CHAPITRE V
4 Après cette paix continue de trois ans ^ le roi Mosiah Toulat savoir ce qu'était devenu le peuple qui était allé habiter le pays de Léhi-Néphi, ou la ville de Léhi-Néphi, car on n'en connaissait aucune nouvelle depuis leur départ du pays de Zarahemia ; et le peuple, par ses importunités, tourmentait le roi Mosiah pour cela.
2 11 permit donc que seize hommes des plus vaillants partissent pour la terre de Léhi-Néphi, en vue de s'enquérir de leurs frères. Ils partirent le lendemain, ayant à leur tète un nommé Ammon, homme fort et puissant, descendant de Zarahemia. Ne sachant quelle route ils avaient à prendre pour gagner le pays de Léhi-Néphi , ils errèrent quarante jours dans le désert : Après quoi, ils arrivèrent à une colline, au nord du pays de âhilom , où ils campèrent. Alors Ammon prit avec lui trois de ses frères, Afïialecki, Hélem et Hem, et Os descendirent à la terre de Néphi, où ils rencontrèrent le roi des peuples de Néphi et de Shilom. Ils furent entourés par les gardes du roi; on se saisit d'eux, on les lia, et ils furent jetés en prison. Au bout de deux Jours, ils furent amenés devant le roi, qui fit rompre leurs chaînes. Us se tinrent devant le roi, et il leur fut permis, ou plutôt il leur lut commandé de répondre aux questions qui leur seraient foites. Et le roi leur dit : Je suis Limhi, fils de Noah, qui était le fils de Zéniff, qui quitta le pays de Zarahemia pour hériter de ce pays, la terre de leurs i)ères, et qui fut choisi roi par son peuple. Or, je veux savoir comment vous avez été assez téméraires pour venir près des murailles de cette ville, quand, moi-même, j'étaisen dehors de la porte avec mes gardes P Et si j'ai permis qu'on vous épargnât, c'est afin de vous interroger, autrement je vous aurais fait mettre à mort par mes gardes. Maintenant, vous pouvez parler.
3 Et quand Ammon vit qu'il lui était permis de parler, il s'avança, s'inclina devant le roi, et se relevant, il dit : 0 roi, je suis très reconnaissant envers Dieu d'avoir aujourd'hui la vie sauve, et qu'il me soit permis de parler. Je tâcherai donc de parler sans crainte, car je suis persuadé que , si j'eusse été connu de vous, vous ne m'auriez point garrotté de ces liens. Je suis Ammon, descendant de Zarahemia; et j'arrive du pays de Zarahemia pour m'enquérir de nos frères qui en forent emmenés par Zéniff.
4 Quand Limhi eut entendu ces paroles d'Ammon , il fut rempli d'une joie extrême , et dit : Me voilà donc assuré de
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rcxistence de mes frères du pays de Zarahemla. Je m'en réjouis en ce moment, et mon peuple demain s'en réjouira aussi. Car voici, nous sommes sous la domination des Lamanites, chargés d'impôts lourds à porter. Et maintenant, nos frères nous délivreront de cette servitude, et des mains des Lamanites ; et nous serons les esclaves de nos frères, car il vaut mieux obéir aux Néphites que de payer tribut au roi des Lamanites.
0 Et le roi Limhi ordonna à ses gardes de ne plus garrotter Ammon et ses frères, et d'aller à la colline qui est au nord de Sbilom, et d'amener leurs frères à la ville, afin qu'ils pussent manger, boire, et se reposer de leur voyage, car ils avaient beaucoup souffert de la faim, de la soif et de leurs fatigues.
