‹ Le livre de MayChapitre 84 sur 96 · PROJET D'UN DEVOIR POUR UNE ELEVE QUI NE SAVAIT COMMENT LE FAIRE · texte numérisé non relu

PROJET D'UN DEVOIR POUR UNE ELEVE QUI NE SAVAIT COMMENT LE FAIRE

TEXTE. — Réflexions des petits animaux de la forét quand [ls eurent appris que le lion avait condamné l'âne à mourir. (Voir « Les Animaux malades de la Peste ».)

Le merle était resté au coin du bois, en sentinelle.

Qu'il était calme et frais le bois, en ce midi d’été, et qu'il embaumait! C’était le parfum des piments verts et des menthes sauvages qui embaumait..

Le parfum des piments verts est capiteux... le #erle révait — en sentinelle, bien entendu!

Il rêvait. Il y avait dans son rêve comme une musique lente et sonore, berceuse et monotone.

— Qui donc est là? |

— Mais c’est moi, Pipo-le-Merle; écoutez la nouvelle : notre vieil ami l’ére a été condamné! Réveillez-vous, P2p0-le- Merle; ce n’est pas l’harmonie de votre rêve qui vous berce, c’est la chanson de mes cymbales; je suis l’ambassadeur de . l’éne : Cante-Cigale!

Quoi de plus douloureux qu’un songe interrompEr On ne devrait pas juger aux matins d’été..

— Pipo-le-Merle, réveillez-vous! Voici venir tous les petits hôtes de la forêt. Voyez leur indignation! Les mouches bleues et or bourdonnent de colère, une abeille en corset de velours noir marmonne tout bas... Quoi dont? serait-ce des injures. contre notre sire et maître le Zion?

— Eh oui! je ne me trompe pas! « Ecoutez bien, P:H0-le- Merle, c'est une révolte des petits de la forêt! Nous sommes les dédaignés, nous! disent-ils, nous n’avions qu’un ami parmi les grands réunis autour du roi... c'était le petit dre gris. Il descendait en droite ligne de ion de Magdala qui fut à la crêche de Bethléem. La croix, écusson de sa famille, était brodée en peluche noire sur soie grise... Il va mourir.

— Lui qui secouait ses grandes oreilles pour nous balancer ! bourdonnent les mouches.

— Lui qui n’aurait jamais touché à nos palais de terre brune! murmurent les fourmis.

— Lui qui connaissait tous les arbres creux où nous déposions le miel! sussurent les abeilles!

Et voici que la mélopée lente de tout à l’heure s’est enflée en un grondement étrange

Il va mourir, sauvons-le donc! » Était-ce que le parfum des cytises est capiteux? Était-ce... autre chose? Toujours estil que Pipo-le-Merle est réveillé... Zack rri 11 ousack!!! 1l a ouvert ses ailes brunes... /akrt : 1 ou sik! Les voilà éployées. Truivitt, 1l parle : « Volez tous, petits, joyaux de la forêt, volez! Cante-Cigale dira au roy Lion qui vous êtes : mouchesles-émeraudes, frelons-les-rubis, DA ere hbellules-jade-vert, coccinelles-corail-rose... Volez, volez, diteslui vos noms, demandez la grâce du petit ne gris. Et si le Lion refuse, couvrez-le, cachez-vous sous sa crinière fauve et là, toutes ensemble, enfoncez vos dards aigus dans sa char. Il ne pourra pas vous tuer, vous êtes si petits, si petits! Et quand 1l sera bien mort, le 70y-lLon, vous formerez un cercle étincelant autour de sa tête, et vous chanterez, et vous chanterez si haut, si fort, votre hymne de triomphe, que même mort il frémira encore de rage.

« Volez, volez... »

Alors ce fut un long bruissement d’ailes blondes, roses, violettes, blanches.

Et le lendemain P:p0-le-Merle vit le r0y-Lon gisant au pied d’un hêtre roux. « Notre sire s’est endormi bien loin de son antre hier! » murmura le hêtre roux. « Raf À 4 ? #1! siffla l’oiseau, c’est qu’1l s’est endormi pour toujours! »

Pour toujours! répéta l’écho. MAY.

Voilà quelques idées, Jeanne : je n’ai pas retrouvé mon brouillon, aussi je vous ai fait ceci en dix minutes, cela doit être atroce. Inutile de vous dire que je vous abandonne mes droits d’auteur pleins et entiers! J'ai à vous proposer une quatrième pour le tennis. Rappelez-le moi à dix heures et demie.

MAY

Jeudi soir.

DANS LA TCEUNEI

(Un rêve inachevé)

Comme j'étais déjà en chemise de nuit, j'eus l'envie folle d'ouvrir ma fenêtre et de respirer un peu de l’air d’un soir d’août. Je m'appuyais déjà aux barreaux, quand Je vis assis sur le rebord un ayon de lune qui s’écria

— Enfin, te voilà! Je t’attends depuis une heure. Viens vite. Jet ’expliquerai en chemin pourquoi. Tu n'as qu'à monter sur mon dos. Tu y es? Tiens-toi bien, j'irai vite, je t'en avertis.

Nous montions très rapidement dans l'air, et les éfozles qui nous croisaient nous faisaient de petits saluts.

— Eh bien! dis-je au 7ayon, me diras-tu pourquoi tu m’emmènes de la sorte? Où allons-nous?

— Je vais te répondre. Nous allons dans la lune. Le bonhomme qui chante est malade. Entends-tu comme tout est silencieux? Les rossignols se taisent, la brise se tait, le bois se tait, la source se tait; les avoines vertes et les grands blés, les ra miers gris dans les futaies, les hautes herbes et même les étoiles se taisent. C’est parce que le bonhomme est malade. (C’est lui qui est le cef d'orchestre, alors tu comprends.

— Oui. Mais tu m'as dit que les éfozles chantaient?

— Bien sûr. Tu ne sais pas cela encore? Si les étoiles ne. chantaient pas, la musique des nuits serait la même que celle des jours. Durant le jour, il y a aussi la brise, les arbres, les oiseaux, les avoines, les blés et le reste. Mais les éfoiles ne chantent que la nuit, voilà toute la différence.

— J'ai encore quelque chose à te demander.

— Va.

— Pourquoi es-tu venu me chercher?

.… Parce que le bonhomme est malade! Voilà dix fois que je tele dis! ;

— Je n’y peux rien!

— Mais si, tu vas le remplacer cette nuit.

— Moi, à quoi penses-tu! Je suis faite pour être chef d’orchestre des étoiles comme toi pour... c’est inoui! Tu aurais pu mieux choisir.

— Je sais ce que je fais. Ne va pas t’imaginer que cette office est aussi compliqué que sur terre! Tu n’as qu’à ouvrir la bouche et à tenir le bâton. Toutes les éfoiles se mettront à chanter. Encore faut-1l le faire. D'ailleurs tu auras la dame au camée, le chasseur, le cavalier, la dame au voile et bien d’autres encore pour te conseiller. Ils ont tous un désir fou de voir quelqu'un de la terre. Heureusement que tu es mieux aux rayons de la lune qu’à ceux du soleil, sans cela ils auraient une déception. Regarde, nous arrivons. Tiens, voilà une petite étoile qui te salue. Réponds donc, et fais attention!

(Et le rêve fut interrompu et demeura inachevé, May s'étant tout à coup réveillée.)

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