‹ Le livre de Marco PoloChapitre 91 sur 357 · CHAPITRE CXXXVtlI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXVtlI

avec maintes genz avec lui, et s'en parti ; et s’enfui ’ es illes de la mer occeanneen Ynde. Et la royne qui remest* en la cité se pourcliaçoit 13 de deffendre à son povoir comme vaillante dame Or demanda la dame aus astronomiens qui gaaneroit bh, et comment il avoitnom? Et l’en dist qu'il avoit nom Baian cent iex.". Tantosl comme la royne ouy qu'il avoit nom aiussi, tantôt li remembra qu'il lui toudroit*'1 son royaume. Si se rendi audit Baian, et puis tout son royaume et touz les autres cités et chasteaus que onques n’y furent deffense ,5. Et certes ce fu bien grant conquest, car ou monde n’avoit royaume qui tant vausist". Et y avoit tant de trésor que c’estoit merveille''; et si vous dirai comment.

En ces provinces getent les enfans tantost ” comme il sont nez ; et ce fait le menu pueple qui ne les pueent “ nourrir (7). Et le roy les faisoit touz prendre et faisoit escripre de chascun en quel signal 16 et en quel planete il estoient nez ; et les faisoit nourrir par pluseurs lieus (8). Et quant uns riches bonis n’avoit nul enfant si

7 ld. Jouy. — * Mas. B. C. demoura. ** Ms. C. qu’elle estait. — Ms. B. pai lignerait. — « Id. .C. yeux. — Jd Id. tofdroit (enlèveroit); ms. C. devait to/lir. — «« Mss. B. C. vauhist (valut)* Le ms. C. ajoute : la moitié. — Ms. C. Car sachiez que le roy avoit si desmeturement grant trésor que cestoit une grant merveille. — SS Mss. B. C. si tost (aussitôt). — k1* Id. puet.

lî S'efforcait . — *4 Aussitôt. — - ** (Sic Mss. A. B.) // n'y eut plus de résistance nulle part. — lb Sous quel signe du zodiaque.

Le Supplément au Thoung kian khan g mou (k. 22, fol. 29) porte de plus : « L’impératrice « mère, l’impératrice et l’empereur, désirèrent « avoir une entrevue (avec le général en chef) ; h Pé-yén la refusa avec persistance en disant : « Je ne suis jamais entré h la cour ; j’ignore le « cérémonial que l’on observe dans ces entre- ■ vues. * — Le lendemain il quitta Lin-gan. » (?) Marc Po! est probablement le premier Européen qui ait parlé de cette coutume déplorable d'abandonner les nouveau -nés quand les parents ne peuvent les nourrir. Celte coutume s’est perpétuée jusqu'à nos jours ; mais ou l’a beaucoup exagérée. La loi chinoise n’autorise pas ce fait, pas plus qu’en Europe, où l’exposition et l’abandon des enfants sont encore assez fréquents.

Mais l’autorité du père de famille eu Chine étant beaucoup plus grande qu’en Europe, la répression de ce crime y est moins suivie.

(8) Cette peinture que Marc Pol fait des qualités bienfaisantes du dernier empereur de la dynastie des Soung , dont le règne eut quelque durée (probablement Tou-tsoung, 1205-1274), fait grand honneur à son caractère. I es historiens chinois ne lui ont pas été aussi favorables; ils disent * qu’il continua les errements de sou prén décesscur U-tsuung , dont le régne sans vigueur

■ et sans talents avait laissé l'empire tomber en

■ décadence. Comment , ajoutent-ils , aurait-il « pu le relever de son abaissement ? Tou-houng * n’était pas dépourvu de toute qualité ; mais il « se croisa les bras ( koiutg chiou), et s’aban-

aloit au roy ; et s’en faisoit donner tant comme il vouloit. Et quant il estoient granz si marioit le masle à la femelle, el leur donnoit du sien assez". Encor faisait le roy une autre cliose. Quant il clievauchoit parmi la cité, et il veoit aucune petite maison, si demandoit pourquoy elle estoit si petite, si l’on li disoit qu’elle estoit d’un povre homme qui n’avoit de quoi haucier " la. Si que le roy li donnoit assez de quoy faire la “. Et par ceste raison n’y avoit en toute sa maistre cité du royaume de Manzi, laquelle a nom Quinsay, nulle maison qui ne fust belle ".

Cest roy se faisoit servir de valiez et de damoiselles plus de mille"’, quitouzestoientvestuz°° richement. Si maintenoit son régné en si grant justice que l’en ne trou voit nul qui feist mal (9). Et estoit la cité si seure que l’en laissoit la nuit la porte ouverte; les maisons et les estaus '* plains de toutes riches marchandises (10). Nuis ne porroit conter la grant richesce ni la grant bonté des genz de ce païs.

Or vous ai conté du régné; si vous conterai de la roine. Sachiez qu’elle fu menée au grant Raan. Et quanti! la vit, si la fist honnourer et servir moult richement comme grant dame quelle estoit. Mais le roy son mari n’issi onques '9 plus des isles pl’ de la mer ;

11 Le ms. C. ajoute ici : (tant de sien) que il se poinvient bien vivre à leur aise. En ceste manière en n levait (élevait) bien chacun an .xx. milles que masles et femelles. — ii Ms. B. ha fichier la; ms. C. la faire greignear comme les autres. — h* Le ms. C. porte : Et maintenant commandait que elle fust faite belle et grant comme les autres; et il ftaioit les despens. Et se il ave ni st que la petite maison fust n ung riche homme , si lui commandait que maintenant la feist faire lever. — I* I.e même ms. ajoute encore ici : et grant , sans les grans palais et les grans hostelz , dont il en y avoit grant planté par la cité. — mm Ms. B. l 'ailes; ms. C. variez. — nn Ms. A. mil. — 00 Le ms. C. ajoute : de ses robes belles et riches ; si que il menoit sa vie moult noblement, et en grant aise et en grant deliz- — PP Ms. À. die s.

*7 rayait. — *8 Étalages de marchandises. — *9 Ne sortit plus.

n donna aux plaisirs des sens avec les femmes. H • s'y plongea avec excès. En perdant l'Empire « il n’en éprouva point personnellement les ca- « lamités. Il vécut dans les plaisirs. « (Sou Thoang kian kang mou. k. 21 , fol. 48 v*. — Li tai ki ssè, k. 07, fol. 26-27.)

C'est ainsi que des souverains préparent, sans s'en douter, la chute de leur dynastie et le désordre social.

(9) Cest li un des plus grands éloges que Tou puisse donner à un souverain.

(10) Nous avons entendu dire, par des personnes qui avaient passé plusieurs années en Chine, que dans les provinces où les troubles civils n’avaient pas encore agité la population, la confiance et la sûreté publiques y étaient si grandes que le même fait avait été observé par elles.

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