6 Et le lendemain il convoqua son peuple au temple, pour lui communiquer ce quïl avait à lui dire. Et quand le peuple fut rassemblé, il lui parla en ces termes : 0 vous, mon peuple, élevez vos cœurs et soyez consolés^ car le temps est proche où nous ne serons plus assujettis à no$ ennemis, malgré nos luttes fréquentes, qui toujours ont été vaines. J'ai toutefois Tespérance qu'il reste un dernier effort à faire, et (jui sera efficace. Elevez donc vos cœurs, soyez remplis de joie, et mettez votre confiance en Dieu; en ce Dieu qui est le Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob , qui a tiré les enfants d'Israël de la terre d'Egypte, qui leur a fait traverser à pied sec la mer Rouge , qui les a nourris de manne pour qu'ils ne périssent point dans le désert, et qui a fait tant de choses pour eux. De plus, ce même Dieu a' retiré nos pères de Jérusalem ; il a jusqu'à ce jour conservé son peuple. Et si nous sommes asservis, c'est à cause de nos iniquités et de nos abominations. Vous êtes les témoins en ce jour, que Zéniff, qui fut roi de ce peuple, par trop de zèle pour posséder la terre de ses pères, fut trompé par l'astuce du roi Laman, qui, en traitant avec le roi Zénift pour le mettre en possession d'une partie du pays , de la ville de Léhi-Néphi et de celle de Shilom, ainsi que des terres eavironnantes, ne l'a fait que pour réduire ce peuple en servitude. Nous payons^ en ce moment, pour tribut au roi des Lamanites, ta moitié de notre maïs, de notre orge, et même de nos grains de toute espèce, la moitié de l'accroissement de nos troupeaux et de tous nos animaux, et même la moitié de tout ce que nous possédons : le roi des Lamanites exige cela de nous, soUs peine de mort. Or, n'est-ce pas onéreux.^ N'est-ce pas, pour nous, une grande affliction P Et n'avonsnous pas de puissants motifs de nous en lamenter P Oui, je vous dis que nous avons de grands si^ets de deuil, car.
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combien de nos frères n'ont-ils pas été tués! leur sang a cûuJé en vain ; et tout cela pour nos iniquités. Car si ce peuple n'eût point transgressé , le Seigneur n'aurait point permis que tant de maux tondissent sur lui. Mais il n'a pas voulu écouter les paroles de Dieu ; des contentions se sont élevées, et le sang a coulé. N'a-t-il pas mis à mort un prophète du Seigneur, un homme envoyé de Dieu, qui lui reprochait ses iniquités et ses abominations, qui prophétisait des choses à venir, celle même de l'avènement du Christ ? Et parce qu'il disait que le Christ est Dieu, le père de toutes choses; et parce qu'il disait qu'il prendrait l'image de l'homme, et que ce serait l'image de l'homme tel qail fut
revêtirait de chair et de sang, qu'il viendrait sur la terre, et parce qu'il a dit tout cela, ce peuple l'a mis à mort, et il a fait beaucoup d'autres choses qui attirèrent la colère de Dieu sur lui. Qui s'étonnerait après cela de le voir dans la servitude^ et de le voir frappé par de si dures afflictions ? Car le Seigneur l'a dit : Je ne donnerai point assistance à mon peuple au jour de sa transgression, mais je placerai une haie sur sa voie pour l'empêcher de prospérer ; et ses actions lui seront autant de pierres d'achoppement. Et il a dit encore : Si mon peuple sème l'iniquité, il en recueillera le fruit dans Id tempête ; et les effets en sont venimeux. 11 a dit encore: Si mon peuple sème l'iniquité, il recueillera le vent d'est qui amène subitement la destruction. Et maintenant, la promesse du Seigneur est accomplie : vous voilà abattus et dans l'affliction. Mais si vous retournez au Seigneur de tout votre cœur, si vous mettez votre appui en lui, si vous le servez avec toute la diligence de votre esprit : si vous feiles cela, il vous délivrera de l'esclavage, à sa volonté et selon son bon plaisir.
7 Et après (pie le roi Limhi eut achevé de parler à son peuple (il lui avait dit beaucoup d'autres choses dont nous ne transcrivons que fort peu en ce livre), il l'instruisit de tout ce qui concernait ses frères du pays de Zarahemla. Il montra Âmmon à la multitude, et il lui fit raconter tout ce qui était arrivé à leurs trères , depuis le temps où Zénilf avait quitté le pays , jusqu'à l'époque où lui-même en était sorti. Et il leur rapporta également les derniers enseignements du roi Benjamin ; et il les expliijua au peuple du roi Limhi, pour qu'il put les comprendre. Et après qu il eut fini, le roi Limhi congédia la multitude , qui retourna chacun à sa propre demeure.
