‹ Le Livre De Mon AmiChapitre 15 sur 69 · AVE H LA A · texte numérisé non relu

AVE H LA A

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leur attente, on ne leur coupa point la tête; ils furent relaxés sur un rapport du député Battelier, et madame de Laville devint par la suite la meilleure amie de ma grand’mère, qui était alors âgée de vingt et un ans et mariée depuis trois ans au citoyen Danger, adjudant-major d’un bataillon de volontaires du Haut-Rhin.

— C’est un fort joli homme, disait ma grand’mère ; mais je ne serais pas sûre de le reconnaître dans la rue.

Elle assurait ne l’avoir jamais vu, en tout, plus de six heures, en cinq fois. Elle l’avait épousé par une idée d’enfant, afin de pouvoir porter une coiffure à Za Nation. En réalité, elle ne voulait point de mari. Et lui, voulait toutes les femmes. Il s’en alla; elle

le laissa aller sans lui en vouloir le moins du monde.XK-

En partant pour la gloire, Danger laissait pour tout bien à sa femme, dans le tiroir d’un secrétaire, des reçus d’argent d’un sien frère, Danger de Saint-Elme, officier à l’armée de Condé, et un paquet de lettres écrites par des émigrés. Il y avait là de quoi faire guillotiner ma grand’mère et cinquante personnes avec elle.

Elle en avait bien quelque soupçon, et, à chaque visité domiciliaire qu’on faisait dans le quartier, elle se disait « Il faudra pourtant que je brûle les papiers de mon coquin de mari.» Mais les idées lui dansaient dans la tête. Elle s’y décida pourtant un matin.

Elle avait bien pris son temps!.

Assise devant la cheminée, elle triait les papiers du secrétaire, après les avoir répandus pêle-mêle sur

le canapé." Et, tranquillement, elle faisait des petits pe tas, mettant à part ce qu’on pouvait garder, à part ce qu’il fallait détruire. Elle lisait une ligne de çà, une ligne de là, telle page et telle autre, et son esprit, voyageant de souvenir en souvenir, picoraiten route quelque brin du passé, quand tout à coup elle entendit ouvrir la porte d’entrée. Aussitôt, par une révélation soudaine de l'instinct, elle sut que c'était une visite domiciliaire. Elle saisit à brassée tous les papiers et les jeta sous le canapé, dont la Housse trainait jusqu’à terre. Et, comme ils débordaient, elle les repoussa du pied sous le meuble. Une corne de lettre passait encore comme le bout de l'oreille d’un petit chat blanc, quand un délégué du Comité de sûreté générale entra dans la 15 chambre avec six hommes de la section, armés de fusils, de sabres, de piques. Madame Danger se tenait debout devant le canapé. Elle songeait que la certitude de sa perte n’était pas tout à fait entière, qu’il lui restait une petite chance sur mille et mille, et 20 ce qui allait se passer l’intéressait extrêmement.

— Citoyenne, lui dit le ‘président de la section, tu es dénoncée comme entretenant une correspondance avec les ennemis de la République. Nous venons saisir tous tes papiers.

25 L'homme du Comité de sûreté générale s’assit sur le canapé pour écrire le procès-verbal de la saisie.

Alors ces gens fouillèrent tous les meubles faisant sauter les serrures et vidant les ro trouvant rien, ils défoncèrent les placards, culbutèrent com-

3o modes, décrochèrent les tableaux et crevèrent à coups de baïonnette les fauteuils et les matelas ; mais ce fut

un

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en vain. Ils éprouvèrent les murs à coups de crosse, explorèrent les cheminées et firent sauter quelques lames du parquet. Ils y perdirent leur peine. Enfin, après trois heures de fouilles infructueuses et de ravages inutiles, lassés, désespérés, humiliés, ils se retirèrent en promettant bien de revenir. Ils ne s’étaient pas avisés de regarder sous le canapé.

Peu de jours après, comme elle revenait de la comédie, ma grand’mère trouva à la porte de sa maison un homme décharné, blême, défiguré par une barbe grise et sale, qui se jeta à ses pieds et lui dit:

— Citoyenne Danger, je suis Alcide, sauvez-moil

Elle le reconnut alors.

— Mon Dieu! lui dit-elle, se peut-il que vous soyez M. Alcide, mon maître à danser? En quel état vous revois-je, monsieur, Alcide !

— Je suis proscrif, Citoyenne ; sauvez-moi |

— Je ne puis que l'essayer. Je suis moi-même suspecte, et ma cuisinière est jacobine. Suivez-moi. Mais veillez à ce que mon portier ne vous voie pas. Il est officier municipal.

Ils montèrent l’escalier, et cette bonne petite madame Danger s’enferma dans son appartement avec le déplorable Alcide, qui grelottait la fièvre et répétait, en claquant des dents:

.. — Sauvez-moi, sauvez-moi !

