‹ Le livre de MayChapitre 64 sur 96 · LAV TRADE NAN · texte numérisé non relu

LAV TRADE NAN

25 Janvier 1806-13 Septembre 1011

Après avoir donné un choix de ses poésies et avant de présenter quelques morceaux variés de sa prose (Devoirs, Nouvelles, Récits divers, Impressions de voyage), qui aideront à faire connaître l’attachante nature et à expliquer le rayonnement de May, je voudrais raconter en quelques pages sa vie si brève.

May naquit à Rouen (1), premier enfant d’un jeune ménage militaire, le 25 janvier 1806, fête de la Conversion de saint Paul.

À la suite d’un accouchement des plus laborieux, notre petite fille nous apparut à ma femme et à moi bien frêle et délicate. Estimant qu’à la suite d’une grossesse pénible, sa fille ne serait pas en état d’élever seule notre enfant, mon excellente belle-mère avait fait venir une nourrice du fond de la Bretagne (2). Le lait de cette pauvre femme ne profita guère a notre petite May. Elle ne fut Jamais ce qu’on est convenu d’appeler un beau baby (3).

Cependant, au point de vue de l'intelligence, Way se montrait d’une précocité peu ordinaire. Avant même d’avoir achevé sa première année, elle commençait à parler français avec son père, anglais avec sa mère. Très vive, un peu nerveuse et même difficile parfois, May devenait soudain attentive et tranquille dès qu’on lui racontait une histoire quelconque ou qu’on ouvrait un livre devant elle (4). Déjà elle semblait avide de s’instruire; elle voulait tout savoir, tout comprendre, si bien que

1() Voir les notes 1 à 33 à la fin du volume.

pet 77:.=—

Jeanne Marie de la Tour Maubourg Vicomtesse de Courcy, 1841-1907 May et Thérèse d’Acher de Montgascon âgées de 4 et d’1 an

Thérèse, May et Jean d’Acher de Montgascon.

à l’âge de 6, de 3 et d’r an

l'on s’aperçut un beau jour, vers quatre ou cinq ans, qu Pot es avait appris, à peu près seule, à lire. un

À Melun (5), ma nouvelle garnison, où nous devions passer plus de deux ans (6), la santé de May s’affermit; elle grandit à vue d'œil en même temps que se développait sa vive intelligence. D'une part elle commençait déjà à sentir et à aimer les beautés ide la nature au cours de ses promenades sur les bords fleuris de la Seine et de ses longues excursions en voiture dans la forêt de Fontainebleau; d'autre part, avec sa nurse et surtout avec sa mère (7) qui fut son meilleur professeur d'anglais, elle se mit à dévorer les charmants livres d’enfants écrits dans cette langue.

Mais tout en prenant un plaisir très vif à ses lectures enfantines en français, en anglais et même un peu plus tard. en allemand, quand mes filles eurent aussi une bonne berlinoise, assez instruite et parlant correctement, May voulait en même temps et de plus en plus tout connaître et désirait toujours s’instruire davantage. Le travail lui semblait d’ailleurs si facile qu’il ne la fatiguait Jamais, afhrmait-elle, car grâce à son étonnante mémoire 1l lui suffisait, le plus souvent, d’avoir entendu une lecon pour s’en souvenir ou d’avoir lu un texte: pour le savoir par cœur. |

Aussi bien quand ma carrière nous ramena dans la garnison | de Paris et quand May demanda à suivre des cours, on dut, à l’Institut de la Madeleine, où elle entra, la mettre dans une classe d’élèves plus âgées qu’elle, ce qui ne l’empêchait pas, quoique de beaucoup la plus jeune, d’être en Es et presque en tout dans les premières.

