‹ Le Livre De Mon AmiChapitre 6 sur 69 · LES MONSTRES · texte numérisé non relu

LES MONSTRES

Les personnes qui m'ont dit ne se rien rappeler des premières années de leur enfance, m’ont beaucoup sur-

pris. Pour moi, j'ai gardé de vifs souvenirs du temps ,

où j'étais un très petit enfant. Ce sont, il est vrai, .des images jsolées,: mais qui, par cela même, ne se arr avec plus d’éclat sur un fond obscur et mystérieux. Bien que je sois eñcore assez éloigné de la. vieillesse, ces souvenirs, que j'aime, me semblent venir d’un passé infiniment profond. Je me figure qu’alors le monde était dans sa magnifique nouveauté et tout revêtu de fraîches couleurs. Si j'étais un sauvage, je croirais le monde aussi jeune ou, si vous voulez, aussi vieux que moi. Mais j'ai le malheur de n'être point un sauvage. J'ai lu beaucoup de livres sur l'antiquité de la terre et l’origine des espèces, et je mesure avec mélancolie la courte durée des individus à la longue durée des races. Je sais donc qu’il n’y a pas très longtemps que j'avais mon lit à galerie dans une grande chambre d’un vieil hôtel fort déchu,

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