A lui voir une si pitoyable mine, elle avait envie de rire. La situation pourtant était critique.

— Où le fourrer ? se demandait ma grand’mère en parcourant du. regard les armoires et les commodes.

Faute de lui trouver une autre place, elle eut l'idée

de le mettre dans son lit.

Elle tira deux matelas en dehors des autres et, formant ainsi un espace près du mur, elle y coula Alcide. Le lit avait de la sorte un ‘air bouleversé. Elle s’y mit. Puis, sonnant la cuisinière:

5 — Zoé, je suis souffrante ; donnez-moi un poulet, de la salade et un verre de vin de Bordeaux. Zoé, qu’y at-il de nouveau aujourd’hui ?

— Il y a un complot de ces gueux d’aristocrates, qui veulent se faire guillotiner jusqu’au dernier. Mais

10 les sans-culottes ont l’œil. Ça ira! ça ira!...Le portier m’a dit qu’un scélérat du nom d’Alcide est recherché dans la section, et que vous pouvez vous attendre à une visite domiciliaire pour cette nuit.

Alcide, entre deux matelas, entendait ces douceurs.

15 Il fut pris, après le départ de Zoé, d’un tremblement nerveux qui secouait tout le lit, et sa respiration devint si pénible qu’elle emplissait toute la chambre d’un sifflement strident.

— Voilà qui va bien, se dt la petite aie Dan-

20 ger.

Et elle mangea son aile de poulet, et passa au triste Alcide deux doigts de vin de Bordeaux.

— Ah! madame! ...ah! Jésus! ... s’écriait Alcide.

Et il se mit à geindre avec plus de force que de

25 raison.

—À merveille! se dit madame Danger; la municipalité n’a qu’à venir. ..

Elle en était là de ses pensées, quand un bruit de crosses tombant lourdement à terre ébranla le palier.

30 Zoé introduisit quatre officiers municipaux et trente soldats dé la garde natinnale,

LE LIVRE DE MON * EL 59 A4 rprrrdle

Alcide ne LOGE ES et ne faisait plus entendre le moindre souffle.

— Levez-vous, citoyenne, dit un des gardes.

Un autre objecta que la citoyenne ne pouvait s’habiller devant des hommes. ;

Un citoyen, voyant une ile de vin, la saisit, y goûta, et les autres burent à la régalade.

— Allons! dit madame D 8 je vois que ous êtes des gens pinabios FAe Rite ét therchéz tout ce que vous avez à chercher, car je Me de sommeil.

Ils restèrent deux mortelles heures dans la chambre; ils passèrent vingt fois l’un après l’autre devant le lit et regardèrent gi n’y avait personne dessous. Puis, après avoir débité mille impertinences, ils s’en allèrent. y A

Le dernier avait à peine tourné les talons, que la petite madame Danger, la tête dans Ja ruelle, : appela :

— Monsieur Alcide! monsieur Alcide !

Une voix gémis£anté répondit :

— Ciel! on peut nous entendre, Jésus! madame,

ayez pitié de moi. ja) — Monsieur Alcide, potes" ma grand’-mère, quelle peur vous m’avez faite! Je ne vous entendais

plus je croyais que vous étiez mort, et, à l’idée Sr

coucher sur un mort, j'ai pensé cent fois m ns ‘

Monsieur -Alcide, vous n’en usez pas bien à mon égär ? FA on n’est pas mort, on le dit, vertubleu! Je ne vous pardonnerai jamais la peur que vous m'avez faite,

Ne fut-elle pas excellente, ma grand’mère, avec son

pauvre M. Alcide? Elle l’alla cacher, le lendemaïn à Meudon et le sauva gentiment.

On ne soupçonnerait pas la fille du philosophe Dussuel d’avoir cru facilement aux miracles, ni de s'être aventurée sur les confins du monde surnaturel. Elle n’avait pas un bri de religion et son bon sens, :

‘ un peu court, s’offensait de tout mystère. Pourtant, cette personne si raisonnable racontait à qui voulait l’entendre un fait merveilleux dont elle avait été témoin.

10 En visitant son père, aux Récollets de Versailles,” elle avait connu madame de Laville, qui y était prisonnière. Quand cette dame fut libre, elle alla habiter rue de Lancry, dans la même mais que ma grand’mère. Les deux appartements don sur le 15 même palier.

Madame de Laville habitait avec sa jeune sœur nommée Amélie.

