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Il ne serait pas sans intérêt de mettre sous les yeux des lecteurs du livre de raison et des vers d'Honoré du Teil son portrait minutieusement buriné : les grands événements qui se passèrent en Provence pendant sa vie et dont il fut le spectateur attentif, le goût prononcé dont il fit preuve pour la langue française à une époque où elle n'était encore que bien peu répandue dans son pays, ses curieux essais poétiques dont quelques bribes seulement nous sont parvenues, tout pourrait contribuer à rendre attrayante la monographie d'un lettré qui vécut dans la seconde moitié du XVIe siècle, soldat pendant quelques années et jurisconsulte par tradition plutôt que par inclination. Malheureusement les documents qui le concernent sont extrêmement rares et, dans son journal, il ne parle que bien peu de lui-même : il est fâcheux qu'un excès de modestie l'ait empêché de nous donner plus de détails sur sa personne et surtout l'ait détourné de faire imprimer ses sonnets « fort beaux et bien élégants », au dire de la
Croix du Maine. Qu'on me pardonne donc de ne présenter ici qu'une esquisse effacée, dont les lignes, même les plus importantes, sont souvent Incertaines.
Né le 24 janvier 1541 (i), à un moment où la réforme apparaissait en Provence, Honoré du Teil fut élevé à Manosque, dans des idées profondément catholiques ; Mathurin de Tillia, son père, ne se laissa pas entraîner par l'exemple de son proche parent, Antoine Aloat (2), le premier adepte du protestantisme dans cette ville, et demeura si fermement attaché à sa foi qu'il fut choisi pour
(1) Extrait des registres do Saint-Sauveur de Manosque : « Le jour de Notre dame second de février mil cinq cent quarante un, à la nativité de notre Seigneur, a est^ baptisé à Péglise de Saint-Salveur de la présent* Tille de Manoasque par messire Rostan Poignet, prestre et curé d'icelle, noble Honnorat du Teil, fils de égrege maître Maturin du Teil et de noble damoiselle Magdaleine du Tribussis, mariés ; son parrain a esté maître Etienne Verdeti, licencié ès-droits de Forcalquier, et sa marraine noble René Candole, femm» de noble Honnorat Saffalin, co-seigneur de Vachère. » (Suivant une expédition délivrée le 27 octobre 1817.)
(2) Antoine Aloat avait épousé Claudine de Riquetti, fille d'Honoré, coteigneur des Sièyes, et de Philippe Farel, et sœur de Claude, qui prit l'habit religieux à Saint- Victor de Marseille le !•' avril 1531 ; en 1532, a se rendit à Gap, dans l'intention d'acquérir l'office de greffier de la cour épiscopale exercé par l'oncle de sa femme. Gaucher Farel, et, s'il ne donna pas suite à ce projet, c'est qu'il en fut détourné par Jean-Jacques Farel, qui, avec deux de ses frères, Guillaume, le réformateur, et Claude, faisait du prosélytisme en faveur des idées nouvelles. Gaucher Farel, leur aîné, mourut catholique, croyons-nous, laissant d'Anastasie d'Orcières, sa femme, trois fils: 1« Jean- Gabriel, recteur de la chapelle Sainte-Catherine à Gap, décédé avant le 14 août 1546; 2" Gaucher, marié en 1547 avec Louise de Beauvais et père de Jacques, Israël et Jean-Zacharie ; 3" Claude, allié à Françoise de Beauvais. Gaucher Fnrel, 1*' du nom, «îtait fils d'Antoine et petit-fils de noble François, qui, à l'âge de quatre-vingts ans, fut nommé premier consul de Gap en 1506. Sébastien Farel, frère d'Antoine, épousa Honorade de Leydet et fit une branche catholique.
