CHAPITRE III
DU BÂPTÊMB
Le Baptême est un sacrement institué par] Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour efifacer le] péché originel et nous donner, avec la vie surnaturelle de la grâce, le titre d'enfants de Dieu eti de l'Eglise. Il est la porte de tous les autres sacre-j ments qu'on ne peut recevoir validement, si l'oa] n'est pas baptisé. Il est, de tous les sacrements, lej plus nécessaire au salut. Sans lui, il est impos-i sible d'aller au ciel, à moins qu'on ne soit baptisé] dans son sang, en subissant le martyre, ou à moins} que, ne pouvant pas absolument recevoir le Baptême, tout en le désirant, on ne produise un actej de charité parfaite et de contrition.
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C'est donc un devoir des plus graves pour les parents de faire baptiser leurs enfants, lors même que, par suite de quelque accident, ces enfants naîtraient bientôt après avoir été conçus, et lors même qu'on douterait s'ils sont vivants ou morts. On doit même baptiser les monstres, dans le doute s'ils ont une âme humaine. Différer longtemps de faire donner le Baptême, s'il y avait danger de mort, ce serait un crime. Si une femme venait à mourir avant de donner le jour à son enfant, les parents seraient tenus, sous peine de faute grave, de prendre des mesures pour baptiser l'enfant, qui ne meurt pas toujours en même temps que la mère, comme l'expérience l'apprend. Priver, par sa négligence, un petit être du bonheur de voir Dieu pendant l'éternité, c'est de la barbarie.
En dehors du danger de mort, on ne peut cependant baptiser les enfants des infidèles, des hérétiques, des chrétiens apostats, sans la permission de leur père ou du moins de leur mère, à moins qu'ils ne soient tout à fait soustraits à leurs parents; mais en danger de mort, il faudrait les baptiser. On doit baptiser ceux qui sont à jamais privés de la raison; mais, hors du danger de mort, on ne pourrait donner le Baptême à une personne déjà avancée en âge, qui perdrait l'esprit et qui, avant, n'aurait pas manifesté le désir de recevoir ce sacrement.
A cause de l'absolue nécessité du Baptême, Dieu a voulu que tout homme, que toute femme, même hérétiques ou infidèles, puissent l'administrer en cas de nécessité, pourvu qu'ils aient l'intention de faire ce que fait l'Eglise de Jésus-Christ: Toutefois, hors le cas de nécessité, le Baptême ne peut être conféré que par le curé, ou par un autre prêtre, avec la permission du curé.
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Voici maintenant la manière d'administrer le Baptême; personne ne doit l'ignorer. D'abord, il faut de l'eau bénite à cette fin ; mais, en danger de mort, toute eau naturelle de pluie ou de fontaine peut et doit être employée. Dans ce dernier cas, on pourrait même employer sous condition l'eau mélangée avec une autre substance, si on n'en trouvait point d'autre, L'eau doit être versée sur la tête de l'enfant; mais si on ne le peut, on la verse sur la poitrine, sur les épaules, ou sur tout autre membre de l'enfant, et même sur l'enveloppe qui l'enfermerait : mais quand on ne peut verser l'eau sur la tête, on doit le baptiser sous condition, en disant : Enfant, si tp en es capable, je te baptise, etc., et quand on peut atteindre la tête, s'il y a danger de mort, on renouvelle le Baptême sur la tête, en disant : Si tu n'es pas baptisé, je te baptise, etc.
En effet, ces paroles : Enfant, je te baptise, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, sont essentielles au sacrement, et elles doivent être prononcées en même temps qu'on verse l'eau. Si 1 on omettait le mot : je te baptise, l'enfant ne serait pas baptisé. Il n'est pas permis d'omettre le petit mot et; ainsi il ne faut pas dire : Je te baptise au nom du Père, du Fils, mais bien : au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprjt.
