CHAPITRE IX
{ Abinadi n'eut pas plutôt cessé de parler, que le roi ordonna aux prêtres de le conduire au supplice. Mais au milieu d'eux se trouvait Aima, qui descendait aussi de Néphi. 11 était jeune, et il crut aux naroles d'Âbinadi, car il connaissait l'iniquité dont Abinadi venait de porter témoignage contre eux. C'est pourquoi il commença à intercéder auprès du roi afin d'apaiser sa colère contre Abinadi^ et d'obtenir qu'il le laissât aller en toute sûreté. Mais le roi n'en devint que plus irrité, il chassa Aima et il envoya ses serviteurs pour le taire mourir. Mais il prit la fuite, et se cacha de manière à n'être point découvert. Et c'est pendant qu'il était caché , qu'il écrivit les paroles qu'il avait entendues de la bouche d' Abinadi.
% Alors le roi fit entourer Abinadi par ses ^rdes, qui le prirent, le garrottèrent et le jetèrent en prison. Et trois jours après, ayant pris conseil de ses prêtres, il le fit ramener en sa présence, et lui dit : Abinadi^ nous avons trouvé qu'il y avait lieu à t'accuser, et tu mérites la mort : car tu as dit que Dieu, lui-même, descendrait au milieu des enfants des hommes; et pour cela tu seras mis à mort, à moins que tu ne rétractes toutes les méchantes paroles que tu as prononcées contre moi et mon peuple.
3 Et Abinadi lui répondit : Je ne rétracterai rien aux paroles que j'ai annoncées sur ce peuple, car elles sont vraies; et c'est pour que vous sachiez qu'elles sont vraies, que je me suis livré entre vos mains. Je souffrirai, jusqu'à la mort, s'il le laut; mais je ne rétracterai point mes paroles, et elles resteront comme un témoignage contre vous. Et si vous me tuez, vous verserez du sang innocent, et cela restera comme un témoignage contre vous, au jour final.
4 Et le roi Noah était sur le point de le délivrer, car il craignait sa parole, et il craignait que les jugements de Dieu ne vinssent sur lui. Mais les prêtres élevèrent leurs voix contre lui, et l'accusèrent, disant : H a outragé le roi. Alors le roi, courroucé contre lui, le livra pour être mis à mort.
5 Et on se saisit de lui, et on lui fit subir le supplice du feu, même jusqu'à la mort. Et comme les flammes commençaient à le brûler, il leur cria : Ecoutez; ce que vous me faites endurer, votre postérité en fera souffrir autant à un nombre consiaérable d'autres, même jusqu'à les faire périr par le feu , parce qu'ils auront cru au salut du Seigneur, leur Dieu; et à cause de vos iniquités, vous serez afQigés de
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toutes sortes de maladies. Et de tous les côtés vous serez frappés , vous serez chassés , dispersés çà et là. comme un troupeau effaré lorsqu'il est poursuivi par les bêtes fauves^ Et au jour où vous serez chassés, vous serez pris par vos ennemis, et ils vous feront souffrir ce que je souffre, la mort parle feu. Ainsi Dieu exerce ses vengeances sur ceux qui détruisent son peuple. 0 Dieu, reçois mon âme. — Et après ces mots, Abinadi tomba mort dans les flammes ; oui, il mourut pour n'avoir point voulu nier les commandements de DieUj scellant ainsi la vérité de ses paroles par sa mort.