présider la sénéchaussée de Forcalquier en 1563 (D. dans des circonstances particulièrement difficiles ; H/uffit de leter les yeux sur le testament (2) de Madeleine de Tributiis, sa mère, pour être édifié sur les enseignements religieux qu'elle dut donner à son fils : • Et premièrement damoyselle Magdeleine de Tribucys, testatrice, comme bonne chrestiene, a recommande son ame a Dieu le créateur, a la glorieuse Vierge Marie et a tous les Sainctz et Sainctes du Paradis et a esleu et eslit sa sépulture et veult estre ensepvellie quand plura a Dieu lappeller de ce monde en laultre dans vénérable église du couvent des frères de l'observance sainct Francoys de ladicte ville de Manoasque, avecques l'habit de la relligion des sainctz frères quelle veult et ordonne son corps estre lors vêtu... (3). » Honoré du Teil perdit sa mère avant d'avoir seize ans révolus, mais la solidité des principes qu'elle lui avait inculqués des sa plus tendre enfance lui épargna bien des agitations et bien des dangers. . .
S'il avait écrit son autobiographie, notre Manosquin eût dit sans doute qu'il semblait destiné à fréquenter le temple
(1) Pendant que Mathurin de Tillia remplissait ces fonctions dans cette Tille, Anne de Sallomoniis, sa seconde femme, lui donna une fille qui fut tenue sur les fonts, le M mars 1563, par Antoine de Beraudin, yieaire général de Sisteron, et par Claire, épouse de Claude de Nicolaï ; cet act» de bapttme a été découvert par M. de Berluc-Perussis, que je ne saurais trop remercier de ses nombreuses et savantes communications, car son érudition et son obligeance sont également inépuisables.
m Je dois la copie de cette curieuse pièce à M. Léonce Pontes, dont le. intelligentes recherches ont amené la découverte de plusieurs autres actes cités dans le cours de cette notice.
(3) Ce testament fut reçu le 12 mai 1555 par Aloati, notaire à Manosque; le 12 août 1557, Mathurin de Tillia, par un acte passé devant le même notaire, au château de Sainte-Marguerite, donna quittance de la dot de feue Madeleine de Tributiis à son beau-frère, Honoré de Tributiis, conseiUer au Parlement.
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de Thémis liliitèt que les soinmels du Parnasse : noble Jean de Tillla (1), sua aïeuL avait exercé en 1512 la charge annuelle de viguier de Forcalqiiier; Mathurin de TiUia, son père, était docteur en droit; son grand-père maternel' Simon de Tributiis (2), avait été l'un des premiers membres du Parlement de Provence et s'était marié avec la fille du célèbre jurisconsulte Etienne Bertrand (3), dont les ConseiLs, imprimés en 1532, avaient eu un immense succès. Marchant d'abord sur les traces de ses prédécesseurs, Honoré du Teil (lut se livrer à l'étude du droit et recevoir, jeune encore, le bonnet de docteur, car ce ne fut probablement qu'après la mort prématurée de Marthe de Saffalin (4) sa première femme, qu'il interrompit momentanément' sa carrière de jurisconsulte pour embrasser pendant quelques
(1) La généalogie de la famille du Teil a été donnée par Borel d'Hauterive dans le iv« volume de la Eecue Je la JVVWewe, Paris, in-4«, 1847. pp. 409-441 ; parmi ses alliances provençales ou comtadincs, on peut citer les noms suivants: Aloat, AmaJric, Ârckim, Ârmud, Auberyier, Barbeyrac, Baudric, Beaussîer Berlue, Bonifaco, Boyer, Chaix d'Est-Ange, Eymar, Feutrûr, Garidd, GiraudJ, Guerin, Martin, Monier, Fatrk, Raoul, Safifalin, Sallomoniis, Sébastianne, Tirany, Tributiis, Vaugrigneuse, Vial.
(2) Voir sur les Tributiis, en dehors des nobiliaires locaux: les Famille» et la Société en IVance avant la révolution, par M. Charles de Eibbe, 3« édition, t. Il, p. 72; et dans l'Annuaire du comeil hémîdique de France, année 1893, pp. 1)7 à 102, un très-curieux article de 31. Paul de Faucher sur les pérégrinations d'un jeune gentilhomme de Provence à la fin du xvf siècle : le héros, Joseph de Tributiis, né en 1574, est le petit-neveu de Madeleine, mariée à Mathurin de Tillia.