Les parents, et à leur défaut, le curé, doivent désigner à l'enfant qui doit être baptisé nn parrain ou une marraine, ou l'un et l'autre; mais jamais deux parrains ni deux marraines; c'est défendu par les lois de l'Eglise. Toutefois, le parrain ou la marraine peuvent se faire représenter par une autre personne.
C'est donc un abus étrange d'inviter aux cérémonies du Baptême plusieurs jeunes gens de différent sexe, qui, à cette occasion, se livrent
à des fêtes mondaines, à des conversations coupables. C'est un devoir pour les parents de t'ai: ' cesser un tel usage et de le bannir de leurs maisons .
Il est défendu de choisir pour parrain ou marraine les hérétiques, les apostats, les excommuniés, les pécheurs publics ou notés d'infamie, et ceux qui ignorent les principales vérités de la foi. Les parents ne peuvent servir de parrains à leurs propres enfants. Le parrain et la marraine sont tenus, à défauts des parents, d'instruire leur filleul des vérités de la foi et de le former à la pratique des devoirs du chrétien. Us ne peuvent se marier, ni avec leur filleul, ni avec ses parents.
Le Baptême a pour effet de purifier l'àme de toute souillure du péché. Dans l'enfant, il efface le péché originel. Dans ceux qui le reçoivent à un âge avancé, il efface, de plus, tout péché commis avant le Baptême, et remet toutes les peines dues au péché, en sorte que celui qui mourrait après avoir reçu le Baptême dans de bonnes dispositions irait au ciel, sans passer par le Purgatoire. Dieu a permis quelquefois que cette pureté que 1 ame puise dans les eaux du Baptême se manifestât d'une manière sensible. C'est ainsi que le père de saint Grégoire de Nazianze, venant d'être baptisé, fut environné d'une gloire éclatante. Le Baptême imprime dans l'âme le caractère, la marque des enfants de Dieu, marque qui durera éternellement. Notre vrai titre de noblesse, c'est donc le Baptême, qui nous fait les héritiers de Dieu, les cohéritiers de Jésus- Christ. C'est ce que comprenait admirablement le grand roi saint Louis ; aussi estimait-il plus le village de Poissy, où il avait été baptisé, que la ville de Reims où il avait été sacré roi. Ayant assisté au baptême d'un juif, où il avait invité les gens d'un prince infidèle, il leur dit après la
cérémonie : « Dites de ma part à votre maître que je passerais volontiers ma vie dans les cachots les plus obscurs, si je pouvais à ce prix procurer à lui et à toute sa nation la grâce du Baptême, r
Qu'ils sont loin de ces sentiments ceux qui, oubliant la grâce que le bon Dieu leur a faite, se font les esclaves du péché, foulent aux pieds les promesses de leur Baptême, se rangent sous le joug de Satan, se font les esclaves du monde, prenant part à ses divertissements et à ses fêtes coupables 1
On raconte d'Alexandre le Grand, ce conquérant fameux, qu'on lui amena un jour un pirate célèbre par ses brigandages. Le prince lui demanda son nom : « Je m'appelle Alexandre, répondit le pirate. — Il te faut changer de nom ou de profession, reprit le héros. » Changeons notre nom de chrétien, ou vivons selon les engagements contractés à notre Baptême.
Elpidophore, après avoir reçu le Baptême, renonça à la foi de Jésus-Christ et devint persécuteur des catholiques. Il cita à son tribunal le saint diacre Murita, qui avait été son parrain. Celui-ci apporta au tribunal, cachés sous son manteau, les vêtements blancs dont Elpidophore avait été revêtu après son Baptême. « Voilà, lui dit-il, en les lui montrant, les témoins de ton apostasie. Ils t'accuseront au tribunal de Dieu. Cette robe blanche se changera en vêtements de feu et de flammes, qui te dévoreront pour l'éternité. » A ce langage, Elpidophore se retira confus.
Le caractère sacré du Baptême sera, en effet, un sujet de condamnation pour ceux qui trahissent les promesses qu'ils ont faites à Dieu, et n'en font pas pénitence. Rien de plus salutaire que de renouveler ces promesses chaque année,