6 Et il arriva qu'Aima , qui s'était enfui des mains des serviteurs du roi Noah, se repentit de ses péchés et de ses iniquités ; il allait secrètement parmi le peuple , enseignant les paroles d'Abinadi touchant l'avenir, touchant la résurrection des morts , et la rédemption des hommes qui doit s'accomplir par le pouvoir, les souffrances et la mort du Christ, sa résurrection et son ascension au ciel. Et U ensei gnait tous ceux oui voulaient écouter ses paroles. Et il le faisait en secret dans la crainte que la nouvelle n'en vint à la connaissance du roi. Et beaucoup crurent à ses paroles. Et tous ceux qui y croyaient, se réunissaient en un endroit appelé Mormon, du nom du roi, situé aux confins du pays,
Parfois et par saison infesté de bétes sauvages. U y avait à [ormon une fontaine d'eau vive et pure, auprès de laquelle Aima se réfugiait. Et près de l'eau était un bosquet où, pendant le jour, il se tenait caché pour se dérober aux poursuites du roi. Et ceux qui avaient cru venaient l'y trouver pour écouter ses paroles. Et il arriva qu'après plusieurs jours il y eut un nombre considérable d'hommes qui s'étaient rassemblés à Mormon. Oui, tous ceux qui croyaient aux paroles d'Alma s'étaient rassemblés pour Tentendre. Et il les enseignait , leur préchant le repentir, la rédemption , et la , foi dans le Seigneur.
7 Et il leur dit : Voici les eaux de Mormon (car elles étaient ainsi nommées), et puisque vous désirez entrer dans la berprie de Dieu, d'être appelés son peuple, et que vous êtes disposés à porter les fardeaux les uns aes autres, pour qu'ils vous soient légers, que vous êtes prêts à pleurer avec ceux qui pleurent, à consoler ceux qui ont besoin de consolation, et à être les témoins de Dieu, en tout temps, en toutes choses et en tous lieux où vous serez, même jusqu'à la mort, afin d'être rachetés de Dieu, et de pouvoir être comptés au nombre de ceux de la première résurrection , pour avoir la vie éternelle : or, je vous dis que si c'est là le aésir de votre cœur, qui pourrait vous empêcher d'être baptisés ao nom du Seigneur, en témoignage que vous avez fait
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alliance avec lui, pour le servir et garder ses comraanderaents ? Et il versera plus abondamment son esprit sur vous.
Siuand le peuple eut entendu ces paroles, il battait ses mains e joie, et s'écriait : C'est là le désir de nos coeurs:
8 Alors, Aima prit Hélam, 1 un des premiers. Ils entrèrent ensemble dans Teau, s'y tinrent debout, et, implorant le Seigneur, Aima dit : Yerse ton Esprit sur ton serviteur, afin qu'il fasse cette œuvre avec sainteté de cœur. Et après avoir prononcé ces mots , l'Esprit du Seigneur descendit sur lui, et il dit : Hélam! par l'autorité que je tiens du Dieu toutpuissant, je te baptise en témoignage que tu fais alliance avec le seigneur, pour le servir jusqu'à la mort du corps mortel, afin que l'Esprit de Dieu se répande sur toi, et qtfil t'accorde la vie éternelle par la rédemption du Christ, qu'il a préparée dès le commencement du monde. Après quoi, tous les deux. Aima et Hélam furent ensevelis dans l'eau; puis , ils se relevèrent , et sortirent de l'eau pleins d'allégresse, étant remplis de l'Esprit. Et Aima en prit un autre, et entra une seconde fois dans l'eau, et le baptisa de la même manière qu'U avait fait pour le premier; seulement, il ne s'ensevelit pas lui-même dans l'eau. Et il baptisa ainsi tous ceux qui étaient venus à Mormon , et ils étaient deux cent quatre personnes ; et ils furent baptisés dans les eaux de Mormon , et remplis de la grâce du Seigneur. Et désormais ils furent appelés l'Eglise de Dieu ou l'Eglise du Christ. Et quiconque était baptisé par le pouvoir et l'autorité de Dieu, devenait membre de son Eglise.