XÿAmélie était grande et belle. Son visage pâle, dé-

coré d’une chevelure noire, avait une incomparable ' 20 beauté d’expression. Ses yeux, chargés de Langue 1

ou de flammes, cherchaient qutour d'elle quelque

ur

chose d’inconnt Lb tua WA nv RTS er :

\% Chanoinesse au chapitre séculier de l’Argentière, \ en attendant un établissement dans le monde Amélie

Ÿ 25 avait éprouvé, disait-on, dès le sortir de l’enfance, les douleurs d’un amour He ne fut sen partagé et qu’elle

fut obligée de taire. d da Elle paraissait NES E d'énnei n lui arrivait de fondré en larmes sans raison apparente. Tantôt elle 30 restait des journées entières dans une immobilité

stupide, tantôt elle dévorait des livres de dévotion.

Mordue par ses propres chimères, elle se tordait

dans d’indicibles souffrances.

L’arrestation de sa sœur, le supplice de plusieurs de ses amis, guillotinés comme conspirateurs, et d’incessantes alertes achevèrent de ruiner sa constitution ébranlée. Elle devint d’une maigreur effrayante. Les tambours qui appelaient tous les jours les sections aux armes, les bandes de citoyens en bonnet rouge et armés de piques qui défilaient devant ses fenêtres en chantant le Ça ira/ la jetaient dans une épouvante que suivaient des alternatives de torpeur et d’exaltation. Des troubles nerveux se manifestèrent avec une force terrible et produisirent des effets étranges.

Amélie eut des songes dont la lucidité étonna ceux qui l’entouraient. ,

Errant la nuit, éveillée ou endormie, elle entendait des bruits lointains, des soupirs de victimes. Parfois, debout, elle étendait le bras et, montrant dans l’ombre quelque chose d’invisible, elle prononçait le nom de Robespierre.

— Elle a, disait sa sœur, des pressentiments certains et elle prophétise les malheurs.

Or, dans la nuit du 9 au 10 thermidor, ma grand’mère se tenait, ainsi que son père, dans la chambre des deux sœurs; ils étaient tous quatre fort agités, résumant les graves événements de la journée et s’efforçant d'en deviner l'issue: le tyran décrété d’arrestation, conduit au Luxembourg et refusé par le concierge, mené ensuite aux bureaux de la police, sur le quai des Orfèvres. puis délivré par la Commune et

porté à l’hôtel de ville. ..

Y était-il encore, et dans quelle attitude, humiliée ou menaçante? Ils éprouvaient tous quatre une grande anxiété et n’entendaient rien, sinon, par intervalles, le galop des chevaux des estafettes d’Hanriot qui brûlaient le pavé des rues. Ils attendaient, échangeant par moments un souvenir, un doute, un vœu. Amélie restait silencieuse.

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Tout à coup elle poussa un grand cri.

Il était une heure et demie du matin. Penchée sur

10 une glace, elle semblait contempler une scène tragique.

Elle disait:

— Je le vois! je le vois! Qu'il est pâle! Le sang s'échappe à flots de sa bouche, ses dents et ses mâchoires sont brisées. Louanges, louanges à Dieu! le

15 buveur de sang ne boira plus que le sien!

En achevant ces paroles, qu’elle prononçait sur une étrange mélopée, elle poussa un cri d’horreur et tomba à la renverse. Elle avait perdu connaissance.

A ce moment même, dans la salle du conseil de

20 l’hôtel de ville, Rgbespierrg re recevait le coup de pistolet qui lui brisa ‘fà mâchoiré'et mit fin à la Terreur.

Ma grand’mère, qui était un esprit fort, croyait fermement à cette vision.

— Comment expliquez-vous cela ?

25 —Je l’explique en faisant remarquer que ma grand’mère, pour esprit fort qu’elle était, croyait assez au diable et au loup-garou. Jeune, toute cette sorcellerie l’amusait, et elle était, comme on dit, une grande faiseuse d’almanachs. Plus tard, elle prit peur du

30 diable; mais il était trop tard: il la tenait, elle ne pouvait plus n’y pas croire.

Le 9 thermidor rendit la vie supportable à la petite société de la rue de Lancry. Ma grand'mère goûta fort ce changement; mais il lui fut impossible de garder rancune aux hommes de la Révolution. Elle ne les admirait pas, —elle n’a jamais admiré que moi, — mais elle n’avait point de haine contre eux; il ne lui vint jamais en tête de leur demander compte de la peur qu'ils lui avaient faite. Cela tient peut-être à ce qu’ils ne lui avaient point fait peur. Cela tient surtout à ce que ma grand’mère était une bleue, une bleue dans l’âme. Et, comme a dit l’autre, les bleus seront toujours les bleus.

Cependant Danger poursuivait à travers tous les champs de bataille sa brillante carrière. Toujours heureux, il était en grand uniforme, à la tête de sa brigade, quand il fut tué d’un boulet de canon le 20 avril 1808, dans le beau combat d’Abensberg.

