CHAPITRE CXXXVIII
ains 10 y morut (11). Et pour ce nous lairons de celui et de sa fame,'‘ et de ceste matière, et retornerons à notre conte, por con-
ni Ms. B. femme ; ma. C. la Roy ne,
*° Mais.
(1 1) Pé-yèn, qui avait été appelé à la cour de Khouhitaî-Khaàn, y arriva à la ciuquièmc lune de l'année 1276, avec le jeune roi /lien, auquel le souverain mongol ne voulut conserver que le titre de Koùng, « duc » du ro)auinede Ying, ou « de la Mer ». L'impératrice mère y arriva en même temps. Khoubilaï recul le jeune monarque dans la « salle d'audience de la grande paix » (fai ‘an tien), lorsque les généraux de la cour des Soung furent aussi arrivés à C/iang-tou (la résidence d'été), l'empereur demanda à ces généraux pourquoi ils avaient cédé si facilement à ses troupes. Ils lui répondirent que c'étaient le premier ministre Kia Sse-tao qui avait livré le royaume, parce qu'il n'avait honoré que les gens de lettres (•ve/i sse) et qu’il faisait peu de cas des hommes de guerre. Ceux-ci, qui depuis longtemps étaient mécontents de cet état de choses, avaient tourné vers lui leurs espérances parce qu’il savait apprécier leur état. L'empereur leur fit répondre : « S'r-tao vous a justement appréciés. Sse-tao » n'avait fait que dépasser la mesure ; mais, voua, « pourquoi avez-vous trahi votre maître (Un. » pourquoi avez-vous tourné U dot à votre mai- « Ire)? Si vous avez dit vrai, Sse-tao a certai- ■ neimnt bien agi en vous traitant avec si peu « de considération. » (IÀ fat Ai sse, k. D7, fol. 46 v.)
Les paroles de Khouhilaï-KhaAn sont authentiques, puisqu'elles sont reproduites par l'histoire officielle de sa dynastie, écrite longtemps après sa chute. Quelle sanglante critique de ces hommes sans principes qui suivent tous les drapeaux quand ils pensent y trouver leur profit ! Et c’est l’ennemi auquel ils se livrent qui leur donne en face celte rude leçon de morale !
Le petit discours du suuvcrain mongol, aux généraux de l'empereur des Soung, rappelle ces vers que Corneille, dans sa tragédie de la Mort de Pompée, met dans la bouche de César s’adressant à Septime :
.... AU«a, Septime. aile* «en voir* maître :
0«r *+ jwot Muftrir la (iirarnrr d'on lialirr .
IV un Romain lirfce *»i< x pnnr arrvlr mnm an i«4,
Af>rè» avoir m*i wui Pvinpÿe rt kni mai,
Lejeune empereur des Soung, Agé de sept ans, auquel l'histoire donne le nom de régne de Koung-tsoung , fut reçu avec beaucoup d'égards par Khoubilaï, ainsi que la grande impératrice (Tni hoà/i) , veuve légitime de l'avant-dernicr empereur Li-Uoung (1226-1264) et l’impératrice grand mère (tai /tenu), seconde femme du même prince, mère du dernier empereur Tout soung. » khoiibiiay, dit Gaubil (Hat. des Mon- 41 gou*t P* 178 n.) envoya au-devant du jeune « prince son premier ministre ; et la princesse de « Hongkila , impératrice et première femme de * Houpilay, ordonna à un seigneur de fournir à « la mère de Congtsong tout ce qui lui serait « nécessaire , d une manière conforme à son « rang. »
Pé*yèu, qui venait de conquérir un nouvtau royaume à Khoubilaï, fut aussi reçu par lui avec beaucoup de distinction. Lorsqu'il fit son entrée à la cour, rcni|>ereur ordonna que cent des principaux mandarius allassent au-devant de lui pour lui servir de cortège, et les plus grauds honneurs lui furent rendus.
Marc Pol se trompe quand il fait l’une des impératrices mères des Soung, femme du jeune prince qui s’élail réfugié avec un autre frère dans la province du Ko-kien, et qui fut d’abord nommé « lieutenant général de l’Empire des Soung-, par les principaux chefs restés fidèles. Ce piince, frère de Kong-ttong, emmené à la cour mongole, et Agé seulement de neuf ans, fut reconnu empereur des Soung à Fou-tcheoufou, capitale de la province en question, où un nouveau gouvernement des Soung fut organisé, le trône ayant été considéré comme vacant, par suite des événements qui avaient fait emmener captif le jeune empereur Hien-ti (ou Kong-! son g) à la cour mongole. L'histoire oflicielle chinoise donne k ce nouvel empereur des Soung le nom de Touau-Uoung, et sou règne ne commence,
ter de la granl province du Man/.i, et leur coustumes et leur maniérés; [et iront tout ordonneement. Si commencerons au commencement : c’est à la cité "J de Coguigangui, de là où nous partîmes pour conter vous comment la dite province du Manzi fu conquestée.
rr Cette liaison de texte manque dans les mss. A. et D.
selon l'usage, qu’en 1277, quoiqu'il eût été reconnu à la 5e lune de l'année 1276.