9 Et Aima, en ayant reçu l'autorité de Dieu, ordonna des prêtres, un prêtre par cinquante membres, pour leur prêcher et leur enseigner les choses du royaume de Dieu. Et il leur commanda de ne rien enseigner au delà de ce qu'il leur avait enseigné , et de ce qui avait été annoncé par les saints prophètes. Il leur commanda de ne prêcher rien autre que le repentir et la foi au Seigneur, qui avait racheté son peuple. 11 leur commanda d'éviter les contentions entre eux, mais de rester dans l'attente, en simplicité de pensées, avec une même foi, un même baptême , et d'avoir leurs cœurs liés ensemble en unité et en amour, les uns pour les autres. Et c'est de la sorte qu'il leur ordonnait de prêcher. Et c'est ainsi qu'ils devinrent les enfants de Dieu. Il leur commanda d'observer le jour du sabbat, de le tenir saint, et de rendre chaque jour des actions de grâces à Dieu.
10 11 leur ordonna aussi que les prêtres, qu'il avait consacrés, travaillassent de leurs propres mains pour le maintien de leur vie; et un jour de la semaine fut destiné à se
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réunir, pour enseigner le peuple, pour adorer le Seigneur leur Dieu, et de se réunir pour cela aussi souvent qu"ils le pourraient. Les prêtres ne devaient point dépendre du peuple pour leur entretien ; mais pour fruit de leur travail, ils devaient recevoir la grâce de Dieu, pour qu'ils fussent fortifiés par TEsprit, et qu'ayant la connaissance du Seigneur, ils pussent enseigner par sa puissance et son autorité. Aima ordonna aux membres de l'Eglise de donner de leurs biens, chacun selon la mesure de ses moyens : ceux qui avaient abondamment de donner de leur abondance, ceux gui avaient peu selon leurs facultés. Bt il ordonna de secourir ceux qui n'avaient rien. Et ils devaient ainsi disposer de leurs biens, en pleine liberté , selon leur volonté et en vue de plaire à Dieu, tant en faveur des prêtres qui étaient dans le besoin, qu'en faveur de toute personne nécessiteuse et dépourvue. ti il leur disait tout ceci d'après le commandement de Dieu. Et on les voyait marchant en droiture devant Dieu, se donnant les uns aux autres , tant les biens temporels que les biens spirituels, selon la nécessité et leurs besoins.
4 4 Et tout ceci se passait à Mormon, dans la forêt, auprès des eaux de Mormon. Oui, la place de Mormon, les eaux de Mormon, et la forêt de Mormon, combien elles sont belles aux yeux de ceux qui y sont venus à la connaissance de leur Rédempteur ; et combien ils sont bénis , car ils chanteront ses louanges à tout jamais. Et ces choses se pas^ salent aux limites du pays pour qu'elles ne vinssent point à la connaissance du roi. Mais le roi, ayant su qu'il régnait quelque mouvement parmi le peuple, envoya ses serviteurs pour le surveiller. Et le jour où ils devaient se réunir pour entendre la parole du ^igneur, ils furent découverts. Et alors le roi prétendit qu'Aima cherchait à exciter une révolte contre lui ; c'est pourquoi il envoya une armée pour les détruire. Avertis de l'approche de l'armée. Aima et le peuple du Seigneur prirent leurs tentes et leurs familles, et partirent pour le désert au nombre de près de quatre cent cinquante personnes.
42 Et l'armée du roi s'en retourna, après avoir vainement cherché le peuple du Seigneur. Et voici, une sédition éclata parmi le restant du peuple, alors que les armées du roi étaient peu nombreuses, pour avoir été réduites. Et la partie la moins nombreuse se mit à proférer des menaces contre le roi, et il s'éleva de grandes contestations parmi tout le peuple. Dans ce nombre se trouvait un ennemi du roi, un homme fort, du nom de Gidéon. 11 tira son épée en jurant, dans sa colère, qu'il tuerait le roi. H alla donc combattre le roi, qui, se voyant près d'être vaincu, prit la fuite;
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et il monta sur la tour^ qui était auprès du temple. Gidéon le poursuivit, et il était sur le point de l'atteindre pour le tuer, quand le roi, jetant ses regards à l'en tour, du côté du pays de Shemion, aperçut l'armée des Lamanites qui avait franchi les limites du pays. Alors, il s'écria dans l'angoisse de son àme, disant : Gidéon, épargne-moi, car voici les Lamanites, et ils vont fondre sur mon peuple. Et, dans ce moment, le roi songeait moins à son peuple qu'à conserver sa vie, néanmoins Gidéon la lui tint sauve.
