‹ Le livre de MayChapitre 96 sur 96 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Parmi ces notes, plusieurs paraîtront inutiles ou Superfiues . aux étrangers qui lront ce volume.

Ces notes, cependant, pourront intéresser les amis survivants et les parents de May et mes petits-enfants surtout, pour qui ce livre fut écrit. Elles montreront sous quelle ambiance héréditaire et dans quelle atmosphère familiale vivait et grandissau l’enfant-poëte, /a jeune fille si vivante et charmante devenue sainte à l'heure de la mort.

Cette intelligence exceptionnelle, ces dons innés, et, on l’a méme dit parfois, ces éclairs singuliers d'un précoce génie, comment les expliquer autrement que par une ascendance où l’on retrouve les noms de Bossuet et de la marquise de Sévigné? Er, d'autre part, cette fort profonde et cette ardente charité, au sens divin du mot, et cette joie héroïque au milieu des souffrances : n'avatent-elles pas, sans remonter à saint Roch ou à Pierre l'Ermite, des modèles à imiter dans sa famille depuis sainte Chantal jusqu'à Just de Bretenières, le pieux missionnaire martyrisé en Corée?

Son caractère chevaleresque, ce don quichottisme auquel il a été fait allusion, May ne l'a-t-elle point hérité de son bisaïeul, Clément d'Acher de Montgascon, soldat de fortune, distingué par le maréchal Soult, qui le prit comme officier d'ordonnance après la bataille de Toulouse, puis le nomma aide de camp du Dauphin, le duc d'Angoulême? Brillant ofhcier d'état-major, appelé au plus bel avenir, il brisa sa carrière en 1830, plutôt que

accueillante aux humbles, s1 bienveillante pour Lo fable et serviable et la faisaient ainsi aimer an

ot et tenait ausst, peut-être, co. goûts artisti littéraires avec, en plus, l'imagination et la facilité que À jamais possédées. A “ADN à

Edith d’Acher de Montgascon

Uepe pe

(1) La maison natale de May, aujourd’hui démolie, était située au miiieu d’un vaste jardin dans le faubourg Saint-Sever, à Rouen, non loin de la caserne du 28 d'Infanterie, où m'appelait chaque jour mon service d’officier.

(2) À cette époque, on trouvait encore tout naturel et il était d’un usage courant d'arracher une femme à son foyer et d’enlever une mère à ses petits, pour la transplanter dans une famille étrangère. Il me fallut, bon gré mal gré, me résigner à cette coutume inhumaine, dont je sentais et déplorais la profonde immoralité.

(3} Ce fut plus tard le cas de sa sœur Thérèse, puis de son frère Jean, que leur mère voulut avec raison s’astreindre À nourrir elle-même, selon la méthode anglaise, c’est-à-dire au lait stérilisé.

(4) Durant mon séjour à l'Ecole de Guerre, je pouvais au cours de mes études et j'aimais pendant mon travail garder auprès de moi, silencieuse et tranquille, ma petite fille de trois ans, en lui mettant un livre entre les mains.

(5) Où je fis à ma sortie de l’École de Guerre, et bien que fantassin, mon stage d'État-Major à la 7e division de cavalerie.

(6) Ayant dû interrompre mon service à la suite d’une grave pleurésie dont je n'ai jamais été complètement remis, un congé de convalescence prolongea de quelques mois notre séjour à Melun.

(7) Ma femme, élevée par une gouvernante anglaise, savait l'anglais mieux peut-être que le français, du moins au début de notre mariage.

(8) Les cahiers de May sont fréquemment illustrés de dessins, de portraits ébauchés ou même d’amusantes caricatures.

(9) Malgré le souvenir de l’éminent historien qui, enfant, fut conquis par l’amabilité de sa gentille camarade du catéchisme, May ne fut jamais d’une « grande beauté » ni même, à dire vrai, une beauté, mais son visage, un peu trop pâle, était éclairé et comme illuminé par des ÿeux d’un bleu d'azur, qui semblaient deux saphirs étoilés et pétillaient d’une intelligence dont la flamme était adoucie par un charmant sourire ; enfin sa luxuriante chevelure, qui descendait, en ondulant naturellement, bien plus bas que sa taille, les flots de ses boucles pailletées d’or, qui scintillaient au moindre rayon de lumière, attiraient tous les regards et donnaient à son élégante et svelte petite personne un attrait indéniable, on peut même dire irrésistible, auquel d’ailleurs, hommes et femmes, jeunes et vieux, peu de gens résistaient.