Poursuivi dans le Fo-kien par 1rs généraux mongols, le jeune prince fut embarqué à la 12* lune sur un navire, pour se réfugier dans la province de Kouang - tcheoH (Canton). Ce navire faillit périr d’un coup de vent. Le jeune prince lond>a dans U mer; il en fut retiré à demi mort; une grande partie de ses troupes périt, l'ne partie de son entourage voulait qu’on allât se réfugier dans le royaume de Tchen-tclùng (la Corbincliine). Un des ministres du jeune empereur fut envoyé dans ce pays pour y préparer sa réception ; mais il ne revint pas.
A la troisième lune de l'année 1278, les troupes mongoles reprirent la ville de Kouang-tchtou (Canton). L’empereur Touan-tsoung se relira dans une petite île déserte appelée Kang-(chouen (lat. 21° 08' ; long. 108° 53'), et y mourut à la quatrième lune, âgé de ouze ans. Son jeune frère fut alors proclamé empereur sou» le nom de Ti-ping (l’empereur p,ing\ Ce jeune priuce fut emmené, à la 6* lune, sur une montagne appelée Yai-ç/ién, située dans un promontoire à l’ouest de la ville actuelle de Macao (lat. 22® 30'; long. 110® 12'). L’impéralriee sa mère, qui n'avait pas voulu quitter ses deux derniers fils, l'accompagnait.
A la lre lune de l’année 1279, une flotte mongole nombreuse, avec une armée navale, se présenta en vue de la montagne de Yai-chtin. Le combat s'étant engagé entre cette flotte et celle des Soung, celte dernière fut mise en déroute. Le premier ministre des Soung, nommé Lou Sirou-fou, voyant tout perdu, lit jeter à la mer sa femme et ses enfants, et d'un ton ferme dit au jeune empereur : « Les affaires de l'État sont ar- « rivées à leur dernière extrémité ; Votre Majesté « ( 'pi liia) doit mourir pour l'Empire. L’empereur « TS-jrëou ( H'un-ti ) s’est déshonoré grandement « (eu se livrant aux Muugols) ; Sire, vous ne de- « vez pas renouveler une pareille honte. * Après
avoir dit ces paroles, il prend le jeune empereur sur ses épaules, et se précipite avec lui dans la mer. I.a plupart des ministres et des employés du prince suivirent cet exemple. Hong-fou, l’amiral mongol , prit huit cents navires. Pendant sept jours on vit sur la mer flotter les cadavres de plus de cent mille hommes qui se noyèrent. On reconnut celui du jeune empereur avec les sceaux de l'Empire. Çhi-kiai (T ch an g Cht-kiai, le général en chef des Soung) les recueillit, et rejoignit avec eux le vaisseau de l'impératrice mère (#«î fri), avec le désir de l'exhorter à faire installer un nouvel empereur de la famille. L’impératrice mère, en apprenant la mort de son fils, s'efforça de contenir sa grande douleur et dit : « Tant de personnes ont déjà supporté pour nous « les plus grandrs tribulations et meme la mort « que, véritablement, pour vouloir prolonger la
■ durée de notre famille (sur le trône) on ne ferait
■ que tout réduire eu un morceau de chair. Maiu- « tenant il n'y a plus d'espoir (kin i voit wàng j). ■ Et aussitôt elle se précipita dans la mer pour y trouver la mort. (Li tai ki uet k. 97, fol. 57 ; Sou Thoung kian kang mou, k. 22, fol. 49.)
Ainsi fiuit la dynastie des Soung. Cette dynastie, qui était la dix-neuvième, après une durée de trois cent dix-neuf ans, pendant lesquels la littérature chinoise et principalement la philosophie jetèrent le plus vif éclat, était allée s éteindre dans les flots de la mer méridionale, dernier et lointain refuge d'un pouvoir expirant qui n'avait cessé de reculer devant ces hordes de barbares, dont l'audace, après avoir porté le fer et la flamme sur toutes les nations civilisées de l’Asie, menaçait encore d'envahir l’Europe, à peiuc sortie de la barbarie. L'histoire eu est encore à chercher quelle est la cause de ces grands fléaux, qui paraissent de temps en temps sur la srène du monde, et qui menacent d'anéantir à jamais, comme les laves brûlantes du Vésuve, tous les monumeuls de la civilisation humaine qu’ils trouvent sur leur passage.