(3) Etienne Bertrand, 1434 f 1 516 (?), vice-recteur du Coratat et président de la chambre apostolique; ses C^^.if, (Stephani Bertrandi Carpentoracteusis Consilia) furent imprimés pour la première fois à Lyon, en 1532, chez Fagnier et Guyard (1 vol. in fol.), par les soins d'Honoré de Tributiis, son petit-fils.
(4) Elle était sans doute filJe d'Honoré de Saffalin, avocat du roi à Forcalquier,etde Renée de Candolie et dut se marier vers 15G2-1 563, puisque Honoré du Teil avait suivi, vers cette époque, son père dans cette ville.
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années le métier des armes (1). C'est là un fait que l'on vit souvent se produire pendant les guerres civiles ; le président Louis de Goriolis (2) avait lui aussi servi dans sa jeunesse et perdit une jambe sur le champ de bataille ; dans un autre ordre d'idées, on pourrait citer un Aptésien, Annibal d'Ortigue (3), qui fut à la fois soldat et poëte.
Rentré dans la vie privée dès 1571, Honoré du Teil parcourut la France, alors en pleine renaissance, de novembre 1573 à mai 1574 ; ce fut probablement pendant ce voyage qu'il prit le goût de faire des vers et se familiarisa avec la langue française, dont l'introduction en Provence était encore récente. S'il ne trouva pas, à son retour, dans Manosque, sa patrie, un milieu qui répondit à ses aspirations littéraires, il le rencontra certainement à Forcalquier. La charge de lieutenant général y était occupée depuis 1573 par André d'Arnaud (4), que l'on peut ranger au nombre « des meilleurs et des plus beaux esprits de son
(1) Cette tradition semble confirmée par un certificat délivré par Honoré de Savoie, comte de Tende, le 8 août 1570, bien que cette pièce contienne une
erreur manifeste.
(2) Le président de Coriolis devint le beau-père de Malherbe ; de son second mariage, contracté à Sisteron, le 11 décembre 1554, devant Garcin, notaire, naquit une fille, Lucrèce de Coriolis, mariée à Balthazar de Périer, conseiller au Parlement, et mère de Françoise de Périer, alliée à Michel de Sébastianne ; Hortense de Sébastianne, fille de Michel et de Françoise de Périer, épousa, le 2 octobre 1644, Polydore du Teil, bisaïeul de Jean-Pierre baron du Teil, lieutenant général des armées du roi, dont il a été question dans les Annales des Basses-Alpes, à propos des débuts de Napoléon P' et du général Gassendi dans le corps royal d'artillerie.
(3) Ses poëmes ont été imprimés en 1617, Paris, in-12; il a donné en 1687, Paris, in-8°, le Désert sur le mépris de la cour.
(4) Dans le tome iv des Annales des Basses-Alpes, l'étude sur Wenddin chez nous, par M. de Bcrluc-Perussis, contient de très intéressants détails sur l'auteur des Joci, dédiés à Guillaume du Yair, premier président, et imprimés pour la première fois à Avignon, on 1600, par Bramereau, in-12.
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temps ., et notre sonnettiste se trouvait l'allié des principaux magistrats ou officiers du siège: avocat du roi depuis 1568, Honoré de Saffalin (1), dont il portait le prénom, était vraisemblablement son beau-père ; Pierre de Boniface, lieutenant des soumissions, devait donner, en 1579, la main de sa fille à Louis II du Teil, son cousin germain ; il convient de citer encore François Laugier, co-seigneur de Porchères, qui avait pour mère Gabriellc de Sébastianne, sœur de Spérite, mariée à Louis I du Teil, son oncle ; capitaine de la ville en 1581, premier consul en 1584 et 1596, il eut un fils, Honoré de Laugier-Porchères (2), le futur académicien, qui reçut peut-être d'Honoré du Teil ses premières leçons poétiques.
Mais le second mariage de notre Manosquin devait bientôt lui ouvrir les portes du cénacle des écrivains aixois d'alors : Louise de Monier avait, en effet, pour mère Marguerite de Bompar (3), sœur de Claudine, alliée le 5 avril 1547 à Baptiste de La Gépède (4); une communauté de
(1) Après la mort de sa première femme, i épousa en secondes noces Marguerite de Feraporte, dont il eut Jean-Baptiste, chevalier de Malte en 1596.