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8 Et il fit apporter les plaques devant Ammon pour qu'il les lût. Elles contenaient les annales de son peuple depuis qu'il avait quitté le pays de Zarahemla. Et dès qu'Ammon en eut pris connaissance, le roi lui demanda s'il savait interpréter les langues. Et Ammon répondit qu'il ne le pouvait. Alors le roi lui dit : Affligé des calamités de mon peuple, j'ai envoyé quarante-trois de mes hommes dans le désert, en vue de trouver le pays de Zarahemla, etde prier nosfrères de nous délivrer de l'esclavage. Ils s'égarèrent et furent longtemps errants dans le désert. Et bien qu'ils fussent diligents, ils ne purent trouver le pays de Zarahemla. Ils s'en revinrent donc ici après avoir traversé un pays où il y avait bien des eaux. Et là ils découvrirent une terre couverte d'ossements d'honunes et d'animaux, et de bâtiments en ruines de toute espèce. Il avait dû être habité par un peuple aussi nombreux que le furent les armées d'Israël. Et comme témoignage de la vérité de ce qu'ils disaient, ils rapportèrent vingt-quatre plaques en or pur, couvertes de caractères gravés. Us rapportèrent aussi des cuirasses très larges, en airain, en cuivre, bien conservées ; des épées dépourvues de leurs poignées, dont la lame était rongée par la rouille ; et il n'est personne parmi nous, qui puisse interpréter les caractères de ces plaques. C'est pour cela que je t'ai demandé si tu savais traduire. Et je te demande maintenant si tu connais quelqu'un qui puisse interpréter. Car j'ai grande envie de voir ces annales traduites dans notre propre langue ; et peut-être nous feront-elles connaître s'il existe un reste de ce peuple qui a été détruit, et d'où proviennent c«s annales; ou peut-être nous feront-elles connaître quel est ce peuple qui a été détruit; et je désire savoir la cause de sa destruction.
9 Alors Ammon lui répondit : 0 roi, je puis sans doute vous indiquer un homme qui interprétera ces annales, car il possède l'instrument à l'aide duquel il peut regarder et traduire toutes les annales des temps anciens : c'est un don qu'il a reçu de Dieu. Cet instrument s'appelle interprètes ; et nul n'en peut faire usage à moins qu'il ne le lui soit commandé, de peur qu'en scrutant ce qu'il ne faut pas, il ne périsse. Et celui à qui il est commandé de s'en servir, on l'appelle voyant. Or, l'homme à qui il est ordonné de faire ces choses, et qui tient de Dieu ce don puissant, c'est le roi du pays de Zarahemla. Et le roi dit qu'un voyant est plus grand quun prophète. Et Ammon observa qu'un voyant est à la fois un révélateur et un prophète; et nul homme ne peut posséder un don plus grand à moins d'avoir la puissance de Dieu: ce qui est impossible, bien qu'il soit donné à l'homme
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ûe recevoir de Dieu de très grands pouvoirs. Mais un voyant peut connaître le passé et l'avenir ; et par les interprètes toutes choses lui sont révélées, ou pour mieux dire, les choses secrètes lui sont manifestées, et les choses cacnées seront mises au jour et les choses inconnues lui seront dévoilées par cet instrument, sans lequel elles ne pourraient l'être. Ainsi, Dieu a pourvu l'homme des moyens d'opérer de paissants miracles par la foi^ et par là, en fait un bienfaiteur à ses semblables.
10 Et quand Ammon eut cessé de parler, le roi ressentit une joie extrême et rendit grâces à Dieu, disant: Il y a sans doute un important mystère caché dans ces plaques ; et ces interprètes ont été certainement préparés pour dévoiler de teUes choses aux enfants des hommes. Ohl qu'elles sont merveillejases les œuvres du Seigneur I et que sa patience envers son peuple est grande I Et combien est aveugle et ténébreuse la compréhension des enfants des hommes, car ils ne veulent pas rechercher la sagesse, et ne désirent pas être gouvernés par elle. Oui, ils ressemblent à un troupeau effaré, qui s'éloigne du berger, se disperse, est poursuivi et dévoré par les bêtes des forets.