4 3 Alors, le roi ordonna à son peuple de fuir les Lamanites, et lui-même marchait devant, et ils se sauvèrent dans le désert avec leurs femmes et leurs enfants. Mais les Lamanites les poursuivirent, et les ayant atteints, ils commencèrent à les massacrer. Ce que voyant, le roi ordonna aux hommes d'abandonner leurs femmes et leurs enfants pour se sauver des mains des Lamanites. Et un grand nombre ne voulurent point s'en séparer, préférant rester et mourir avec eux. Les autres laissèrent leurs femmes et leurs enfants, et prirent la fuite.
14 Quant à ceux qui étaient restés avec leurs femmes et leurs enfants, ils ûrent avancer leurs jeunes et belles filles, en priant les Lamanites de leur épargner la vie. Et les lamanites en eurent pitié, car ils étaient charmés de la beauté de ces filles ; c'est donc à cause d'elles, qu'ils leur épargnèrent la vie. Mais ils 4es firent captifs et les ramenèrent au pays de Néphi, leur en laissant la possession, sous la condition de leur livrer le roi Noah, et de donner la moitié de leurs biens, même la moitié de tout ce qu'ils possédaient, la moitié de leur or, de leur argent, de leurs choses précieuses ; et c'est là le tribut (|u'ils devaient payer, tous les ans, au roi des Lamanites. Et il y avait parmi ceux qui avaient été faits captifs, un des fils du roi, nommé Limhi. Il souhaitait fort que son père ne fût point tué, bien qu'il n'ignorât pas les iniquités de son père, car c'était un honune juste.
4 5 Gidéon envoya secrètement dans le désert des hommes à la recherche du roi et de ceux qui l'avaient suivi. H arriva qu'ils rencontrèrent tout le peuple dans le désert, excepté le roi et ses prêtres. Ils avaient tous juré dans leurs cœurs qu'ils retourneraient au pays de Néphi; et que si leurs femmes et leurs enfants avaient été tués, ils s'en vengeraient ou périraient. Mais le roi leur ordonna de ne point retourner, ce qui les rendit furieux contre lui, jusqu'au
1)oint de lui faire subir la mort par le feu. Et ils étaient sur e point de s'emparer également des prêtres pour les mettro à mort, mais ceux-ci se sauvèrent.
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46 Ils retournaient donc au pays de Néphi, lorsqulls rencontrèrent les hommes de Gidéon, qui leur firent part de ce qui était arrivé à leurs femmes et à leurs enfants , et leur apprirent que les Lamanites leur avaient accordé la possession du pays moyennant un tribut à payer, qui était la moitié de leurs biens. Et ceux-ci dirent aux hommes de Gidéon qu'ils avaient tué le roi, et que ses prêtres s'étaient enfuis oans le désert. Après cet entretien, ils allèrent au pays de Néphi, se réjouissant de ce que leurs femmes et leurs enfants n'étaient pas tués; ils racontèrent à Gidéon ce qu'ils avaient fait au roi.
47 Le roi des Lamanites leur jura par serment que son peuple ne les tuerait pas. Et Limhi, le fils du roi, à qui la royauté avait été conférée par le peuple, jura au roi des Lamanites que son peuple lui payerait tribut de la moitié de tout ce qu'il possédait.
