‹ Le Livre De Mon AmiChapitre 27 sur 69 · X11 L'OMBRE · texte numérisé non relu

X11 L'OMBRE

Il in’arriva, dans ma vingtième année, une aventure

extraordinaire. Mon père m’ayant envoyé dans le bas.

Maine pour régler une affaire de famille, je partis un après-midi de la jolie petite ville d’Ernée pour aller,

à sept lieues de là, visiter, dans la pauvre paroisse de

Saint-Jean, la maison, maintenant déserte, qui a vita pendant plus de deux cents ans ma famille paternelle. On entrait en décembre. Il neigeait depuis le matin. La route, qui cheminait entre des häïe$” vives. ‘était défoncée en beaucoup d’endroits, et nous avions grand peine, mon cheval et moi, à éviter les fondrièrés. Mais, à cinq ou six kilomètres de Saint-Jean, je la trouvai moins mauvaise, et, malgré un vent furieux qui se leva et la neige qui me cinglait le visage, je pris le galop. Les arbres qui bordaient la route fuyaient à mes côtés comme des ombres difformes et douloureuses dans la nuit. Ils étaient horribles, ces arbres noirs, la tête coupée, couverts de tumeurs et de plaies, les bras tordus. On les nomme dans le bas Maine des émousses. Ils me faisaient une sorte de peur, à cause de ce qu’un vicaire de Saint-Marcel d’Ernée m'avait conté la veille. Un de ces arbres, m'avait dit le vicaire, un de ces vieux mutilés du Bocage, un châtaignier étêté depuis plus de deux cents ans et creux comme une tour, fut fendu du haut en bas par la

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foudre, le 24 février 1849. Alors, à travers la fente, on vit dedans un squelette d’homme qui se tenait tout debout, ayant à son côté un fusil et un chapeiet, Sur une montre trouvée aux pieds de cet homme, on lut le nom de Claude Nozière. Ce Claude, grand oncle de mon père, fut en son vivant contrebandieret brigand. En 1704, il prit part à la chouanngrié, ‘dans la bande de Treton, dit Jambe-d’Argent. Blessé grièvement, poursuivi, traqué par les bleus, il alla se cacher et mourir dans le creux de cet émousse. Ni amis ni ennemis ne surent ce qu’il était devenu; et c’est un demi-siècle après sa mort que le vieux chouan fut exhumé par un coup de tonnerre,

Je songeais à lui, en voyant fuir les émousses des deux côtés du chemin, et j’allongeais l’allure de mon cheval. Il était nuit noire, quand j’arrivai à Sainta 14 CHE Dh," diqnt ni ut

.:.Féntrai ss l'étbeféé “ont l’enséigne faisait grincer tristement sa chaîne au vent, dans l’ombre.. Et, après avoir conduit moi-même mon cheval à l'écurie, j'entrai dans la salle basse et me jetai dans un vieux fauteuil à oreilles, au coin de la cheminée. Tandis que je. me réchauffais ainsi, je-pus voir, à la. clarté de la flamme, le visage de mon hôtesse. C'était celui d'une-herrible vieille, :: Sur .sa face; déjà couverte d’un peu de terre, on ne voyait qu’un nez rongé et des yeux morts: dans des ‘paupières ‘sanglantes::. Elle :m’examinait avec défiance, comme un étranger. C’est pourquoi je lui dis, pour la rassurer, mon nom qu’elle. dexait bien. connaître. .-Ellé: répondit, : en.secouant la cere, qu’il n’y avait se de Nozière. Poyrtant, . elle

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