Afin de laisser à May le temps de jouer, de se promener et de se distraire, et malgré les dispositions qu’elle manifestait pour le dessin (8) et son goût très vif pour la musique, on ne voulut point la pousser du côté de ces arts d'agrément, estimant qu'avec les cours qu’elle suivait régulièrement et ses leçons d'anglais et d’allemand à la maison, 1l y avait largement de quoi l’occuper. May allait en outre préparer sa Première Communion, au’elle devait faire à onze ans, le 2 mai 1907, dans l’église de la Madeleine. Au catéchisme son intel-

Note : Voir les photographies de May à l’âge de quatre ans, debout à côté de sa bonne maman de Courcy, qui tient sur ses genoux une seconde petite fille, Thérèse, puis à l’âge de six ans, debout entre Thérèse et le petit frère Jean.

ue

MAY

à l’âge de 11 ans

d’après un Pastel de M'ie M.-T. Anginieur exécuté au moment

de la Première Communion de Ç May quand elle commença à écrire en prose et en vers

Just d’Acher de Montgascon Capitaine d’Etat-Major à la 7° Division de Cavalerie à Melun en 1900

Jeanne de Courcy, Baronne d’Acher de Montgascon.

1874-1944 à Paris en 1902

ligence si vive, la netteté et la clarté de ses réponses, jointes

au charme qui se dégageait de sa personne, son rayonnement … en un mot, frappait déjà les assistants. Tout récemment j'en eus une preuve bien caractéristique. Ayant par le plus grand des hasards été mis en relations avec un haut fonctionnaire, écrivain de talent et historien de valeur : « Serzez-vous, me demanda-t-1l, en apprenant mon nom, seriez-vous le père de May de Montgascon, avec qui j ai fait, 1l y a trente-cinqg ans, ma Première Communion? » Emu, j'entendis à peine ce qu'il me dit, sur le moment, de ma fille morte depuis plus de trente ans, et, quelques jours après, je le priai de vouloir bien me rappeler le touchant souvenir qu’il avait gardé d’elle. « C’est en mai 1907, m'écrivit-il, que j'ai fait ma Première Communion avec votre fille May. J'étais, cette année-là et pour deux ou trois ans encore, malade d’une coxalgie qui m'obligeait à rester au lit On me portait sur une planche au catéchisme que nous suivions dans la chapelle de l’Assomption, où l’on me plaçait dans un coin, sur l’ancien banc d'œuvre. Je n’avais donc aucun contact avec mes Jeunes con disciples, mais votre fille, que je ne connaissais pas, vint par une délicate attention me dire plusieurs fois bonjour et me donna son image de Première Communion, que j'ai toujours. conservée. Je n’ai pas oublié s1 grâce charmante et la façon vraiment délicieuse dont elle accomplit ce geste. Elle était alors d’une très grande beauté (9) qui m’avait frappé. Enfant malade, je ne sortais jamais et travaillais chez moi. Ce geste et cette pensée de votre fille eurent d’autant plus de prix. » Cette lettre, ce souvenir vraiment extraordinaire, laissé après un si long temps, me décidèrent à demander à la directrice .de l’Institut de la Madeleine, qui est restée la même qu’ à l’époque de May, si sa mémoire était également toujours présente parmi les maîtresses encore survivantes qui avaient connu mon enfant. Tout d’abord, M'° Æébert, ouvrant aussitôt devant mot l’un des tiroirs de son bureau, y prit un choix de poésies écrites de la main de May, parmi lesquelles /es Argonautes et cette Hésitation, rebaptisée plus tard /a Belle au Bois Dormant, que l’on peut lire autographiées en tête de ce volume, et dont Je possédais déjà des variantes (voir pp. 22 et 28) avec le Compliment (voir p. 21) dont Jj'ignorais l’existence. Enfin, peu de jours après, M'° Godenèche, V'une de ses

anciennes maïîtresses que ma fill May avait particulièrement appréciée, m’'adressait cette lettre, qui m'a profondément ému et que je tiens, à l'exception toutefois des passages qui me concernent, à reproduire textuellement :

MAY DE MONTGASCON

« Ce nom éveille en moi de précieux souvenirs et une gracieuse image se lève devant mes yeux.