Ma grand’mère apprit par le Moniteur qu’elle était veuve, et que le brave général Danger « était enseveli sous des lauriers »

Elle s’écria:

— Quel malheur! un si bel homme.

Elle épousa, l’année suivante, M. Hippolyte Nozière, commis principal au ministère de la Justice, homme pur et jovial qui jouait de la flûte de six à neuf heures du matin et de cinq à huit heures du soir. Ce fut, cette fois, un mariage pour de bon. Ils s’aimaient et, n'étant plus très jeunes, ils surent être indulgents l’un pour l’autre. Caroline pardonna à Hippolyte son éternelle flûte. Et Hippolyte passa à Caroline toutes les lunes qu’elle avait dans la tête. Ils furent heureux.

Mon grand-père Nozière est l’auteur d’une Sañistique des prisons. Paris, Imprimerie royale, 1817-10. 2 vol. in-4°; et des Æ%//es de Momus, chansons nouvelles, Paris, chez l'auteur.1821, in-18.

s La goutte lui fit grand’guerre; mais elle ne put lui ôter sa gaieté, même en l’empêchant de jouer de la flûte; finalement, elle l’étouffa. Je ne l’ai pas connu. Mais j'ai là son portrait: on l’y voit en habit bleu, frisé comme un agneau etle menton perdu dans une

10 cravate immense.

— Je le regretterai jusqu’à mon dernier jour, disait à quatre-vingts ans ma grand’mère, veuve alors depuis une quinzaine d’années.

— Vous avez bien raison, madame, lui répondit un 15 vieil ami: Nozière avait toutes les vertus qui font un bon mari.

— Toutes les vertus et tous les défauts, s’il vous plaît, reprit ma grand’mère.

— Pour être un époux accompli, madame, il faut 20 donc avoir des défauts?

— Pardi! fit ma grand’mère en haussant les épaules, il faut n’avoir pas de vices, et c’est un grand défaut, cela!

Elle mourut, le 4 juillet 1853, dans sa quatre-vingt 25 et unième année.

LA DENT PTRCT

Si l’on mettait à se cacher autant de fe u’on en met d’ordinaire à se montrer, on en des end fé $ de bonne heure une première expérience.

C'était un jour de-pluie. J'avais reçu en, cadeau 51 tout un attirail de pôstillon, Casquette, fo des ray et grelôts. Ex. y avait beaucoup de grelots. ” J'attelais c'est moi que j’attelai à moi-même, car j'étais tout ensemble le postillon, les chevaux et la voiture. Mon parebürs s'étend it de la cuisine à la salle à manger 10 par un coude A salle à manger mer pésentait très bien une place de village. Le IR "EH pu je relayais me semblait sans difficulté l’aubérge du Cheval-Blanc, Le couloir m'était une grande route avec ses persp cites, changeantes et ses rencontres 15 ; LR AAMUAIAL . :

imprévues. Confiné dans ün petit espace sombre, je jouissais d’un vaste horizon et j'éprouvais, entre desmurs connus, ces surprises qui font le charme des voyages. C’est que j'étais alors un grand magicien. J'évoquais pour mon amusement des êtres aimables'zo et je disposais à souhait de la nature. J'ai eu, depuis, le malheur de perdre ce don précieux. J’en jouissais abondamment dans ce jour de pluie où je fus pos: tillon. Lana

Cette NE eut aurait dû suffire à mon contente) 25

ment; mais est-on jamgis HD Soi L'AAR vint de surprendie d'éblouir/ d’étonner des spectateurs. Ma casquette de velours et mes grelots ne néant 4 plus de rien si personne ne les admirait. Comme j’en-

5 tendais mon père et ma mère causer dans la chambré voisine, j'y entrai avec un grand fracas. ‘Mon père m’examina pendant quelques instants; puis il haussa les épaules et dit:

— Cet enfant ne sait que faire ici. Il faut le mettre 10 en pension. À — Il est encore biën petit, dit ma mère.

— Eh bien, dit mon père, on le mettra avec les petits. Je n’entendis que trop bien ces paroles; celles qui suipirent m’échappèrent en partie, et, si je peux les 15 rapporter exactement, c’est qu’elles m’ont été répétées lusieurs fois depuis.

ee père Ne — Cet enfant, qui,n’a ni frères ni sœurs, développe ici, dans l’isoleme F un goût de rêverie qui lui sera 2oŸnuisible par la suite. La solitude RaltE Son imagination et j'ai observé que déjà sa tête était pleine de chimères. Les enfants de son âge qu’il fréquentera à l’école lui donneront l’expérience du monde. Il apprendra d’eux ce que sont les hommes; il ne peut 25 l’apprendre de vous et de moi qui lui apparaissons comme des génies tutélaires. Ses camarades se com-44 porteront avec lui comme des égaux qu'il faut tantôt plaindre et défendre, tantôt persuader ou combattre. Il fera avec eux l’apprentissage de la vie sociale. 30 —Mon ami, dit ma mère, ne craignez-vous pas que, parmi ces enfants, il n’y en ait de mauvais?