Plus tard, à l’époque où la dépeint avac une si touchante précision la lettre, citée plus haut, de Mie Godenèche, May rappelait à mon souvenir la tirade d’une pièce, aujourd’hui oubliée, dont les termes étaient à peu près les suivants

A travers elle on sent que son âme transpire,

Son accent est plus doux que sa voix, son sourire Plus joli que sa bouche et son regard plus beau

AHCr Ses, VOUx UN us

et qui finissait par ce vers qui semblait fait pour May : Elle et charmante, elle est charmante... elle est charmante!

Cependant, malgré tout son charme, May n’a jamais eu les traits réguliers ni le fin profil de sa jeune sœur Édith, dont la photographie ci-contre peut donner une idée vers l’âge de dix-huit ans.

C’est alors qu’appelée par une vocation irrésistible et que rien ne faisait prévoir, avec son caractère indépendant et parfois difficile et une piété qui

paraissait fort ordinaire, Edith déclara nettement à ses parents qu ’elle ne voulait pas aller dans le monde et qu’elle était absolument décidée à se faire religieuse, et bénédictine, à l’Abbaye de Jouarre, et non ailleurs. Après avoir, quelque temps après et malgré sa santé délicate, pu réaliser son ardent k désir et prononcer ses vœux, c’est là qu ’elle fut prématurément rappeler au Dieu le 10 février 1932, dans la trentième année de son âge et la ces de sa profession religieuse. “ « Ame droite et vaillante elle a, dans son dernier acte d’uné généreuse Ve: ceptation, résumé toute la vie religieuse, qui est l’offrande totale à Dieu. Dès nu gu’'elle connut le dessein de Dieu sur elle, sans défaillance, elle regarda la mort en face, la voyant venir pas à pas. Elle mourut, selon son désir, sous le patronage de Notre Dame de Lourdes et de sainte Scholastique, au Soir même du jour anniversaire de sa consécration religieuse : 10 février 1931. » Telles sont les lignes inscrites, d’après les indications de l’Abbesse de at -Dame de Jouarre, sur l’image mortuaire de la Révérende Mère Marie dith Dix ans après sa mort il me fut permis, par faveur spéciale, de franchir la clôture du Monastère pour venir prier sur la tombe de ma fille. Je vis alors, non sans émotion, que le tertre anonyme sous lequel elle repose était. couvert de fleurs apportées par les moniales, ses anciennes compagnes, parmi lesquelles le souvenir était toujours demeuré vivant de cette âme autoritaire et forte — entrée au couvent « pour obéir enfin el ne plus commander »;. comme elle me l’a dit un jour au parloir de Jouarre — et de cette nature si franche et si droite, et partant sympathique, décrite dans le sonnet :

UNE BÉNÉDICTINE He

Édith de Montgascon avait un caractère

Énergique et loyal. Partout on l’estimait; ‘ Tout enfant elle était assez autoritaire SRE x NUE Et tous obéissaient... Cependant on l’aimait. A LAN Ag

« Je veux, dit-elle un jour, de son ton volontaire, Être Bénédictine; et, si Dieu le permet,

Je vais fixer mon choix sur le saint monastère

De Jouarre, où je serai recluse désormais. »

Elle :y tomba bientôt malade, et quand l’Abbesse

Vint Gite à notre enfant, morte en pleine jeunesse : « Mère Marie Édith, :ül faut nous demander Tout ce, qu’il vous plaira » — « Non, vous êtes trop bonne », Dit-elle, « je ne veux donner d’ordre à personne, BE Je suis venue ici pour ne plus commander. » Re, : A. M. We # (10) Mon père, retenu à Paris par la longue maladie qui l’emporta en 1900, … Ro

ne pouvait plus aller à Villequier qu’il mettait à notre disposition pendant la belle saison pour les vacances de ses petits-enfants.

(11) Nous habitions alors rue Montaigne (aujourd’hui Jean-Mermoz), puis après la naissance d’un quatrième enfant, avenue d’Antin (actuellement, et pour combien de temps? avenue Victor- Emmanuel- III), à Panpglé deMsrme, du Colisée.

(12) La seule grand’mère que May ait connue, ma chère maman, née en 1844,. étant décédée à Villequier en 1895, un an avan la naissance de sa petite fille.

(13) Jeanne-Marie de la Tour Maubourg, vicomtesse de Courcy, née

en 1841 à Rome, où son père était ambassadeur de France, et morte en 1907 à la suite d’une opération. Elle était la bonté même « bonne maman » pour ses petits enfants, et « wa bonne dame », seul nom que je lui aie jamais donné, pour les intimes et les membres de la famille,

(14) Edith, morte à trente ans religieuse bénédictine sous le nom de Mère

Marie-Edith, à l'Abbaye de Jouarre en février 1032.

