À MAMAN
Ne saviez-vous donc pas, quand vous jouiez le soir Quelque réminiscence on ne sait d’où venue,
Que je vous écoutais et que j'aimais vous voir Imprégner votre cœur de musique inconnue ?
Et l'ombre cependant était pleine d’émoi!
Nos âmes en vibrant se frôlaient l’une l’autre. La vôtre s’exhalait quand vous jouiez pour moi, La mienne frémissait en écoutant la vôtre.
LE NENUPHAR
A Papa.
Le pâle Nénuphar étoile l’eau profonde,
Que les reflets du soir 1lluminent encor; Chaque balancement, chaque frisson de l’onde Le berce lentement comme un enfant qui dort.
Le divin Nénuphar, fils de Phœbé la blonde, Semble un vase échappé de l’immortel trésor, Une coupe où les Dieux s’enivrent loin du monde En buvant à longs traits de son breuvage d’or.
Ce Nénuphar si blanc, dont la candeur si pure Jette un (dernier rayon dans une nuit obscure, J'ai voulu le cueillir... Mais hélas ! quand soudain
Je l’arrachai de l’eau, (quelle surprise étrange !) En regardant la boue attachée à ma main, Je vis avec horreur qu’il poussait dans la fange...
Janvier 1900.