(2) Né en 1572, nommé membre de l'Académie française le 4 décembre 1634, mort en 1653, « le doyen des poëtes français «, après avoir testé devant Fieffé et Dachesne, notaires au Châtelet de Paris, en faveur d'Honoré de Berlue, son noreu et filleul ; il avait donné le camp do la place royale ou relation de ce qui s'y est passé pour la publication des mariages du roi et de Madame avec l'infante et le prince d'Eupagne; Paris, 1612, 1 vol. in-8».
(3) Marguerite et Claudine de Bompar sont les tantes d'autre Marguerite de Bompar, mère de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, 1580 f 1630, le
rocureur général de la littérature.
(4) Jean de La Cépède, t 1622, conseiller au Pariement en 1578, premier président aux comptes en 1586 ; on a de lui une Imitation dt» p^eaume» de !a Pénitence d€ David, Lyon. 1594, in-8», et des Thém-lme, ^nritHef, ,ur la vie et In m<»rt de Jhm-Christ, Toulouse, 1613-1621, 2 vol. in-4'> ; pariant de lui, Malherbe écrivait en 1614 : « Je me réjouis de la guérison do M. le Président de La Cépède; entre les occasions qui me rappelleront en Provence, son amitié B'tst pas la dernière. »
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goûts rapprocha forcément Jçan de La Cépède et Honoré du Teil, qui se trouvaient être cousins germains par alliance, et le futur premier président aux comptes dut présenter son parent à son nouvel ami, François de Malherbe (1), qui, arrivé dans le pays en 1577, à la suite du Grand Prieur de France, avait su grouper autour de lui toute une pléiade de lettrés distingués. On sait que le réformateur de notre poésie, qui résida en Provence de 1577 à 1586(2), épousa, par contrat passé à Aix, le 1" octobre 1581 (3), dans la maison d'Anne de Goriolis, veuve de Pierre de Margalet, la fille du second président au Parlement, Madeleine de Goriolis (4).
(1) Fils aîné de François, seigneur de Digny, conseiller au présidial de Caen, et do Louise Le Vallois, mariés le 13 juillet 1554 ; il mourut le 16 octobre 1628.
(2) Suivant ses instructions à son fils, Malherbe fit encore deux longs séjours en Provence, de mai 1595 à août 1598 et de décembre 1599 à décembre 1605; postérieurement, il y revint plusieurs fois, notamment en 1616 et
(3) Hugoleni, notaire.
(4) Madeleine de Goriolis, décédée en juin 1630, avait épousé en premières noces, le 16 février 1573, Jean Bourdon, écuyer, seigneur de Bouc, dont un fils, Jean-Honoré, et en secondes noces, le 16 avril 1577, Balthazar Catin, seigneur de Saint-Savournin, lieutenant du sénéchal à Marseille. De son troisième mariage, elle eut trois enfants: 1** Henri de Malherbe, né le 21 juillet 1585, tenu sur les fonts, à Aix, le 1*' août suivant, par Henri d'Angoulême et Jeanne Faur de Vercors, quatrième femme de Lonis de Goriolis ; il mourut en Normandie, le 28 octobre 1587; 2* Jourdaine de Malherbe, née en Normandie, le 22 septembre 1591; elle eut pour marraine Jourdaine de Montmorency, dame de la Verune, et fut emportée, chez son aïeul paternel, par une épidémie de peste, le 23 juin 1&99 ; 3" Marc-Antoine de Malherbe, né le 14 décembre 1600; il eut, le lendemain, pour parrain et marraine, dans l'église Sainte-Madeleine d'Aix, Laurent do Goriolis et Anne de Margalet; il fut tué en duel le 13 juillet 1627 et inhumé, le surlendemain, dans l'église des Minimes h Aix. Voir les Recherches biographiques tur Malherbe et $ur aa famille, par Koux-Alphérau, Aix, Nicot et Aubin, 1840, 1 vol. in-8*.