(15) En ce temps-là, de 1900 à 1914, beaucoup d'officiers appelaient des Allemandes auprès de leurs enfants pour s’entretenir par la même occasion dans cette langue qui devait, pensait-on, leur ‘être un jour nécessaire, Ces Allemandes, en général plus instruites que les Françaises de même condition, n'étaient pas toutes des espionnes, et la brave Elsa, à qui je pus, non sans peine, éviter en 1914 le camp de concentration et qui réussit à regagner son pays, fut toujours honnête et dévouée. Elle demeura fidèle au souvenir de May et de mes autres enfants, avec qui elle continua à correspondre aussi longtemps qu'entre les deux pays la chose fut possible. Mariée à Berlin, qu’est-elle devenue à présent ?

(16) À ce moment le triste état de ma santé m’ayant obligé d’interrompre ma Carrière militaire, j'avais, en raison de mes loisirs forcés, tout le temps de m'occuper de l’éducation de l’aînée de mes filles. Je m’intéressai à son travail et j'encourageai ses dispositions poétiques. Avec elle et pour elle je me remis donc à relire les auteurs classiques et les livres d’histoire susceptibles de lui plaire et surtout les poëtes qu’elle préférait.

-(17) Par exemple ce premier quatrain inspiré par l’ « Attente » de Meissonier

« Je t'attends, la fenêtre ouverte, Et la nuit tombe à l'horizon;

La campagne au loin est couverte De brume. Voici ma maison. »

(18) C’étaient la Crucifixion de Mantegna, la Vierge au Rocher de Léonard de Vinci et la Belle Jardinière de Raphaël, le Charles Ier de Van Dick et l’Homme au Gant du Titien, le Grille de Watteau, 1874 de Meissonier, des Paysages d'Hobbéma, de Ruysdaël et de Corot.

(19) La mère Graindor, qui tenait une petite ferme voisine du château et dont le nom bucolique enchantait May.

(20) Ma femme, n'ayant jamais voulu retourner à Villequier après la mort de notre enfant, j'ai dû louer d’abord et vendre ensuite cette propriété que mon père avait achetéd. Ce n’était donc pas une terre de famille, mais elle me rappelait les souvenirs heureux de ma jeunesse, et May aimait tant ce beau parc et cette vue idéale, disait-elle, — ces vieux arbres et ces fleurs que chantaient ses vers! Il me fut donc très pénible de m’en séparer... mais j'ai pensé depuis que Dieu m’avait épargné la douleur, plus grande encore, de voir Villequier. déshonoré par l’occupation allemande, abîmé, dévasté et pillé.

(21) Que si May, morte en 1911, avait vécu quelques années de plus, comme elle aurait admiré le calme impassible de Joffre, les éclairs de génie de Foch, la science et la fermeté de Fayolle, la foi de Castelnau et l’audace de Mangin avec le courage intrépide des soldats de la Marne, de l’Vser, de Verdun! Avec quel enthousiasme elle aurait chanté les exploits des glorieux héros de la Grande Guerre! Mais qu’aurait-elle dit plus tard en voyant nos armées, comme prises de panique, reculer des Vosges aux Pyrénées... en apprenant,

malgré les vains sacrifices de tant de braves, que des soldats, avec leurs offi-

Ca

ciers, capitulaient et se rendaient en masse prisonniers, hélas! parfois sans avoir combattu, conformément aux ordres de certains chefs défaitistes où incapables ?

La fin prématurée de May lui a épargné ce triste spectacle et cette douleur que son âme frémissante n’aurait pas aisément supjortée. Celle qui n’admettait pas qu’on puisse s’avouer vaincu n'aurait sans doute pas été intoxi-

ss À ; (RC À É < quée par cette funeste et lamentable « Mystique du Maréchal » furent trop de pauvres Français, apparemment mûrs pour la que d’autres tout disposés à cette indigne « kollaboration » encouragée, durant quatre ans et même prescrite — comme un devoir! — aux loyaux sujet Vichy par un gouvernement sans honneur et sans foi, qui restera la. de notre Histoire! Oui, telle que j'ai connue May, teile qu’elle est tou: vivante en ma mémoire, je la vois exaltant en 1918 l’indomptable du « Père la Victoire! » Mais en 1940, au grand $candale des « bien sants », gens du monde ou d’affaires, ou bourgeois, terrorisés par le s d’un lointain bolchevisme et par contre ralliés au régime hitlérien qui, l’esclavage, assurait l’ordre présent en sauvegardant leurs biens, si même il. fävorisait pas la fortune des mercantis et des profiteurs de la guerre; mai 1940, et pendant l’occupation, au grand scandale encore de beaucoup de braves gens et des fonctionnaires devenus kollaborateurs par obéissance aux pouv établis ou par respect pour le chef vénéré de l’Etat, en 10940 et dans la suit May, à l’instar de ses père, et mère, n'aurait pu dissimuler son dégoût pour de dirigeants asservis ou vendus à l’ennemi, ni cacher son mépris profond pour misérable vieillard — inconscient je l’espère — si justement nommé le « Pèrel Défaite » par celui qu’elle aurait assurément acclamé de toute son âme fr missante ! Foyer