— Les mauvais eux-mêmes, répondit mon père, lui seront utiles s’il est intelligent, car il apprendra à les distinguer des bons, et c’est une connaissance fort nécessaire. D'ailleurs, vous visiterez vous-même les écoles du quartier, et vous choisirez une maison fréquentée par des enfants dont l’éducation correspond à celle que vous avez su donner à Pierre. La nature des hommes est partout la même; mais leur «nourriture,» comme disaient nos anciens, diffère beaucoup d’un lieu à un autre. Une bonne culture, pratiquée depuis plusieurs générations, produit une fleur d’une extrême délicatesse, et cette fleur qui a coûté un siècle à former peut se perdre en peu de jours. Des enfants incultes feraient, par leur contact, dégénérer sans profit pour eux la culture de notre fils La noblesse des pensées vient de Dieu; celle des manières s’acquiert par l’exemple et se fixe par l'hérédité. Elle -passe en beauté la noblesse du nom. Elle est naturelle et se prouve par sa propre/grâce, tandis que l’autre se prouve par des vieux papiers qu'on ne sait comment débrouiller.

— Vous avez raison, mon ami, répondit ma mère. - J'irai dès demain à la recherche d’une bonne pension pour notre enfant. Je la choisirai comme vous dites, et je m’assurerai qu’elle est prospère, car les soucis d’argent détournent l'esprit du maître et aigrissent son caractère. Que pensez-vous, mon ami, d’une pension tenue par une femme ?

Mon père ne répondait point.

— Qu’en pensez-vous? répéta ma mère.

— C’est un point qu’il faut examiner, dit mon père.

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Assis dans son fauteuil, devant son bureau à cylindre, il examinait depuis quelques instants une espèce de petit os pointu d’un bout et tout fruste de l’autre. Il le roulait dans ses doigts; certainement il le roulait aussi dans sa pensée et, dès lors, avec tous mes grelots, je n’existais plus pour lui.

Ma mère, accoudée au dossier du fauteuil, suivait l’idée qu’elle venait d'exprimer.

Le docteur lui montra le vilain petit os et dit:

— Voici la dent d’un homme qui vécut au temps du mammouth, pendant l’âge des glaces, dans une caverne jadis nue et désolée, maintenant à demi couverte de vigne vierge et de giroflée et près de laquelle s'élève depuis plusieurs années cette jolie maison blanche que nous habitâmes pendant deux mois d'été, l’année de notre mariage. (Ce furent deux mois heureux. Comme il s’y trouvait un vieux piano, tu y jouais du Mozart tout le jour, ma chérie, et, grâce à toi, une musique spirituelle et charmante, qui s’envolait par les fenêtres, animait cette vallée, où l’homme de la caverne n’avait entendu que les miaulements du tigre.

Ma mère posa sa tête sur l’épaule de mon père, qui continua ainsi: |

. — Cet homme ne connaissait que la peur et la faim. Il ressemblait à une bête. Son front était déprimé. Les muscles de ses sourcils formaient en se contractant de hideuses rides; ses mâchoires faisaient sur sa face une énorme saillie; ses dents avançaient hors de sa bouche. Voyez comme celle-ci est longue et pointue.

« Telle fut la première humanité, Mais insensiblement, par de lents et magnifiques efforts, les hommes, devenus moins misérables, devinrent moins féroces; leurs organes se modifièrent par l’usage. L’habitude de la pensée développa le cerveau, et ie front s’agrandit. Les dents, qui ne s’exerçaient plus à déchirer la chair crue, poussèrent moins longues dans la mâchoire moins forte. La face humaine prit une beauté sublime et le sourire naquit sur les lèvres de la femme. »

Ici, mon père baisa la joue de ma mère, qui souriait; puis, élevant lentement au-dessus de sa tête la dent de l’homme des cavernes, il s’écria:

— Vieil homme, dont voici la rude et farouche relique, ton souvenir me remue dans le plus profond de mon être; je te respecte et t’aime, Ô mon aïeul! Re-

