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voulut bien m’appiêter à souper. Elle jeta un fagot
dans l’âtre et sortit.
ur
J'étais triste et las, et tourmenté d’une angoisse indicible. Des images sombres et violentes venaient m'assaillir. Je m’assoupis un moment; mais, dans mon demi-sommeil, je continuai d’entendre dans la trémie les gémissements du vent dont les rafales soulevaient sur mes bottes les cendres du foyer.
Quand, au bout de quelques minutes, je rouvris les yeux, je vis ce que je n’oublierai jamais, je vis distinctement, au fond de la chambre, sur le mur blanchi à la chaux, une ombre immobile ; c’était l’ombre d’une jeune fille. Le profil en était si doux, si pur et si charmant, que je sentis, en le voyant, toute ma fatigue et toute ma tristesse se fondre en un sentiment délicieux d’admiration.
Je la contemplai, ce me semble, pendant une minute; il se peut toutefois que mon ravissement ait été plus ou moins long, car je n’ai aucun moyen d’en estimer la véritable durée. Je tournai ensuite la tête pour voir celle qui faisait une si belle ombre. Iln’y avait personne dans la chambre. .. personne que la vieille cabaretière occupée à mettre une nappe blanche sur la table,
De nouveau je regardai le mur: l'ombre n’y était plus.
Alors quelque chose comme une peine d'amour me prit le cœur, et la perte que je venais de faire me désola.
Je réfléchis quelques-instants, avec une entière lu. cidité, puis:
LE LIVRE DE on a nor
— La mère! dis-je, la mère! qui donc était là, tout à l’heure ?
Mon hôtesse, surprise, me dit qu’elle n’avait vu personne.
Je courus à la porte. La neige, qui tombait abondamment, couvrait le RS MERE pas n’était marqué
dans la neige. ‘ —La mère! vous êtes sûre qu’il n’y a point une
femme dans la maison ?
Elle répondit qu’il n’y avä# qu’elle,
— Mais cette ombre m’écriai-je ?
Elle se tut. Ta 7 Here
Alors je m’efforça? de déterminer, d’après les principes d’une exacte physique, la place du corps dont j'avais vu l’ombre, et, montrant du doibt cette place;
— Elle était là, là, vous dis-je. . . x.
La vieille s’approcha, une chandelle” à la main, et arrêta sur moi ses horribles yeux sans regard, puis:
— Je vois, à cette heure, dit-elle, que vous ne me trompez pas, et que vous êtes bien un Nozière. Seriez-vous point le fils ; Jean, le docteur, de Paris? J'ai connu son oncle, le fars’ René. Il voyait, lui aussi, une femme que personne ne voyait. Il faut croire que c’est une punition de Dieu sur toute la famille pour la faute de Claude le chouan, qui perdit son âme.
— Parlez-vous, lui dis-je, de Claude, dont le squelette fut trouvé dans le tronc creux d’un émousse, avec un fusil et un chapelet?
— Mon jeune monsieur, le chapelet ne lui servit de rien. Il s’était damné pour une femme.
La vieille ne m’en dit pas davantage. Je pus à
j | appuie fdoain, les œufs, le lard et le cidre qu’elle me servit Mes yeux se tournaient sans cesse fete dn le mur où j'avais vu l'ombre, 4jOh! je l'avais bien vue! Elle était fine et plus nétte que n’aurait dû l'être 5 une ombre DAS Ne no par la clarté tremblante de l’âtre et Lhamme fumeuse d’une chandelle. Le lendemain je visitai la maison déserte où vécurent en leur temps Claude MNT OR parcourus le pays, j'interrogeai le curé; mais je n’appris rien qui -1o pût me faire connaître la jeune fille dont javais vu l’ombre.
È Aujourd’hui encore, jé ne sais s’il faut en croire la vieille cabaretière. Je ne sais si quelque fantôme visitait, dans l’âpre Solitude du Bocage, les paysans 15 dont je sors,,et si l'Ombre héréditaire, qui hañ mes aieux axoyçhes et mystiques, ne s’est pas montrée kd avec une grâce nouvelle à leur enfant rêveur. : Ai-je vu dans l’auberge de Saint-Jean le démon familier des Nozière, où plutôt ne me fut-il pas anzo nonté, dans cette nuit d’hiver, que ma part des choses de ce monde serait la meilleure, et que l’indulgente nature m'avait accordé le plus cher de ses dons, le don des rêves? 44 " FINYS,