AUX ARBRES DE VILLEOUIER
Pour Papa.
Quand j'étais enfant autrefois, Nous partions tous deux dans les bois Le matin dès l'aurore claire.
Les lapins fuyaient devant nous, Le parfum des fleurs était doux Et la brume légère.
Mon père marchait en avant, Une serpe d’acier brillant Dans sa main comme un éclair blême :
Attentif il examinait Les baliveaux de la forêt Et les marquait lui-même.
Les bois chantaient à tous les vents
Un chant de vie et de printemps;
Mais, lorsque le marquait mon père,
Chaque arbre sous le soleil d’or
Psalmodiait un chant de mort Doux comme une prière.
Et près de chaque arbre blessé
À mon tour aussi J'ai passé,
J'ai posé ma main sur sa plaie :
La sève coulait de son cœur
Et je lui contais ma douleur...
J’aimais tant ma futaie!