C’est celle d’une toute jeune fille ou plutôt d’une grande . fillette de quatorze à quinze ans, au teint mat, aux grands yeux clairs où passait le frémissement de son ardente sensibilité.

C'était surtout une âme de feu, bouillonnante d’ardeur, d’élan et d’enthousiasme, ouverte à toutes les générosités.

Son esprit, avide de savoir, ne craignait pas d’aborder les sujets les plus divers : problèmes sociaux, questions philosophiques, etc... et son jugement étonnait toujours par sa Justesse et la hardiesse de ses vues.

May a composé de nombreuses poésies et ces petits chefsd'œuvre disent assez combien son cœur était séduit par tout ce qui est beau, noble et pur.

Ces dons extraordinaires s’expliquent peut-être par une hérédité de choix et une ambiance familiale distinguée et très cultivée; cependant on y discernait aussi une empreinte de surnaturel, quelque chose qui faisait dire : « Cette enfant est prédestinée... Dieu l’a choisie. »

. N’avait-elle pas écrit dans une de ses poésies :

« Laissez partir la bien-aimée Sz Dieu la veut pour Lui tout seul... »

Cette élève s1 différente des autres m'’intéressait beaucoup et sans doute le sentait-elle car, pendant les récréations, elle venait me retrouver pour « bavarder un peu », disait-elle; mais quand le temps était beau, je la renvoyais : « Non, petite Way, vous avez besoin d’une détente, allez jouer. »

Elle ne protestait pas, et une seconde après, elle lançait la balle ou le ballon avec toute la fougue de sa jeunesse...‘ poussant de joyeux « hourras » car elle gagnait toujours.

Aussi sa présence était-elle chaudement disputée par les groupes qui s’organisaient, mais elle se mettait invariablement

6 Fo

du côté des plus faibles : « Nous allons leur « ce ») Di vic- ' 5 loire », insinuait-elle gentiment, et vite, elle commençait une partie endiablée. |

May sortait de là, le teint animé, les cheveux en bataille, ses Jolies boucles blondes, qu'elle rejetait en arrière d’un " mouvement de tête, semblaient électrisées et imprimalent à sa physionomie mobile quelque chose d’aérien qui m'’effrayait presque. Alors je la grondais doucement de son manque de mesure : « Vous vous épuiserez vile si vous gardez cette fougue... . Ah! non, répondait-elle, pas de mo dé ra tion, la vie ne vaut que par l’action, tant pis s1 l'action est mortelle. »

Chère petite Way! Comme elle se faisait douce (elle si vive) avec nos petits de la classe enfantine, elle les suivait au fond du jardin, s’amusait avec eux, prenant un plaisir immense à les faire babiller…

Ils sont si purs, si simples, répétait-elle avec sa ferveur. coutumière, je comprends la prédilection de Notre Seigneur pour les petits.

Une année, à la fin du premier trimestre, le professeur de français avait demandé aux élèves de lui remettre un conte de Noël.

Tandis que ses compagnes traitaient ce sujet classique d’une manière plus classique encore, May: avait brossé un original et délicieux petit tableau où des corbeaux, nichés dans les ruines d’un vieux château avoisinant une pauvre église de village, intrigués par les allées et venues de cette nuit mystérieuse, partaient à tire d’aile s'informer de lheureux avène-, ment et tout Joyeux saluaient ensuite l'Enfant Dieu de croassements répétés.

Ce récit que j'avais trouvé charmant, et que saint François d'Assise aurait loué... fut jugé trop fantaisiste et gratiñié d’une note moyenne.

-— Pourquoi? me dit May, avec un léger étonnement.

— Sans doute pour vous apprendre l'humilité, répondis-]; je en souriant.

— Oh! alors, c’est parfait, reprit-elle avec la belle simplicité de son âme droite.