Parmi les familiers de Malherbe, pendant ces neuf années de séjour dans le midi, il faut nommer en première ligne Louis Gallaiip, co-seigneur de Ghasteuil (1), François du Périer (2), gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, l'historien César de Nostredame (8), Arnaud de Villeneuve (4), marquis des Arcs, et son frère, seigneur de la Garde-Freinet et de la Motte. Ces noms et vingt autres que l'on pourrait citer prouvent que les Provençaux avaient alors^ comme aujourd'hui, un goût naturel pour la poésie ; il est donc incontestable que si Malherbe exerça, à Aix, la plus heureuse influence sur les érudits de son temps, s'il y trouva des disciples comme François d'Arbaud (5), co-seigneur de Porchères, et peut-être aussi François d'Escalis (6), son cousin par alliance, les hommes au milieu desquels il passa sa pleine jeunesse, par leur imagination vive et féconde, par la douceur de
(1) Louis Gallaup de Chasteuil, 1556 "f 1598, conseiller d'Etat, 1594 ; il donna uno Imitation des pscaumes de la pénitence royale dédiée à Henri IV, Paris, 1 vol. in-8", 1596, et in-4'', 1597.
(2) François du Perier, -f 1623, auteur du panégyrique d'Honoré de Laurens et de plusieurs poésies restées manuscrites ; ce fut lui qui présenta Malherbe à Marie de Médicis, en 1600.
(S) César de Nostredame, 1555 -|- 1629; ses poésies ont été imprimées à Toulouse, en 1606; ses vers funèbres sur la mort de Charles du Verdier, en 1607, et ses pièces historiques et diverses poésies, en 1608, in- 12 ; il parle dans ce dernier recueil d'un poëme intitulé Hippiade.
(4) Arnaud de Villeneuve, •{• 16U, composa des vers liminaires pour les Théorèmes spirituels de La Cépède ; son frère avait écrit, suivant Malherbe, une histoire sainte et h Carnaval cle9 honnête» gens.
(5) François d'Arbaud, f 1640, de l'Académie française, a donné une Paraphrase des pseaumcs graduels, Paris, 1633, in-8"*, et un poëme sur la Magdeleine pénitente, Paris, 1627, in 12, aujourd'hui perdu.
(6) François d'Escalis, né en 1569, auteur de la Lydiadc et de six autres petits poëmos imprimés en 1602, Tournon, in-12, et dédiés à Guillaume du Yair. La mère de M™" de Malherbe était Honorée d'Escalis.
leur conversation, furent aussi pour quelque chose dans l'éclosion et la maturation de son talent.
Dans cette compagnie (1), Honoré du Teil, simple membre correspondant, se trouvait être le doj^en d'âge et, si l'on excepte Michel Nostradamus (2), qui, plus heureux que son frère Jean, vit si souvent éditer ses Centuries^ Guy de La Garde, seigneur de Ghambonas (3), qui célébra Marguerite de France, et Nicolas Renault (4), le chantre d'Anne de Valavoire, qui, d'ailleurs, appartenaient à la génération précédente, il se trouve parini ses contemporains le premier dont des vers aient été imprimés. C'est à un hasard, il est vrai, qu'il dut cet avantage; en f579, pendant un séjour qu'il fit à Paris pour les affaires de Gaspard Monier du Gastellet, son beau-père, la lettre de François Grudé de La Croix (5) au vicomte de Paulmy (6) dut lui tomber sous les
(1) Lire, sur MaUœrhe à âîjc, le discours prononcé par M. de Berluc- Porussis à la séance de l'Académie d'Aix, le 17 juin 1878; Aix, Illy,1878, in-8''. « Une des considérations principales qui me tire vers la Provence, disait Malherbe, en 1608, c'est la douceur de sa conversation. »
(2) Michel Nostradamus, 1503 -J- 15G6; la première édition des CoUuriea est de 1555, Lyon in-S" ; Jean, son frèro, était ne en 1507; ses poésies manuscrites ont disparu.
(3) Guy de La Garde, lieutenant du sénéchal au siège d'Arles, auteur de l'Histoire et description du Phœnix, Paris, 1550, 1 vol. in-8°.
(4) Nicolas Renault a donné les Chattes Amourg, ensemble plusieurs chansons d'amour, Paris, Brumen, in-4<», 1565 ; cet ouvrage était posthume, paraît-il.
