V. Lettre en date du 23 novembre 1043 de M”° G.-A. Sorel
Des souvenirs sur May! Il y a trente-deux ans passés qu’elle nous a quittés! Nous n’avons pu l’oublier car, pour ceux qui l’ont connue, comprise et aimée, son souvenir est inaltérable... May était extraordinaire parmi nous toutes. Il était impossible de ne pas la remarquer, la différencier. Son regard direct, son port de tête, ses beaux cheveux blonds toujours en bataille attiraient aussitôt le regard. Quand, dans un cours, elle faisait une remarque, cela n’était jamais banal. Elle semblait beaucoup plus mûre, plus évoluée que ses compagnes. Ses connaissances en art et en poésie étaient extraordinaires pour son âge, sa maturité était extrême. Mais les meilleurs moments étaient les récréations. May jouait avec beaucoup d’entrain, elle était imbattable. Mais il y avait surtout les longs bavardages, les échanges d’idées. Et cela, dans les demiintimités de petites jeunes filles, était délicieux. On la sentait vibrer, ardente et décidée, défendant avec passion ses idées. Et déjà je m'inquiétais, me disais qu’elle n’était pas destinée à vivre longuement, qu’elle brûlait la vie... elle-même pensait ainsi.
Hélas! nous avions raison. Elle est partie, nous laissant
désespérées pour longtemps, mais son empreinte est restée * ineffaçable et avec elle nous pensons que « les morts, toujours aimés, ont leur place ici-bas et les seuls disparus sont ceux que l’on oublie. »
VI. Lettre en date du 2 novembre 1943 de M"° Suzanne Varin, de Villequier :
« J'ai voulu, monsieur, avant de vous écrire, revoir certaines personnes qui avaient gardé, comme moi, un souvenir ému et toujors vivant de M'° May, que tout le monde aimait à Villequier.
J'ai revu les Messier, qui sont bien vieux maintenant... Dans leur solitude ils se rappellent combien M°° May leur avait témoigné de sympathie quand le malheur les avait frappés, comme elle savait trouver les mots qu’il fallait pour leur donner courage et résignation.
J'ai parlé aux filles de M. Legendre, elles m’ont dit : « Mon père avait pour M'° May une vraie affection! S'il était encore de ce monde, il vous conterait quelques traits personnels dont il avait été témoin, comme ce jour d’une distribution de prix aux écoles où Mi May avait spontanément offert la chaise qu’elle occupait au premier rang à une mère de famille portant un enfant dans ses bras.
Elle était toujours aimable et souriante, et son souvenir est vénéré. Pour moi je le conserve pieusement. Il m’est même arrivé de l’invoquer comme une sainte en plusieurs circonstances et Je me suis trouvé plus courageuse. ,
Enfin, quand, après le 15 août 1944, commencèrent l'évacuation de Paris et l'exode des Allemands, je voulus, avant de livrer l’œuvre de May à l’imprimeur, la montrer à l’une de ses amies d'enfance les plus chères, sa cousine Agnès de Mortemart (aujourd’hui la comtesse T. d’Oilliamson), qui, après avoir lu tout d'une traite la vie, les vers et les récits de May, mécrivit cette dernière et touchante lettre :
28 août 1844.
Cher Oncle Just,
« Je vous remercie de m'avoir donné à lire tous ces éléments épars de la vie et de l’œuvre de May. Leur lecture m’a plongée
‘dans un monde de souvenirs où, hélas! 1l y a plus de morts que . de vivants. J’y ai puisé aussi une lecon de résignation à la volonté de Dieu, qui ne m'est pas inutile en ce moment.
Plusieurs des poésies et des récits de May ont fait, pour un instant, revivre à mes yeux la fille si vibrante et enthousiaste dont la figure est toujours vivante dans mes souvenirs d’enfance. Je la vois encore dans le parc de Saint-Vrain sautant du haut d’une poutre dans le foin et nous entraînant toutes à en faire autant, car on se croyait « en avion ». J'avais très peur, mais j'ai sauté quand même, pour faire comme elle!
Je la vois encore un soir, dans le hall du château, écoutant tante Jeanne siffler ou sa jeune sœur 7 hérèse accompagnant au piano une chanson composée sur des vers qu’on avait demandés à May pour les mettre en musique.
Combien ce recueil a dû réveiller en vous de souvenirs, douloureux bien souvent, mais consolants aussi, en pensant à sa vie ardente et si remplie bien que s1 courte et à sa fin édifiante!....»
Pages
1437 144 145-à 147 148 à 153 LSAYESS 156 - 157 158 - 159 160 - 161 163 - 166 107 à 171 172 à 174 175 - 176 177 à 180 185 - 186 187 - 188 189 à 196 197 à 207 209 à 219