çois, dans l’insondable passé où tu reposes, l'hommage

de ma reconnaissance, car je sais combien je te dois. Je sais ce que tes efforts m'ont épargné de misères. Tu ne pensais point à l'avenir, il est vrai, une faible lueur d'intelligence vacillait dans ton âme obscure; tu ne pus guère songer qu’à te nourrir et à te cacher. Tu étais homme, pourtant. Un idéal confus te poussait vers ce qui est beau et bon aux hommes. Tu vécus misérable; tu ne vécus pas en vain, et la vie que tu avais reçue si affreuse, tu la transmis un peu moins mauvaise à tesenfants. Ils travaillèrent à leur tour à la rendre meilleure. Tous, ils ont mis la main aux arts: l’un inventa ia meule, l’autre la roue. Ils

se sont tous ingéniés, et l’effort continu de tant d’es-

prits à travers les âges a produit des merveilles qui maintenant embellissent la vie. Et, chaque fois qu’ils

inventaient un art ou fondaient une industrie, ils faisaient naître par cela même des beautés morales et créaient des vertus. Ils donnèrent des voiles à la femme, et les hommes connurent le prix de la beauté.

Ici, mon père posa sur son bureau la dent préhistorique et il embrassa ma mère.

Il parlait encore. Il disait:

— Ainsi nous leur devons tout, à ces ancêtres, tout et même l’amour!

Je voulus toucher cette dent qui avait inspiré à mon père des paroles que je ne comprenais pas. Je m’'approchai du bureau pour la saisir. Mais, au bruit que firent mes grelots, mon père tourna la tête de mon côté, me regarda gravement et dit:

— Tout beau! la tâche n’est pas finie; nous serions

moins généreux que les hommes des cavernes si, notre

tour étant venu, nous ne travaillions pas à rendre à nos enfants la vie plus sûre et meilleure qu’elle n’est pour nous-mêmes. Il est deux secrets pour cela: aimer et connaître. Avec la science et l’amour, on fait le monde.

— Sans doute, mon: ami, dit ma mère; mais, plus j'y songe, plus je me persuade que c’est à une femme qu’il faut confier un petit garçon de l’âge de notre Pierre. J’ai entendu parler d’une demoiselle Lefort,

J'irai la voir demain.

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y LA RÉVÉLATION DE LA POÉSIE

Mademoiselle Lefort, qui tenait dans le faute Saint-Germain une pension pot dés Enfants en bas âge, consentit à me recevoir de dix heures à midi et de deux heures à quatre. Je m'étais fait par avance une idée affreuse de cette pension, et, quand ma bonne m’y traîna pour la première re. je me jugeai perdu. "LES

Aussi je fus extrêmement surpris, en entrant, de voir dans une grande chambre cinq ou six petites filles et une douzaine de petits garçons qui riaient, faisaient des grimaces et donnaient toute sorte de signes de leur insouciance et de leur espièglerie. Je les jugeai bien endurcis.

Je vis, par contre, que mademoiselle Lefort était profondément triste. Ses yeux bleus étaient Te et ses lèvres entr, ouvertes.

De pâles boucles à l'anglaise pendaient le long de

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ses joues, comme au bord des eaux les branches mé## f 7

lancoliques des saules. Elle regardait sans voir et semblait perdue dans un rêve.

La douceur de cette demoiselle affligée et la HET des enfants m’inspirèrent de la confiance; à la seule pensée que j'allais partager le sort de plusieurs petites filles, toutes mes craintes s’évanouirent.

Mademoiselle Lefort, m’ayant donné une ardoise

Ur

avec un crayon, me fit asseoir à côté d’un garçon de mon âge qui avait les yeux vifs et l’air fin.

— Je m'appelle Fontanet, me dit-il, et toi?

Puis il me demanda ce que faisait mon père. Je lui dis qu’il était médecin.

— Le mien est avocat, répondit Fontanet; c’est mieux.

— Pourquoi?

— Tu ne vois pas que c’est plus joli d’être avocat?

— Non

— Alors c’est que tu es bête.

Fontanet avait l'esprit fertile. Il me conseilla d'élever des vers à soie et me montra une belle table de Pythagore qu'il avait faite lui-même. J’admirai Pythagore et Fontanet. Moi, je ne savais que des fables.

En partant, je reçus de mademoiselle Lefort un bon point dont je ne pus parvenir à découvrir l'usage. Ma mère m’expliqua que n’avoir point d’utilité était le propre des honneurs. Elle me demanda ensuite ce que j'avais fait dans cette première journée. Je lui répondis que j'avais regardé mademoiselle Lefort.

Elle se moqua de moi, mais j'avais dit la vérité. J'ai été enclin de tout temps à prendre la vie comme un spectacle. Je n’ai jamais été un véritable observateur; car il faut à l’observation un système qui la dirige, et je n’ai point de système. L'’observateur conduit sa vue; le spectateur se laisse prendre par les yeux. Je suis né spectateur et je conservera, je crois, toute ma vie cette ingénuité des badaüds de la

grande ville, que tout amuse et qui gardent, dans l’âge de l’ambition, la curiosité désintéressée des petits enfants. De tous les spectacles auxquels j'ai assisté, le seul qui m’ait ennuyé est celui qu’on a dans les théâtres en regardant la scène. Au contraire, les représentations de la vie m’ont toutes diverti, à commencer par celles que j’eus dans la pension de mademoiselle Lefort.