48 Limhi commençait à affermir son royaume, et à rétablir la paix parmi son peuple. Et le roi des Lamanites avait placé des gardes tout à l'entour du pays pour contraindre le peuple de Limhi à y demeurer, et pour l'empêcher de se retirer dans le désert. Il payait ses gardes avec le tribut qu'il recevait des Néphites. Et le peuple de Limhi jouit deux ans d'une paix sans troubles, pendant lesquels les Lamanites ne les molestèrent point , ni ne cherchèrent à les attaquer.
4 9 Or, il y avait à Shemlon un endroit où se rassemblaient les filles des Lamanites pour chanter, danser et se réjouir. n arriva qu'un jour elles se réunirent en petit nombre pour se livrer à leurs amusements. Et les prêtres du roi Noah, honteux de retourner à la ville de Néphi, et craignant d'être tués par le peuple , n'osaient plus revenir auprès de leurs femmes et de leurs enfants. Forcés de rester dans le désert, il arriva qu'ayant découvert les filles des Lamanites, ils se cachèrent et les guettèrent ; et quand elles ne furent plus qu'en très petit nombre, ils sortirent de leur embuscade, se saisirent d'elles et les emmenèrent au désert au nombre de vingt-quatre.
20 Et quand les Lamanites reconnurent que leurs filles manquaient, ils furent très irrités contre le peuple de Limhi, car ils s'imaginaient que ceux-ci étaient les coupables. C'est pourquoi ils envoyèrent leurs armées, le roi lui-même à leur tête, et ils marchèrent contre le pays de Néphi, pour exterminer le peuple de Limhi. Limhi découvrit du haut de la tour tous leurs préparatifs de guerre. 11 rassembla tout son peuple, et fit tendre des embûches dans les champs et dans les forêts. Et quand les Lamanites arrivèrent, le peuple
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de Limhi* sortit de ses embuscades, fondit sur eux et commença le carnage.
21 Et la bataille devint furieuse, car ils se battaient comme des lions pour leur proie. Enfin, il advint que le peuple de Limhi commença à culbuter les Lamanites , bien qu'ils ne fussent cas moitié aussi nombreux que ceux-ci. Mais ils combattaient pour leur vie, pour leurs femmes et leurs enfants, aussi déployèrent-ils toutes leurs forces, et luttèrent comme des dragons.
22 Le roi des Lamanites fut trouvé mêlé avec les morts; la fuite de son peuple avait été si rapide qu'ils l'avaient laissé, couvert de blessures, étendu sur la terre. Us le prirent, le pansèrent, et le menèrent au roi Limhi , disant : Voici le roi des Lamanites. Il était blessé et abandonné parmi leurs morts ; nous vous l'avons amené , tuons-le. Et Limhi leur répondit : Ne le tuez gas, mais amenez-le ici, que je le voie. Quand il fut en sa présence , Limhi lui dit : Quel motif vous a donc porté à faire la guerre à mon peuple P II n'a pas rompu le serment que je vous ai fait, pourquoi donc avez-vous rompu celui que vous nous avez fait? Alors, le roi répondit : J'ai rompu mon serment, parce que votre peuple s'est emparé des filles de mon peuple ; et , dans ma colère , je l'ai entraîné à vous faire la guerre. Mais Limhi n'avait point entendu parler de cette affaire, c'est pourquoi il dit : Je m'enquerrai parmi mon peuple , et les coupables périront. En effet, il fit faire des recherches. Quand Gidéon, capitaine du roi, eut entendu ces paroles, il s'avança près du roi et lui dit : Abstenez-vous de toutes recherches parmi ce peuple, et ne l'accusez point. Ne vous souvenez-vous pas des prêtres de votre père, que ce peuple voulait tuer. Ils sont dans le désert; et ce sont eux qui ont enlevé les filles des Lamanites. Dites-le au roi , afin qu'il en fasse le rapport à son peuple , et qu'il ne soit plus irrité contre nous , car ils se préparent déjà à revenir sur nous, et nous ne sommes que fort peu nombreux. Us s'avancent déjà avec leurs fortes armées, et si le roi n'apaise leur colère contre nous , nous périrons. Car les paroles qu'Abinadi a prophétisées contre nous, ne sont-elles pas accomplies P Et tout cela, parce que nous ne voulons pas écouter la parole du Seigneur, et que nous n'abandonnons pas nos iniquités. Or, faisons notre paix avec le roi , et tenons le serment que nous lui avons fait. N'est-H pas préférable de rester en esclavage que de perdre la vie; c'est pourquoi, arrêtons l'effusion de tant de sang. Limhi, alors, raconta au roi ies actions de son père et des prêtres, qui s'étaient enfuis dans le désert, et il leur attribua l'enlèvement des filles lamanites.