D'ailleurs elle n’était pas orgueilleuse — dans le sens péjJoratif attaché à ce mot —; elle avait, certes, conscience de

sa supériorité, mais c'était, je crois, une constatation loyale et spontanée dénuée de toute mesquinerie.

Il y avait en elle une telle puissance de vie et de personnalité qu'elle dominait naturellement, mais son cœur était bon et généreux quoique assez exigeant : « J'aime qu’on m'aime comme j aime... quand j aime. »

Néanmoins, s’il lui arrivait de faire la moindre peine, elle s’en excusait bien vite.

Elle avait un véritable culte pour les siens et elle s’étendait volontiers sur les dispositions musicales de sa jeune sœur... le dévouement de sa gouvernante. l'affection de sa « toute bonne maman », etc.

É fallait l'entendre parler de ses parents

« Sz vous saviez combien maman est exquisel..…. © est ma ae. ma seule amie, elle sait tout ce que je pense... 7e l'aime tant... je l'adore! »

Bt'encore .:

« Papa parfois nous conte les choses les plus amusantes du monde... » et elle riait alors comme on rit à son âge quand la vie est belle et douce.

Un autre jour, à brûle-pourpoint : « /e veux travailler l'espagnol avec vous, nous approfondirons l’œuvre de Cervantès dans l'original, car, vous savez, j'at un faible pour ce pauvre Don Quichotte, 57 chevaleresque, si sincère ét ses « folies » #e donnent envie de pleurer... »

(Je regrette de n’avoir pu recueillir les impressions de Way, cela m'aurait fait oublier les « incompréhensions » des nombreuses élèves qui ont traduit ce livre sans le comprendre.)

Et brusquement, le jour vint où, comme une lumière qui s'éteint devant nos yeux, cette âme rayonnante s’envola joyeuse vers le Ciel.

Oui, Dieu l’avait choisie!

Elle, qui aimait tant la vie, l’avait quittée sans un regret et dans un tel élan de joie et d'amour que ceux, qui en furent témoins, ont affirmé n'avoir jamais vu de fin plus extraordinaire.

- May de Hontpascon n’est pas oubliée à l’Institut de la Madeleine.

Nous évoquons souvent son souvenir et sa gracieuse image reste bien vivante au fond de nos cœurs. " Avait-elle le pressentiment de cette survie quand elle écrivait | « Les morts les plus aimés ont leur place 1c1-bas Et les seuls disparus sont ceux que l’on oublie. »

J. GODENÈCHE.

Mars 1043.

Cette appréciation de M”° Godenèche, si topique et si ea de cœur en même temps, j'ai voulu, sans en changer un mot, Ja faire connaître intégralement avant de revenir en arrière pour reprendre, depuis son enfance ét jusqu’à sa mort, l’histoire détaillée de la Vie de May, que sans cela on pourrait croire entachée d’exagération et de partialité sinon d’aveuglement paternel.

Notre petite May, d’abord assez chétive et délicate, passa donc les-trois premières années de sa brève existence à Roue d’abord puis à Paris. Pendant quelques semaines seulement elle venait chaque été avec sa mère et moi-même, quand mon service militaire le permettait, respirer l’air pur de la campagne au château de Vzllequier (10).

Nos séjours dans cette belle région normande et plus tard le climat de Melun, où elle vécut près de trois ans, de 1809 à 1002, affermirent la santé de May. On s’en rend compte à la vue des photographies reproduites plus haut. Sur la première, debout auprès de sa grand’mère, qui tient sur ses genoux la petite sœur 7'hérèse, May, alors agée de quatre ans, apparaît encore bien menue, mais sérieuse déjà et même un peu rêveuse. Sur l’autre, à six ans, elle est la sœur aînée, bien portante et assez solide, entre la Jeune Thérèse, âgée de trois ans et un gros baby, le petit frère /ean. ss e