Je continuai donc à regarder ma maîtresse et, me confirmant dans l’idée qu’elle était triste, je demandai à Fontanet d’où venait cette tristesse. Sans rien affirmer de positif, Fontanet l’attribuait au remords et croyait bien se rappeler qu’elle fut subitement imprimée sur les traits de mademoiselle Lefort au jour, déjà ancien, où cette personne lui confisqua sans nul droit une toupie de buis et commit presque aussitôt un nouvel attentat; car, pour étouffer les plaintes de celui qu’elle avait spolié, elle lui enfonça le bonnet d’âne sur la tête.

Fontanet concevait qu’une âme souillée de ces actes eût perdu à jamais la joie et le repos; mais les raisons de Fontanet ne me suffisaient pas et j'en cherchais d’autres.

Il était difficile, à vrai dire, de chercher quelque ose dans la classe de mademoiselle Lefort, à cause du tumulte qui y régnait sans césse. Les élèves s’y livraient de grands combats devant mademoiselle Lefort, visible, mais absente. Nous nous jetions les uns aux autres tant de catéchismes et de croûtes de pain, que l’air.en était obscurci et qu’un crépitement

continu remplissait la salie. Seuls, les plus jeunes

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enfants, les pieds dans les mains et la langue tirée hors la bouche, regardaient le plafond avec un sourire pacifique.

Soudain mademoiselle Lefort, entrant dans la mêlée d’un air de somnambule, punissait quelque innocent; puis elle rentrait dans sa tristesse comme dans unetour. Faites réflexion, je vous prie, à l’état d’es-

prit d’un petit garçon de huit ans qui, au milieu de

cette agitation incompréhensible, écrit depuis six semaines sur une ardoise:

La faim mit au tombeau Malfilâtre ignoré.

C'était là ma tâche. Par moments je me pressais la tête dans les mains pour contenir mes idées; mais une seule était distincte: l’idée de la tristesse de mademoiselle Lefort. Je m’occupais sans cesse de ma désolée maîtresse. Fontanet augmentait ma curiosité par d’étranges récits. Il contait qu’on ne pouvait passer le matin devant la chambre de mademoiselle Lefort sans entendre des cris lamentables, mêlés à des bruits de chaînes.

— Je me rappelle, ajouta-t-il, qu’il y a longtemps, un mois peut-être, elle lut à toute la classe, en sanglotant, une histoire qu’on croit être en vers.

Il y avait dans le récit de Fontanet une expression d'horreur qui me pénétra. J’eus lieu de penser, dès le lendemain, que ce récit n’était pas imaginaire, du moins quant à la lecture à haute voix; car, pour ce qui est des chaînes qui faisaient pâlir Fontanet, je n’en ai jamais rien su et je suppose aujourd’hui que le bruit de ces chaînes était en réalité un bruit de PÊES et de pincéttés

Le lendemain, voici ce qui eut lieu:

Mademoiselle Lefort frappa sur sa table avec une règle pour obtenir le silence, toussa et dit d’une voix sourde :

— Pauvre Jane! s

Après une pause elle ajouta:

Des vierges du hameau Jane était la plus belle.

Fontanet me donna un coup de coude dans la poitrine en lançant un rire en fusée. Mademoiselle Lefort lui jeta un regard indigné; puis, d’une voix plus ro triste que les psaumes de la pénitence, elle continua l’histoire de la pauvre Jane. Il est probable et même certain que cette histoire était en vers d’un bout à l’autre; mais je suis bien forcé de la conter comme je l’ai retenue. On reconnaîtra, j'espère, dans ma prose les membres épars du poète dispersé.

Jane était fiancée; elle avait engagé sa foi à un jeune et vaillant montagnard. Oswald était le nom de cet heureux pasteur. Déjà tout est préparé pour l’hyménée, les compagnes de Jane lui apportent le 2 voile et la couronne. Heureuse Jane! Mais une langueur l’envahit. Ses joues se couvrent d’une pâleur mortelle. Oswald descend de la montagne. Il accourt et lui dit: « N’es-tu pas ma compagne?» Elle répond d’une voix éteinte: «Cher Oswald, adieu! Je 25

meurs!» Pauvre Jane!... Les cloches du hameau, qui devaient sonner pour son hymen, sonnèrent pour ses funérailles.