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23 Et le roi fit la paix avec ce peuple, et il leui dit : Allons sans armes à la rencontre de mon peuple , et je vous jure avec serment qu'il ne vous tuera point. Ils suivirent donc le roi, et sortirent sans armes à la rencontre des Lamanites. Et les ayant rencontrés , le roi des Lamanites s'inclina devant eux et parla en faveur du peuple de Limhi. Et quand les Lamanites virent ce peuple sans armes, ils en eurent compassion, se réconcilièrent avec eux et retournèrent paisiblement cnez eux avec leur roi.
24 £t Limhi et son peuple revinrent à la ville de Néphi, el de nouveau ils habitèrent en paix le pays. Quelque temps après, les Lamanites recommencèrent à s'irriter contre les Néphites, et à pénétrer chez eux. Mais, à cause du serment feit à Limhi par leur roi, ils n'osaient pas les tuer, mais ils les frappaient au visage, ils leur faisaient sentir leur autorité, et commençaient à charger leurs dos de lourds fardeaux, les menant comme des ânes muets. Et ces choses étaient faites pour que la parole du Seigneur fût accomplie. Les afflictions des Néphites étaient extrêmes ; et nul moyen ne leur restait de se délivrer de leurs oppresseurs, car les Lamanites les enveloppaient de tous côtés.
25 Et le peuple commençait à se plaindre au roi de tant d'afflictions, et il désirait vivement aller se battre contre les Lamanites. Le roi, s'affligeant beaucoup de ces plaintes, leur accorda de faire ce qu'ils voudraient. Us se rassemblèrent donc de nouveau , se couvrirent de leurs armes , et allèrent contre les Lamanites afin de les chasser du pays. Mais les Lamanites les repoussèrent et en tuèrent un grand nombre. Et ce fut un grand deuil et une douloureuse lamentation parmi le peuple de Limhi; la veuve pleurait son mari, le fils et la fille pleuraient leur père, et les frères leurs frères. Or, il y avait un grand nombre de veuves dans le pays, et tout le jour on n'entendait que cris parmi elles, que leur arrachait la crainte qu'elles avaient des Lamanites. 11 arriva donc que ces cris incessants excitèrent à la colère le reste du peuple de Limhi, qui livra une nouvelle bataille, où encore il fut mis en déroute, avec de grandes pertes. Us recommencèrent encore une troisième fois, et subirent le même sort; et ceux qui furent épargnés retournèrent à la ville de Néphi. Et ils s'humilièrent même jusqu'à la poussière ; soumis au joug de l'esclavage, frappés et menés çà et là, à la volonté de leurs ennemis, ils s'humilièrent même jusqu'à la plus profonde humilité, ils imploraient Dieu à grands cris^ tout le jour, pour qu'il voulût bien les délivrer de leurs afflictions. Mais le Seigneur était lent à écouter leurs lamentations, à ^use de leurs iniquités. Toutefois, le Seigneur finit par
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entendre leurs plaintes^ et il amollit le cœur des Lamanites, qui allégèrent leurs fardeaux ; mais le Seigneur ne jugea pas qu'il fût convenable de les délivrer de l'esclavage.
