‹ Le livre de MayChapitre 10 sur 96 · VIEUX PORTRAITS · texte numérisé non relu

VIEUX PORTRAITS

Pour ma tante du Blaisel (D).

J'étais assise au coin de l’âtre; On avait éteint les flambeaux; Seul un clair de lune rougeûtre Illuminait les vieux tableaux.

Et de chaque toile fanée

Je vis descendre à petits pas L’aïeule en robe surannée, L’ancêtre en perruque à frimas.

Vifs et menus comme des ombres, Mystérieux comme des morts,

Ils allaient sous les poutres sombres Danser les gavottes d’alors.

Et la marquise, ma grand’mère, Près du clavecin se rassit; -

Alors, tendrement, mon grand-père Vint lui parler du temps jadis.

— Vous souvient-il d’une soirée?

— Eh! ou, je m'en souviens toujours; Moins que cette écharpe dorée

Se sont flétris nos chers amours!

Mais la gavotte est terminée.

— Au revoir! marquise, à demain. Et dans chaque toile fanée

Les vieux sont remontés soudain.

L’aïeule a murmuré : « /e aime »

À mon grand-père, le marquis...

Ils sont d’une douceur extrême Les chers amours du temps jadis.

Parenty, avril 1008.

(D) Marie de La Loyère, baronne du Blaisel, sœur de ma mère et grand’tante de May.

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