ARRIVEE
So long and yet so brief!
So prized and yet so cheap!
So longed and loved and S APCE And so uncertain..
Alas! Alas!
tis life’s way, Horatio!
Vous arriverez à la nuit tombante A travers les bois de Maulevrier.
Je vous attendrai l’âme frémissante Toute seule auprès d’un grand peuplier.
Je prendrai le vent chantant dans les branches Pour les pas rythmés de nos bons chevaux Et Je croirai voir nos lanternes blanches
De leurs chauds reflets nimbant les bouleaux.
Je m’élancerai très souvent, sans cause, Croyant vous ouvrir et vous recevoir, Et si mon accueil sert à quelque chose, C’est à faire entrer la brise du soir...
Puis je songerai dans l’ombre TC Que l’heure rêvée est venue enfin.
Je savourerai mon exquise attente, J'aurai presque peur d’être au lendemain.
Soudain dans le parc une lueur brille.
Dominant le bruit des pas réguliers, J'entendrai tourner et grincer la grille Et sur le chemin crier les graviers.
J'irai, J'ouvrirai la porte fermée;
Le vent sifflera, frôlant mes cheveux;
Ma main pressera votre main aimée.
Et nous nous tairons pour écouter mieux Nos cœurs murmurer à voix basse entre eux.
Brouillon, octobre 1910.
MPRIONPES
À la manière de Maeterlinck (H).
J'ai pris la Clé de mon château, Par la fenêtre l’ai lancée:
Je l’ai vue éclabousser l’eau; Dans la mer elle est enfoncée..
J'ai perdu la Clé de mes tours, J'ai perdu la Clé de ma porte, Je serai prisonnier toujours
Puisque ma confiance est morte.
J'ai perdu la Clé de mon cœur, (Mon cœur est une forteresse); Je ne dirai plus ma douleur, Vous ne saurez point ma tristesse.
Je ne veux pas m’ouvrir à vous, Car je suis devenu sauvage Et défiant comme les loups Qu’on enferme dans une cage!
Non! on n’entre plus dans ma cour Par le portail comme naguèré;
Il faut escalader ma tour...!!
Ah! si quelqu'un voulait le faire... !!!
Villequier, octobre 1910.
(H) En revenant d’une excursion à l’Abbaye de Samt-Wandrille où habitait Maeterlinck. ;
A LA MAETERTINCKE
J'attends le jour où vous viendrez, (Souvenez-vous de vos promesses); J'attends le jour où vous viendrez; Nos chers amours seront poudrés Des lys blancs de nos allégresses,.
J'attends le jour où vous viendrez, (L?attente d'üne joie est Joie); J'attends le jour où vous viendrez; Je sais ce que vous me direz
I1 faut enfin que je vous voie.
Mon cœur est fou comme un enfant, (Mais si vous n'’étiez pas la même») Mon cœur est fou comme un enfant; Il espère en vous maintenant,
Mais il a peur de vous quand même.
Mon âme lâche espère et craint,
(S1 vous aviez changé peut-être ?)
Mon âme lâche espère et craint.
Triste et las comme serait plaint Hélas! Hélas! tout mon pauvre être...
Le Temps peut toucher vos cheveux, (La terne chevelure grise!) :
Le Temps peut toucher vos cheveux, Mettre des rides sous vos yeux...
Qu’il me laisse votre âme exquise.
Cahier de brouillons, octobre 1910.
CHANSON À la Maeterlinck.
Je viens te prendre par la main; Allons tous deux dans mon jardin :
— Car c’est le jardin de mon cœur.
Voici le soleil, du soleil Violet, orange et vermeil :
—— C’est le soleil de mon bonheur.
Voici les brises qui murmurent; Entends les feuilles qui susurrent :
— Ce sont les chants de ma tristesse.
Et voici des touffes de roses; Que de roses fraîches écloses !
— Ce sont les fleurs de ma tendresse.
Je vais me taire, si tu veux, Mais nos cœurs parleront entre eux, Comme les feuilles dans le vent.
Je väis me taire, si tu veux, Mais il brillera dans mes yeux Du soleil, du soleil levant!
Octobre 1910.