Quand nous revenons de Melun à Paris, May a six ans Elle lit et écrit couramment le français et l’anglais. Une an cienne institutrice de sa mère, M'° Tardy, connue dans toute la famille sous le nom de « bonne demoiselle », vient à la maison lui donner quelques leçons. Bientôt elles ne suffisent plus à May, qui désire aller en classe pour travailler, jouer

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aussi peut-être, avec des compagnes de son âge. Mais, comme on l’a vu, elle est déjà en avance dans ses études et, à sept ‘ ans, elle entre en huitième, à l’/s/itut de la Madeleine, qui vient d'ouvrir ses cours rue de la Ville-l’Évêque, dans notre voisinage (11)). Grande est la joie de Way, dont l’heureuse existence s'écoule dans un bonheur sans nuages. À la maison est la petite-fille adulée de « bonne maman » de Courcy (12) dont on a vu plus haut la photographie, mon excellente bellemère (13) qui habite avec nous et que la précocité de May ne laisse pas d’effrayer un peu; elle est la hlle aînée, un peu gâtée de ses parents qui, comme ses maîtresses de classe, ne peuvent s'empêcher de l’admirer, ce dont les enfants se rendent en général parfaitement compte. Enfin, en plus de sa sœur Thérèse, la famille est égayée par les présences de son frère Jean, né à Melun en 1901, et de sa sœur Ædih, notre petite dernière, née à Paris, en 1002 (14).

Un nouvel intérêt (pour elle c'était même une nouvelle distraction) venait s'offrir à May. Elle allait apprendre une {roisième langue. Une bonne (15) allemande est arrivée en effet pour prendre soin de notre fille aînée et de sa sœur 7'hérèse, les deux petits derniers restant confiés à leur nurse. ay, en plus de ses leçons de français à son cours et d’anglais avec sa mère, va donc se mettre avec ardeur à l’étude de l’allemand qu’elle parlera bientôt couramment.

: À l’Institut de la Madeleine, où elle se rend chaque matin, tout l’intéresse; avide de s’instruire elle se trouve dans son élément, comme le sont les enfants qui réussissent dans leurs études. Ardente au jeu comme au travail, elle apparaît déjà telle que l’a dépeinte le si vivant et touchant souvenir de M°° Godenèche. Elève brillante, en même temps que bonne camarade, elle est d'ordinaire appréciée à la fois par ses professeurs et par ses Jeunes compagnes.

Son cœur sensible l’incite à partager les peines d’autrui qu'elle s'efforce de consoler (voir « Dites-le-moi », p. 14 et l « Etang Profond », P: 32). Malgré la vivacité de son caractère son âme tendre s’émeut, si par mégarde elle a pu chagriner ou blesser son prochain. Elle sait se défendre, si on l'attaque injustement ou sans raison: elle a même souvent la riposte assez prompte, laisse échapper parfois un mot ironique

ou cinglant. Mais aussitôt après, quel remords! surtout si elle croit être dans son tort. Elle est alors la première à s’excuser et l’amie inconnue à qui sont adressés les vers de Pardon

(p. 69) n’a pas dû, après avoir été fâchée, lui garder rancune

ét n'a pu que l'aimer ensuite davantage.

Ses succès, auxquels élèves et maîtresses sont tellement habi-

tuées qu’on les trouve tout naturels, ne lui inspirent pas l'ombre

d’un sentiment de vanité; grâce à sa simplicité native, à sa.

complète absence de pose, ils ne suscitent guère de jalousie parmi ses compagnes, à qui elle est toujours prête à rendre

service en toutes circonstances. Elle prend d'office la défense

des petits, des humbles et des plus faibles, et l’on comprend que la généreuse nature et l’esprit chevaleresque (voir « Awx Aieux », pp. 55-56, « David », p. 70 et « Malbrough », p. 70) de cette Jeune émule de don Quichotte (voir la fin de la lettre de M°° Godenèche) lui attirent de nombreuses et chaudes sympathies. « C’est un chic type », dit-on de cette camarade franche et loyale qui ne craint rien n1 personne, quand il s’agit de protester contre un passe-droit ou contre une injustice, ou de réclamer... pour les autres. Aussi bien on se rallie volontiers autour du panache doré de la « brave petite May »..