26 La prospérité commença peu à peu à régner dans le pays. Ils recueillirent des grains, et eurent des troupeaux en plus grande abondance, de sorte qu'ils ne souffraient plus de la faim. Dans ce moment il y avait, parmi eux, un plus grand nombre de femmes que d'hommes, c'est pourquoi le roi Limhi ordonna que tout homme donnât de son bien aux veuves et à leurs enfants, afin qu'ils ne périssent pas de la faim. Et cela, à cause du nombre considérable d'hommes qui avaient été tués. Et le peuple de Limhi se tenait réuni en masse, autant qu'il était possible, en vue de pouvoir défendre leurs récoltes et leurs troupeaux; le roi lui-même ne se hasardait pointa sortir des murs de la ville sans prendre ses gardes, de crainte de tomber, à l'improviste, entre les mains des Lamanites. Et il fit surveiller les alentours du pays par son peuple, pour s'emparer des prêtres qui s'étaient enfuis dans le désert ; lesquels, pour avoir enlevé les filles des Lamanites, avaient été la cause de cette grande effusion de sang; ils souhaitaient s'en saisir pour les punir; parce qu'ils venaient la nuit dans le pays de Néphi^ piller leurs grains et voler quantité de leurs choses précieuses ; et ils cherchèrent à les surprendre.
S7 Et il n'y eut plus aucun démêlé entre les Lamanites et le peuple de Limhi, jusqu'au temps où Ammon et ses frères arrivèrent dans le pays, alors que le roi, étant sorti des portes de la ville avec ses gardes, les découvrit. Et supposant qu'ils étaient les prêtres du roi Noah, il les avait pris, les avait garrottés, et fait mettre en prison. Et s'ils eussent été les prêtres du roi Noah, il les eût fait mourir; mais c'étaient ses frères, venus du pays de Zarahemla, et il en fut rempli d'une joie excessive. Déjà, avant l'arrivée d'Anunon, le roi Limhi avait envoyé un petit nombre d'hommes à la recherche du pays de Zarahemla ; mais ils ne purent le trouver, et s'égarèrent dans le désert. Toutefois, ils découvrirent une terre qui avait dû être peuplée ; mais qui avait été entièrement dévastée , o^r elle était couverte d'ossements humains. Supposant que c'était là le pays de Zarahemla, ils revinrent au pays de Néphi, où ils arrivèrent peu avant Ammon. Ils avaient apporté des annales, celles mêmes du peuple dont ils avaient vu les ossements ; elles étaient gravées sur des plaques de métal. Et maintenant, Limhi était de nouveau pénétré de joie en apprenant, de la bouche d'Ammon, que le roi Mosiah possédait un don de Dieu, par lequel il pouvait interpréter ces caractères gravés ; et Ammon
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s'en réjouissait aussi. Ammon et ses frères ne laissaient pas^ cependant, de ressentir une vive douleur de ce qu'un si grand nombre de leurs frères avaient été tués , et aussi de ce que le roi Noah et ses prêtres avaient porté le peuple à commettre de si grands péchés et tant d'iniquités envers Dieu. Ils se lamentaient de la mort d'Abinadi, et du départ d'Alma et de ceux qui l'avaient suivi, et qui, par la vertu et la puissance de Dieu, et la foi aux paroles d'Abinadi, avaient fondé une Eglise de Dieu; ils se lamentaient d'autant plus de leur départ, qu'ils ignoraient où ils s'étaient enfuis. Or, ils auraient voulu les rejoindre, car ils avaient fait eux-mêmes alliance avec Dieu de le servir et d'observer ses commandements. Et depuis l'arrivée d' Ammon, le roi Limhi et beaucoup de son peuple avaient aussi fait alliance avec Dieu de le servir et de garder ses commandements.