(5) D'une famille originaire de Sablé, dont une branche cadette s'était fixée au Mans, François Grudé de La Croix naquit dans cette ville, vers 1552, de Jacques et de M:irguerite Le Valois ; il paraît, avec ses frères et soeur, Louis, Jérôme et Scholastique Grudé, dans une transaction passée au Mans, le 26 octobre 1585, devant Touchard, notaire. Il vint eu 1582 à Paris, où il avait fait ses études, amenant « trois charrettes chargées de volumes et de livres tant escrits à la ui;iin qu'autrement ».
(6) René Voyer, vicomte de Paulmy, t 158G, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, qui fonda à Paulmy, en 15SG, un collège pour l'éducation de douze enfants.
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yeux et lui donner l'idée de soumettre ses essais poétiques au célèbre bibliographe : un commerce épistolaire s'engagea sans doute entre eux, et, en tout cas, les sonnets liminaires composés par le Provençal pour l'auteur de la première bibliothèque française furent mis sous presse en même temps qu'elle, en 1584 (1).
Ces deux petits potimes sont médiocres, il est vrai ; mais on peut alléguer, pour la défense de leur signataire, que son grand tort fut de composer des vers français, c'est-àdire de rimer dans une langue qui était encore étrangère en Provence et dont il ne pouvait saisir toutes les délicatesses ; aussi leurs imperfections mômes peuvent-elles avoir, pour un linguiste, un intérêt rétrospectif. En tout cas, on doit quelques éloges aux efforts d'un homme de lettres, quoiqu'ils n'aient point été heureux, car ces productions, quelque mauvaises qu'elles soient, servent à faire connaître le génie de la nation ; il fallait, d'ailleurs, aimer beaucoup la poésie pour s'y livrer par des temps de troubles, comme le XVIe siècle (2). Point n'était besoin certainement d'invoquer ces circonstances atténuantes pour obtenir un acquittement en faveur d'Honoré du Teil, qui, tourmenté par la fièvre quarte, fut emporté à 44 ans (3), avant d'avoir pu mettre une dernière main à ses œuvres, aujourd'hui disparues.
Les trois enfants d'Honoré, Jean-Louis, Lucrèce et Suzanne, furent élevés par leur mère et placés sous la tutelle de leur oncle à la mode de Bretagne, Louis du
(1) Premier volume de la bibliothèque du sieur De la Croix du Maine, Paris, L'Angelier, 1584, in-fol. — L'article sur Honoré du Teil est aux additions, p. 488; ses sonnets, à la page 588.
(2) Voir, à ce sujet, les appréciations do l'abbé Goujet sur les premiers poëtes provençaux qui ont écrit en français : nous les reproduisons eu partie ; Bibliothèque française, 18 vol. in-12, Paris, 1740, t. xiv, pp. 745 à 749, etc.
(3) Il était mort antérieurement au 26 décembre 1586.
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Teil ; ce dernier, consul en chef de Manosque en 1591, « sacrifia sa vie, dit une ancienne généalogie, pour la conservation des habitants de la ville au temps de la contagion », et fut emporté par la peste au mois de juillet de cette année ; il laissait lui-même un fils (i) et deux filles en bas-âge à sa veuve, qui alla se réfugier à Forcalquier, auprès de Pierre de Boni face, son père.
Ce fut sans doute ce nouveau deuil qui décida Louise de Monier à se remarier, vers 1592, avec Dominique Paget, avocat en la cour et premier consul de Manosque, en 1578, 1583 et 1588 ; elle en eut une fille, Jeanne, née le 8 octobre 1593 et tenue sur les fonts, dix jours après, par ses cousin et cousine, Jean de Fauris (2) et Jeanne de La Cépède. Cette enfant mourut en 1586, et, le 27 avril 1604, son père t décéda sur le tard, sans avoir aucun mal que la vieillesse et la grande réplétion, ayant souvenance de Dieu et de sa miséricorde (3) ». Louise de Monier survécut longtemps encore à son second mari ; voici comment l'un de ses enfants enregistra sa mort dans le livre de famille : le « 25 juin 1617, entre les huit à neuf heures du soir, damoiselle Louise Monier, ma mère, femme saige et prudente et des meilleures mères, est allée de cette misérable vie en la bonne et a été ensevelie l'endemain vendredi à l'Observance, à notre tombe, étant décédée à ce que l'on a pu apprendre
(1) Jean-Pierre du Teil, pourvu par lettres patentes du 31 décembre 1614 de l'état et office de conseiller du roi et juge pour sa majesté à Forcalquier ; il continua la descendance de la famille du Teil par son mariage avec Isabeau de Guérin, dont la mère, Anne de Gassaud, était fille d'Antoine, auteur du mémorial récemment publié dans les Annales des Basses-Alpes par M. de Berluc-Perussis.
