VIEUX PORTRAITS
Pour ma tante du Blaisel (D).
J'étais assise au coin de l’âtre; On avait éteint les flambeaux; Seul un clair de lune rougeûtre Illuminait les vieux tableaux.
Et de chaque toile fanée
Je vis descendre à petits pas L’aïeule en robe surannée, L’ancêtre en perruque à frimas.
Vifs et menus comme des ombres, Mystérieux comme des morts,
Ils allaient sous les poutres sombres Danser les gavottes d’alors.
Et la marquise, ma grand’mère, Près du clavecin se rassit; -
Alors, tendrement, mon grand-père Vint lui parler du temps jadis.
— Vous souvient-il d’une soirée?
— Eh! ou, je m'en souviens toujours; Moins que cette écharpe dorée
Se sont flétris nos chers amours!
Mais la gavotte est terminée.
— Au revoir! marquise, à demain. Et dans chaque toile fanée
Les vieux sont remontés soudain.
L’aïeule a murmuré : « /e aime »
À mon grand-père, le marquis...
Ils sont d’une douceur extrême Les chers amours du temps jadis.
Parenty, avril 1008.
(D) Marie de La Loyère, baronne du Blaisel, sœur de ma mère et grand’tante de May.