/ Il y avait dans ce récit un grand nombre de termes | que j’entendais pour la première fois et dont je ne 30 savais pas la signification; mais l’ensemble m’er

eo

sembla si triste et si beau, que je ressentis, à l’enten. dre, un frisson inconnu; le charme de la mélancolie m'était révélé par une trentaine de mauvais vers dont j'aurais été incapable d’expliquer le sens littéral. C’est que, à moins d’être vieux, on n’a pas besoin de beaucoup comprendre pour beaucoup sentir. Des choses obscures peuvent être des choses touchantes, et il est bien vrai que le vague plaît aux jeunes âme Les larmes bte nt de mon cœur trop plein, et

Fontanet ne put, n ni par ses grimaces, ni par ses mo-

queries, arrêter mes sanglots.. Pourtant je ne doutais

pas alors de la supériorité de Fontanet. Ila fallu qu ls devint sous-secrétaire d’État pour m’en faire douter: A

Mes larmes furent agréables à mademoiselle Lefort : elle m’appela auprès d’elle et me dit:

— Pierre Nôgière, vous avez pleuré; voici la croix d'honneur. Apprenez, que c ’est moi qui ai fait cette poésie. J'ai un gros ca ir rempli de vers aussi beaux que ceux-là; mais je n’ai pas encore trouvé d’éditeur pour les imprimer. Cela n’est-il pas horrible et même inconcevable ?

— Oh! mademoiselle, lui dis-je, je suis bien Rues Je sais maintenant la cause de votre chagrin.

aimez la pauvre Jane qui est morte dans le LÉ

et c’est parce que vous pensez à elle, n’est-ce- pas ? que vous êtes triste et que vous ne vous apercevez jamais de ce que nous faisons dans la classe? ; Malheureusement, ces propos lui déplurent; car elle me regarda avec colère et dit:

— Jane est une fiction. Vous êtes un sot. Rendez cette croix et retournez à votre place.

Lt - ÊE LIVRE DE MON AMI 77

Je retournai à ma place en pleurant. Cette fois, c’est sur moi que je pleurais, et j'avoue que ces nouvelles larmes n'avaient pas cette espèce de douceur qui s'était mêlée à celles que la pauvre Jane m'avait tirées. Une chose augmentait mon trouble: je ne savais pas du tout ce que c'était qu’une fiction; Fontanet ne le savait pas davantage. ÿ

Je le demandai à ma mère, quand je fus de retour à la maison.

— Une fiction, me répondit ma mère, c’est un mensonge.

— Ah! maman, lui dis-je, c’est un malheur que Jane soit un mensonge.

.— Quelle Jane? demanda ma mère.

— Des vierges du hameau Jane était la plus belle,

Et je contai l’histoire de Jane telle qu’elle me restait dans l’esprit.

Ma mère ne me répondit rien; mais je l’entendis qui disait à l’oreille de mon père: |

— Quelles pauvretés on apprend à cet enfant!

— Ce sont, en effet, de grandes pauvretés, dit mon père. Que voulez-vous aussi qu’une vieille fille entende à la pédagogie? J'ai un système d’éducation que je vous exposerai un jour. D’après ce système, il faut apprendre à un enfant de l’âge de notre Pierre les mœurs des animaux auxquels il ressemble par les appétits et par l'intelligence. Pierre est capable de comprendre la fidélité d’un chien, le dévouement d’un éléphant, les malices d’un singe: c’est cela qu’il faut lui conter, et non cette Jane, ce hameau et ces cloches qui n’ont pas le sens commun.

Pal he

— Vous avez raison, répondit ma mère; l'enfant et la bête s'entendent fort bien, ils sont tous deux près de la terre. Maïs, croyez-moi, mon ami, il y a une chose que les enfants comprennent mieux encore que les ruses des singes; ce sont les belles actions des grands hommes. L’héroïsme est clair comme le jour, même pour un petit garçon; et, si l’on raconte à Pierre la mort du chevalier d’Assas, il la comprendra, avec l’aide de Dieu, comme vous et moi.

— Hélas! soupira mon père, je crois, au contraire, que l’héroïsme s’entend de diverses façons, selon les temps, les lieux et les personnes. Mais il n’importe; ce qui importe dans Je sacrifice, c’est le sacrifice même. Si l’objet pour lequel on se dévoue est une illusion, le dévouement n’en est pas moins une réalité; et cette réalité est la plus splendide parure dont l’homme puisse décorer sa misère morale. Chère amie, votre générosité naturelle vous a fait comprendre ces vérités mieux que je ne les comprenais moi-même avec le secours de l'expérience et de la réflexion. Je les ferai entrer dans mon système.

Ainsi disputaient le docteur et ma mère.

Huit jours après, j'écrivais pour la dernière fois sur mon ardoise, au milieu du tumulte:

La faim mit au tombeau Malfilâtre ignoré.

Fontanet et moi, nous quittâmes ensemble la pension de mademoiselle Lefort.

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