(2) Jean de Fauris, seigneur de Châteauneuf, reçu docteur le 15 novembre 1556, marié, le 10 avril 1559, à Marguerite de Guilhem, des seigneurs de Montjustin, veuve de Joachim de Matheron, seigneur de Salignac.
(3) Continuation du livre de famille d'Honoré du TeiL
sur les soixante et trois ans de son âge. Elle mourut d'une maladie que les médecins appellent colera morbus. Dieu Fait reçue à sa bienheureuse gloire ! »
Il ne reste que de bien légères traces de la vie de Jean- Louis du Teil (1) qui mourut au lieu de la Vcrdière, le 28 août 1628, sans laisser de postérité; on sait seulement quil avait fait un voyage dans les lieux saints et que, pendant sa longue absence (2), ses papiers de famille et sans doute aussi les œuvres manuscrites de son père s'étaient égarés.
Lucrèce du Teil ne se maria pas ; mais Suzanne, sa sœur puînée, épousa, le 29 décembre 1619, Joseph de Garidel (3), veuf en premières noces d'Angélique de Gheylan ; leur fils, Paul de Garidel (4), né le 2 avril 1623, recueillit, à Manosque,
(1) Le seul acte autlien tique qui le concerne est un arrêt du Parlement de Provence, rendu le 22 juin 1622 entre « Jean- Louis de Tillia, escuyer, de Manosque, «t Jean-François Pouchet, bourgeois de ladite ville ».
(2) Cette absence, postérieure au 26 septembre 1611, semble avoir pris fin avant le 20 juillet 1615 ; c'est précisément à cette époque que le comte de Caudale, fils aîné du duc d'Epernon, après avoir commandé en Provence le régiment de Fernes, passa, avec quelques jeunes aventuriers français, au service du grand-duc de Toscane; son expédition en Caramanie eut lieu en 1613; en 1614, Cosme II de Médicis, pour préparer la conquête de Jérusalem, envoya un vaisseau français dans les Etats de l'émir Fackhr-Eddyn, prince des Druzes, qui était venu, avec le consul de France à Séide, demander à Florence des secours contre La Porte: Jean-Louis du Teil a pu faire partie de Tune ou de l'autre de ces courses dans les mers du Levant.
(3) Joseph de Garidel, né en 1584, docteur en 1604, primicier de l'Université en 1637, assesseur d'Aix et procureur du pays en 1640. M. Charles de Ribbe (t. n, p. 233) cite de nombreux extraits du livre de raison do cette famille, dans laquelle le dévouement paternel et la piété filiale étaient héréditaires.
(4) Suzanne du Teil avait donné à son mari deux autres fils, morts en bas âge, qui avaient reçu le prénom de Jean- Louis ; l'alné, qui naquit le 22 octobre 1620, ne vécut que quelques jours : « Dieu me conserve les autres par sa sainte grâce et face que ceux qu'il lui plaira me donner soient de plus longue
Fhéritage de la branche aînée de la famille du Teil et fut, comme son père, primicier de l'Université, assesseur d'Aix et procureur du pays ; plusieurs de ses descendants se distinguèrent dans la carrière des armes et notamment Marc-Antoine de Garidel, capitaine dans Soissonnais et chevalier de Saint-Louis, qui se signala, le 27 juin 1756, pendant l'assaut général de Mahon, à l'attaque de la redoute de la Reine (1), où son régiment fit des pertes énormes (2).