son
personne dans le pays qui eût reçu l'administrer. Ammon ne désirait pas faire cette œuvre, ne se jugeant pas un assez digne serviteur de Dieu.* C'est ce qui fit qu'en ce temps-là ils ne purent encore s'établir en Eglise, attendant l'Esprit du Seigneur. Dans leur désir de devenir comme Aima et ses frères , qui avaient fui dans le désert, ils voulaient recevoir le baptême comme gage et témoignage de leur volonté à servir Dieu de tout leur cœur, mais'ils le remettaient à un autre temps ; et la narration de leur baptême sera donnée plus tard. Au moment présent, toute la préoccupation d' Ammon et de son peuple, du roi Limhi et de son peuple, était de se délivrer des mains des Lamanites et de secouer leur joug.
CBAPITRE X.
4 Ammon et le roi Limhi commencèrent à tenir conseil avec le peuple en vue de sortir de l'esclavage. Dans ce but, ils firent même rassembler tout le peuple pour le consulter. Mais ils ne trouvèrent aucun moyen de se délivrer de l'esclavage, si ce n'est de prendre leurs femmes et leurs enfants, leurs troupeaux et leurs tentes, et de partir pour le désert ; car les Lamanites étaient si nombreux qu'ils ne pouvaient espérer de s'en délivrer par l'épée.
2 Alors Gidéon s'avança, se tint devant le roi, et lui dit : O roi, vous avez, jusqu'à présent, écouté à plusieurs reprises
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mes paroles , lorsque nous étions à combattre nos frères les Lamanites. Et maintenant, ô roi, si vous ne m'avez pas trouvé un serviteur inutile, ou si, jusqu'à présent, vous avez accordé quelque confiance en mes paroles, et qu'elles aient pu vous servir, de même souhaité-je, aujoyrd'hui, que vous donniez quelque attention à ce que j'ai à dire, et peut-être serai-je le serviteur qui délivrera ce peuple de l'esclavage. Et le roi lui ayant permis de parler, Gidéon s'exprima ainsi : Vous voyez l'arrière-passa^e à travers l'arrière-muraille , derrière la ville ; les Lamanites , ou leurs gardes , s'y enivrent pendant la nuit. Faisons savoir à tout notre peuple de rassembler leurs troupeaux pour partir la nuit dans le désert. Alors j'irai, si vous m'en donnez l'ordre, et j'acquitterai le dernier tribut de vin aux Lamanites. Ils s'enivreront, et nous passerons à travers la voie secrète, à la gauche de leur camp , pendant qu'ils seront endormis dans l'ivresse ; de la sorte, nous gagnerons le désert avec nos femmes, nos enfants et nos troupeaux; et nous tournerons le pays de Shilom. Le roi goûta l'avis de Gidéon , et il fit rassembler les troupeaux. Puis il envoya le tribut de vin aux Lamanites, et leur en envoya encore plus, comme un cadeau ; et ils burent copieusement le vin que Limhi leur avait envoyé.
3 Et la nuit venue, le peuple du roi Limbi partit pour le désert avec ses troupeaux ; il tourna le pays de S!iilom pour l'éviter, et dirigea ses pas vers la terre de Zaraliemla, conduit par Ammon et ses frères. Ils avaient pris tout ce qu'ils avaient pu emporter, de l'or, de l'argent, leurs choses précieuses, ainsi que des provisions ; et ils poursuivirent leur route dans le désert. Et après avoir marché pendant quelque temps, ils arrivèrent au pays de Zarahemla, se joignirent à ce peuple, et devinrent les sujets du roi Mosiah^ qui les reçut avec joie. Ils lui donnèrent leurs annales, ainsi que celles qu'ils avaient trouvées. Et quand les Lamanites s'aperçurent que le peuple de Limhi avait ([uitté le pays pendant la nuit, ils envoyèrent dans le désert une armée à leur poursuite qui, les ayant poursuivis pendant deux jours , et n'étant plus sur leurs traces, finit par s'égarer dans le désert.