Mais on n’est pas vaincu quand on meurt au combat... Voyez la mort en face et ne la craignez pas SRE

écrivait la vaillante petite May! Comme elle aurait été heureuse et fière, le fant-poëte de célébrer en vers pleins de flamme l’homme providentiel, noble et grand soldat, qui a su remonter le moral de notre peuple,! qui s’est” jours efforcé, envers et contre tous, de maintenir notre nation à son rang grande puissance, qui, avec les « Français Combattants » ces « Dissidents » de Vichy, à sauvé l'honneur du drapeau et qui, Dieu aidant, doit assurer le salut. de notre patrie! Et comme elle aurait acclamé enfin, avec les « Résistants, » tous les Anglais, Canadiens et Américains amis et libérateurs de la France! | (22) Je me rappelle son admiration pour la Damnation de Faust, dont la. Marche Hongroise était si brillamment enlevée, et le Ballet des Sylphes, délicieusement joué par l’orchestre Colonne, où, dans l’Zrvocation à la Nature, la voix puissante du ténor Van Dyk dominait les instruments déchaînés; je me souviens de son enthousiasme juvénile pour certains morceaux de Wagne ouvertures ou préludes, si bien rendus par l’orchestre Lamoureux et de ses. plaudissements sans fin pour l’énorme cancatrice Félia Litvine, si magnifique. dans la Mort d’Yseulf. MR Au Théâtre Français, elle avait surtout admiré Mounet Sully dans At%a/ où, dans ses bons jours, il jouait le rôle du grand prêtre Joad aussi bien, à moi sens, que celui d'ŒÆdipe Roi, où il était si pathétique; elle avait été charmk par la divine Bartet qu’elle avait entendue dans le rôle d'Armande des Femme. Savantes, avec l’un des Coquelin, qu’elle imita de son mieux quand on lui fit. jouer, à son cours, le rôle du pédant Trissotin. ES en (23) Je m'efforçais, à ce propos, de me rappeler les excellentes leçons. diction du brave Dupont-Vernon, acteur médiocre, mais intelligent et cultivé | parfait professeur du Conservatoire, qui nous avait appris, au collège Stanislas, à comprendre les poëtes, à sentir le rythme et la cadence des vers, à bien dire sans les déclamer ni chanter. Il avait, avec plusieurs de mes cam: rades, parmi lesquels Edmond Rostand, formé une troupe de comédiens ama teurs, qui amusaient les élèves et leurs familles, lors des séances académiques dé notre vieux collège. % RS (24) La Fontaine, ce bonhomme peu respectueux des grands, cet ennemi des lois, d’esprit frondeur et quelque peu anarchiste, dont bièn des fables auraient assurément été interdites par les censures dictatoriales de nos jour (25) De même qu’elle s'était divertié à composer des « à /a manière de

Le TO En

Maeterlink », May, avec son penchant à l'ironie et même à la blague, se serait sans doute amusée à pasticher les chefs-d’œuvre — faciles — de Mme de Noaiïlles, ou parfois peu accessibles aux non initiés, d’un Claudel ou d’un Valéry.

(26) Les « Argonautes » où l’on trouve pourtant un néologisme dans ce vers (corrigé dans une deuxième version)

« Fait tressaillir la mer et rosir l'horizon »

mais pourquoi rosir ne serait-il pas français au même titre que blanchir, bleuir,. jaunir, rougir et verdir?

(27) J'ai compris ce jour-là pourquoi mon premier colonel, vieux soldat de

Crimée, après avoir épousé la caissière du mess des officiers, était allé jouir de sa retraite à Brive-La-Gaillarde.

(28) C’étaient des riz de veau financière.