À la nurse anglaise, rappelée dans sa famille, succéda une

jeune et gentille Irlandaise, qui est restée quatre ou cinq ans auprès de nos enfants, jusqu’au jour de son mariage en France avec un Français. Comme elle venait de temps en temps nous revoir, Je la priai récemment de me rappeler quelques faits de

la vie de la petite fille dont elle conservait toujours présent le,

pieux souvenir. Elle m'écrivit ce qui suit le 25 janvier 14e jour anniversaire de la naissance de Hay.

«C’est.le 25 janvier 1005 que Je suis entrée chez vous. May avait ce jour-là neuf ans. Ce n’était déjà plus une enfant tant elle était sérieuse quelquefois. À mon arrivée elle me demanda dé l’aider à ranger sa bibliothèque ; 1l y avait plus de cent livres en français, anglais et allemand, qu’elle avait tous lus et relus, sans compter les revues auxquelles elle était abonnée. Jamais elle n’était fatiguée de lire n1 d’écrire.

«Je me rappelle, l’année suivante, l’avoir accompagnée en visite du jour de l’an, chez sa grand’tante, la marquise de Nadaillac. May lui avait dit que le cadeau de Noël qu'elle avait

oe

le plus aimé était Fabzola, et la vieille dame était bien surprise, car elle trouvait ce livre beaucoup trop grave pour une petite fille d’à peine dix ans.

. « May avait très bon cœur, elle était toujours prête à donner. Sa grand'mère lui ayant demandé ce qu'elle désirait comme étrennes, elle répondit que pour elle-même elle n’avait besoin de rien, mais qu'avec l'argent que sa bonne maman lui destinait ou dépenserait pour un cadeau, elle serait contente de faire plaisir aux domestiques en achetant : "quelques. présents pour les it a chacun d’eux.

« Pauvre May, elle était quelquefois attrapée parce qu’on a peur, avec tous ses succès, qu’elle ne devienne vaniteuse. Peu de temps avant mon mariage,. elle me montra la copie qu'elle venait de faire d’un tableau de sa chambre. Moi j'en étais émerveillée, alors elle me dit en riant : « Papa trouve cela très laid », mais je crois qu’il le dit parce qu’il ne veut pas que je travaille trop, et 1l sait que je fais cela le soir au lieu d’aller me coucher. PER

Ce que Je trouvais remarquable, c'était sa pièce Le . Cierge (voir chap. H) qu’elle avait composée, et qui avait été jouée pour la Sainte Catherine 10907, lorsqu'elle venait d’avoir seulement onze ans, et qu’elle était la plus jeune de sa classe.

« Elle aimait beaucoup son cours, elle me disait : « C’esé un monde pour les enfants. » Je suis contente de vous raconter tout cela en pensant à May, car son souvenir ne me quitte pas, et J'ai donné son nom à l’ainée de mes filles. »

En lisant cette scène enfantine, retrouvée grâce à la bonne Mary, qui en avait gardé copie, on voit que déjà l’imagination de May travaillait, et qu’elle s’exerçait à écrire.

Cependant l’heure approchait de sa Première Communion, qu’elle va sérieusement préparer et faire avec ferveur, mais en ne donnant nullement l'impression d’une petite fille dévote genre « bonne sœur », tout en sachant, si gentiment à l’occasion, pratiquer la charité fraternelle, comme on l’a vu dans la lettre citée plus haut, de son ancien camarade de catéchisme.

C’est seulement à dater de sa Première Communion que la piété de May, auparavant assez banale, devient sérieuse et profonde. Sans se manifester beaucoup au dehors — May ne passait pourtant jamais devant une église sans y entrer et

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