‹ Le Livre De Mon AmiChapitre 10 sur 69 · ARE LES ENFANTS D'ÉDOUARD · texte numérisé non relu

ARE LES ENFANTS D'ÉDOUARD

—Ila l'air d’un brigand, mon petit garçon, avec ses cheveux ébouriffés! Coiffez-le «aux enfants d'ÉdouhsUlued ard,» monsieur Valence.

M. Valence, à qui mère parlait de la sorte, était un vieux REA e Sté ent la seule vue 5 me rappelait une JE écœurante de fers chauds, et que je redoutais, tnt à cause de ses mains grasses de pommade que parce qu’il ne pouvait me couper les cheveux sans m’en laisser tomber dans le cou. Aussi, quand-il me passait un peignoir blanc et qu’il me 10 nouait une serviette autour du cou, je résistais, et il me disait:

__Tu ne veux pourtant, pas, mon petit ami, rester avec u LR ET ge, comme si tu sortais du radeätw de /a Méduse, 15

Il racontait à pout propos, de sa voix vibrante de Méridional, le naufrage de /a Méduse, dont il n'avait

échappé qu'après d’effroyables misères. Le Nr les inutiles signaux de détresse, les repas de c umaine, il disait tout cela avec la belle humeur de 20 quelqu'un qui prend les choses par leur bon côté; car c'était un homme jovial, M. Valence!

Ce jour-là, il m'accommoda trop lentement la tête à mon £fé;"ét d’une façon que je jugeai bien étrange dès que je pus me regarder dans la glace. Je me vis 25

alors les cheveux rabattus et taillé£ droit comme un

bonnet au-dessus des sourcils et tombant sur les joues

comme des oreilles d’épagneul., , Ma mère était RAGE, m'avait véritable- 5 ment coiffé aux enfants d’Édouard. Vêtu comme je l’étais d’une blouse de velours, noir, on n’avait plus, disait-elle, qu’à Fete la tour avec mon frère aîné. . fu — Si l’on ose! ajout3-t-elle en me soulevant dans 10 ses bras avec une crânêérié charmante.

Et elle me porta, étroitement embrassé, jusqu’à la oiture. Car nous allions en visite.

Je lui demandai quel était ce frère aîné que je ne connaissais pas et cette tour qui me faisait peur.

15 Et ma mère, qui avait la divine patience et la simplicité joyeuse des Âmes dont la seule affaire en ce.. monde est d’aimer, me conta, dans un babil rene et poétique, comment les deux entants du roi Édouard, qui étaient beaux et bons, furent arrachés à leur mère

20 et étouffés dans un cachot de la tour de Londres par leur méchant oncle Richard.

XElle ajouta, s’inspirant selon toute apparence d’une peinture à la mode, que le petit chien des enfants aboya pour les avertir de l’approche des meurtriers.

25 Elle finit en disant que cette histoire était très ancienne, mais si touchante et si belle, qu’on ne cessait d’en faire des peintures et de la représenter sur les théâtres, et que tous les spectateurs pleuraient, et qu’elle avait pleuré comme eux.

30 Je dis À maman qu’il fallait être bien méchant pour la faire pleurer ainsi, elle et tout le monde. x

Elle me répondit qu’il y fallait, au contraire, une grande âme et un beau talent, mais je ne la compris pas. Je n’entendais rien alors à la volupté des larmes.

La voiture nous arrêta dans l’Ile Saint-Louis, devant une vieille maison que je ne connaissais pas. Et nous montâmes un escalier de pierre, dont les marches usées et fendues me faisaient grise mine.

Au premier tournant, un petit chien se mit à japper. «C’est lui, pensai-je, c’est le chien des enfants d’Édouard.» Et une peur subite, invincible, folle, s’empara de moi. Évidemment, cet escalier, c'était celui de la tour, et, avec mes cheveux découpés en bonnet et ma blouse de velours, j'étais un enfant d’Édouard. On allait me faire mourir. Je ne voulais pas; je me cramponnai à la robe de ma mère en criant:

— Emmène-moi, emmène-moil Je ne veux pas monter dans l’escalier de la tour.

— Tais-toi donc, petit sot.... Allons, allons, mon chéri, n’aie pas peur.... Cet enfant est vraiment trop nerveux. ... Pierre, Pierre, mon petit bonhomme, sois raisonnable.

- Mais, pendu à sa jupe, raidi, crispé, je n entendais rien; je criais, je hurlais, j'étouffais. Mes regards Mets d'horreur, nageaient dans les ombres animées par la peur féconde.

A mes cris, une porte s’ouvrit sur le palier et il en sortit un vieux monsieur en qui, malgré mon épouvante et malgré son bonnet grec et sa robe de chambre, je reconnus mon ami Robin, Robin mon ami, qui m’apportait une fois la semaine des gâteaux secs dans la

ur

coiffe de son chapeau. C'était Robin lui-même; mais je ne pouvais concevoir qu’il fût dans la tour, ne sachant pas que la tour était une maison, et que, cette maison étant vieille, il était naturel que ce vieux monsieur y habitât.

Il nous tendit les bras avec sa tabatière dans la main gauche et une pincée de tabac entre le pouce et l'index de la main droite. (C’était lui.

— Entrez donc, chère dame! ma femme va mieux; elle sera enchantée de vous voir. Mais maître Pierre, à ce qu’il me semble, n’est pas très rassuré. Est-ce notre petite chienne qui lui fait peur? — Ici, Finette.

J'étais rassuré; je dis:

— Vous demeurez dans une vilaine tour, monsieur Robin.

A ces mots, ma mère me pinça le bras dans l’intention, que je saisis fort bien, de m'empêcher de demander un gâteau à mon bon ami Robin, ce que précisément j'allais faire.

Dans le salon jaune de M. et madame Robin, Finette me fut d’un grand secours. Je jouais avec elle, et ceci me resta dans l'esprit, qu’elle avait aboyé aux meurtriers des enfants d'Édouard. C’est pourquoi je partageai avec elle le gâteau que M. Robin me donna. Mais on ne peut s'occuper longtemps du même objet, surtout quand on est un petit enfant. Mes pensées sautèrent d’une chose à l’autre, comme des oiseaux de branche en branche, puis se reposèrent de nouveau sur les enfants d’Édouard. M'étant fait à leur égard une opinion, j'étais pressé de la produire. Je tira? M. Robin par la manche.

— Dis donc, monsieur Robin, vous savez, si maman avait été dans la tour de Londres, elle aurait empêché le méchant oncle d’étouffer les enfants d’Édouard sous leurs oreillers.

Il me sembla que M. Robin ne comprenait pas ma pensée dans toute sa force; mais, quand nous nous retrouvâmes seuls, maman et moi, dans l’escalier, elle m'éleva dans ses bras:

— Monstre! que je t'embrasse!

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