant Hun de Caramoran (a), qui vient de la terre I’restre Jehan. Et est moult grant
• Mm* B. C. chnrtrt . — - r Ms. B. detfuoy ; ms. C. dont. — 8 Ms. B. fourment. — k Ms. C. Singujr. — ' Ms. B. toutes voies. — j Mss. A. C. contrées. Le ms. B. porte: citez. — ^ Le ms. C. ajoute : et ont monnoie de chantes.
CXXXYIL — 1 Hameaux. — * Fermes, exploitations. — 3 Idolâtres.
(2) Caramoran, et selon l'orthographe mongole et persane : 'j* K ara - mordu ,
« fleuve noir », est, ainsi que nous l'avons déjà remarqué plusieurs fois (chap. Lixtll, n. 1, et p. 33ô, note) le nom donne par les Mongols au fleuve Jaune ( H a tin g ho), l'un des deux plus grands fleuves de la Chine et de toute l'Asie. Les géographes chinois lui donnent deux sources qu’ils placent dans le Si-jû, » contrée située à l'occident de la Chine » ; l'une dans les monts Tsoungding , l’autre au lac Lob (voir p. 118, n. 2), dont les eaux, par un écoulement souterrain, donneraient naissance au grand fleuve ; dans tous les cas, il recevrait de nombreux affluents des contrées du pays de Khoukhounoor, ainsi appelé du lac de ce nom, situées entre les 33n et 38" de latitude et 91° de longitude E.
Son cours est très-sinueux. Après avoir fait un long détour dans la Mongolie , au-delà de la • grande muraille », dans l'ancien ■ territoire du Presto* Jehan », comme le dit Mare Pol, ou le « pays de Tendue » (voir le chap. LXitll ) , il rentre en Chine, en traversant de nouveau la « grande muraille, » se dirige droit au sud, dans une étendue de cinq degrés (du 3&° au 40*), et
reprend sa course vers l’est , après avoir rencontré les déclivités d'une longue chaîne de montagnes au nord desquelles il a sa source, et va preudre son embouchure dans la mer Jaune, à une trentaine de lieues de Si-lchcou, actuellement Soit •! fi tien.
Cette embouchure n'a pas toujours été la même. Les historiens et géographes chinois constatent que son ancienne embouchure était autrefois dans le golfe de Pé-king, à 39° de latitude nord, au lieu d’étre au 34* degrc comme aujourd’hui. Son ancien lit n’avait pas encore entièrement disparu à l’époque mongole ; ce sont les grandes inondations auxquelles il est sujet qui lui ont fait changer de cours. Celle qui eut lieu en 1 194, sous les Kin, fut une des plus considérables ; une grande moitié des eaux du fleuve se rendit à la mer par sa nouvelle embouchure, mais l'autre partie s'écoula encore par celle du nord, dans le golfe de Pé-kiug. Le Hoâng-hô continua donc depuis cette époque à avoir deux cours inférieurs. Cet état de choses dura jusqu'à l'aunée 1289, sous le règne de khuuhilaï, pendant les derniers temps du séjour eu Chine de Marc Pol, anuée daus laquelle fut achevé le