(29) Ces lignes, qui datent de juillet 1910, je les ai retrouvées trente-trois ans plus tard, en juillet 1943, en pleine période de restrictions, sinon de famine pour le Français moyen... Mais quel aurait été le prix d’un tel repas au ne noir, pendant l'occupation ou même à présent? Cela ne fait-il pas. rêver:

(30) Ma sœur Marie-Thérèse, mariée à son cousin /oseph de Pesquidoux, Papôtre du retour à la terre, qu’il a chantée en prose dans les livres d’un stylepoétique, qui font de lui le Virgile français et lui ont valu son siège à. - PAcadémie.

(31) Comment ce beau pastel, que j'ai donné à mon fils Jean, est-il entré en ma possession, et sans doute grâce à May? C’est là toute une histoire.

May, en traversant le grand salon où travaillait chaque dimanche le copiste du tableau, M. Ædouard, s'était intéressé à son œuvre, Le vieux monsieur lui avait raconté l’histoire de sa Dulcinée, le séduisant modèle,sde Largillière, Vicole de Cherrière, épouse d'Abraham François de Migieu (tous ces. Migieu s’appelaient de père en fils Abraham, bien que n’ayant, Dieu merci, pas une goutte de sang juif dans les veines), dont le beau-père était M. de Savigny, possesseur du château de ce nom, et May, bien entendu, s'était enflammée pour la charmante aïeule qui lui inspira ses vers « Au portrait peint par Zargillière » (p. 54).

Aux compliments que j'adressai au pastelliste, amoureux de la marquise de Migieu, May joignit très gentiment les siens qui le touchèrent encore davantage. Toujours est-il que. peu après la mort du consciencieux artiste, je vis un béau jour arriver à Paris une caisse monumentale, avec une lettre contenant des instructions détaillées sur la manière de l’ouvrir. Elle renfermait, emballé avec un soin minutieux et soutenu par des courroies élastiques, le fameux pas/el, que, dans son testament, m'avait légué le défunt. Ce souvenir intéressant mais d’une dimension incompatible avec celle de notre salon de Paris, fut donc, après avoir réintégré sa caisse, transporté avec les mêmes précautions à la Æ/èche, où il a trouvé une place honorable dans un cadre: de l’époque, à la T'emplerie, maison familiale de mon aimable belle-fille.

Lors de mon dernier séjour dans cette demeure de famille, parlant de May avec mes chères petites filles Æ/isabeth et Nicole, je leur contai l’histoire du pastel qu'avait admiré la tante dont j'étais en train d’écrire la vie pour mes petits-enfants. Comme May jadis avec grand’mère, elles écoutèrent le vieux grand-père, attentives, et, me sembla-t-il, sans ennui, ce qui me décida à écrire ces lignes.

Quant au tableau original de Laroillière. il fut hélas! vendu 100.000 francs par le fils unique mais prodigue de ma bonne grand’mère. Je le revis, cebeau tableau, à l'Exposition des Cent Portraits, où il fut acheté plus d’un million-or, m’a-t-on dit, par je ne sais quel milliardaire, dont il orne le palais, là-bas, en Amérique. Ve K

(32) May avait vu jouer Gringoiré à la fin d’une matinée au Théâtre- Français. « Je ne portats déjà pas trop mal le travesti, me disait-elle, mais maintenant, maigre et laide comme je suis, ajoutait-elle en souriant tristement.,.

je le porterai encore mieux. Je serai He tout) à fait bien pauvre poëte famélique. Mes cheveux seront cachés sous une to ee comme l’an dernier sous le tricorne de 7yrissotin. Puisque j 1eI mon bon public de l’Institut de la Madeleine, en chargeant mo: personnage, où j'imitais, je l'avoue, notre jeune professeur, M m'agaçait un peu, je pourrai aussi bien faire pleurer les camarades la tirade « Aux pauvres gens lout est peine et misère » que je sens. cordes; je tâcherai de dire la Pallade des Pendus, comme Français dont j'ai bien retenu les intonations et les gestes. Il faudra à mademoiselle Hébert, qui ne le refusera pas à l'élève gâtée de monter cet acte pour notre fête annuelle, quand je serai guérie. ( ferait tant de plaisir. ie

(33) Écrivain distingué et original, spécialiste des sciences nauti l’abbé Anthiaume m'avait jadis donné, quand j'étais collégien, d de mathématiques pendant les vacances, qu’il revenait, depuis mon ma passer chaque année auprès de nous à Villequier, après avoir été aumônier du Lycée du Havre, puis chanoine de Rouen, et enfin, en raison de ses travaux spéciaux, membre de l’Académie de Marine à Paris. “Gi a pu lire dans la relation (pp. 121 à 123) qu’il a donnée de ses derniers mt ments, à quel point ce bon prêtre fut à la fois un pe surpris gi profo dément édifié par la mort admirable de May. :

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