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CHAPITRE V

DO SACREMENT DE l'eUCHARISTIE

Voici le plus adorable, le plus auguste de nos mystères, celui dans lequel Notre-Seigneur a épuisé tous les trésors de sa puissance et de son amour, pour se faire le compagnon de notre exil, la nourriture de nos âmes. Ce divin Sauveur avait prédit, longtemps à l'avance, ce qu'il méditait dans sa tendresse pour les hommes.

Si vous ne mangez ma chair, et si vous ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie en vouSj avaitil dit. Celui qui manger a du pain que je lui donnerai ne mourra pas, mais il vivra éternellement. Le pain que je donnerai pour la vie du monde, c'est ma chair j car mon corps est véritablement une nourriture ; et mon sang, un breuvage. Voilà la promesse; or, Dieu est fidèle, il l'a accomplie.

A la dernière cène, la veille de sa mort, Notre- Seigneur prit du pain, le bénit, le rompit et le distribua à ses apôtres, en leur disant : Ceci est mon corps; prenant ensuite la coupe, il la bénit également, et, la faisant passer à ses heureux convives : Buvez-en tous, dit-il, car ceci est mon sang. Or, quand Dieu parle, il fait. Au commencement du monde, il a dit une parole et tout a été créé. Quand donc il a dit sur le pain : Ceci est mon corps, il n'y a plus de pain, il n'y a plus que le corps de Notre-Seigneur, et sur le vin : Ceci est mon sang, il n'y a plus de vin, mais le sang de Jésus-Christ. Les apôtres, à la cène, se nourrissent donc de cet aliment et se désaltèrent de ce breuvage divin.

Mais cette faveur ne leur était pas uniquement réservée; nous aussi, nous avions besoin d'ali-

DU SAGRBMBIfT

ment pour notre âme. Jésus-Christ pense à nous; car le prodige qu'il vient de faire, en changeant le pain en son corps et le vin en son sang, il leur donne le pouvoir de le renouveler, en leur disant : Faites ceci en mémoire de moi; et après la Pentecôte, selon Topinion la phis probable, les apôtres prennent du pain et du vin; et, en vertu de b puissance et de l'ordre de leur Dieu, ils les consacrent, et ce pain n'est plus du pain, mais le

/orps de Jésus; et ce vin n est plus que son sang* Les évêques, les prêtres consacrent depuis dixneuf siècles, et les fidèles se nourrissent d(3 cet aliment divin, après l'avoir adoré. Gai Jésus- Christ, leur Dieu, est là sur l'autel, le même qui est né pour nous à Bethléem, qui pour nous es^ mort au Calvaire, et qui règne maintenant dam le ciel à la droite de son Père.

Soit sous l'espèce du pain, soit sous l'espèci du vin, soit sous chaque parcelle de l'un et di

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l'autre, se trouve le corps de Noire-Seigneur avec son sang. Son âme y est également, car Jésus ressuscité ne meurt plus ; sa divinité y est, car elle est inséparable de son humanité. Voilà une vérité de notre foi enseignée par Dieu luimême et par son Eglise, qui frappe d'anathème quiconque oserait nier que Jésus-Ghrist est tout entier dans l'Eucharistie.

Ce divin Sauveur a, du reste, dans le cours des âges, manifesté, par d'éclatants miracles, sa présence réelle dans l'Eucharistie; il a parfois soulevé les voiles des apparences du pain et du vin, sous lesquelles il se cache.

Vitikind était un chef saxon, ennemi de la foi et persécuteur des chrétiens. Charlemagne le convertit et voulut être son parrain, au jour de son Baptême. Vitikind, pour s'instruire plus à l'aise des vérités catholiques, se déguisa un jour sous des haillons de mendiant, et vint, dans cet état, assister aux cérémonies de la SemaineSainte. Or, pendant que le prêtre donnait la communion, il vit un bel enfant qui souriait aux uns et repoussait les autres. Il raconta cette vision à Charlemagne, qui l'instruisit du mystère de l'Eucharistie et lui donna un prêtre qui pût lui dire tous les jours la sainte messe, après son retour en Saxe.

Puisque Jésus-Christ est tout entier dans l'Eucharistie, c'est aux pieds des autels qu'il faut aimer à aller déverser en lui nos peines et nos tristesses : c'est là qu'il nous attend, nous accueille et nous console. Nous parlerons des visites au Saint-Sacrement dans l'appendice.

Notre-Seigneur n'est pas au tabernacle seulement pour que nous l'y visitions et l'y adorions, il y est aussi pour être notre nourriture spirituelle, et c'est pour cela qu'il se cache sous les apparences

du pain et du vin, voulant par là donner à notre foi plus de mérites, et ne pas trop éblouir notre infirmité par Téclat de sa gloire. L'impie Voltaire lui-même avouait son admiration pour ce mystère et ses résultats : « Voilà des hommes, dit-il, qui reçoivent Dieu dans eux, au milieu d'une cérémonie auguste, à la lueur de cent cierges, au piçd d'un autel tout brillant d'or. L'imagination est subjuguée, l'âme saisie et attendrie; on respire à peine, on est détaché de tout lien terrestre.

On est uni avec Dieu Qui osera, qui pourra

commettre après cela une seule faute, en concevoir seulement la pensée? Il était impossible d'imaginer un mystère qui retînt plus fortement les hommes dans la vertu. »

En effet, comme le pain terrestre nourrit le corps, de même le pain céleste de l'Eucharistie nourrit l'âme, il conserve en nous la vie spirituelle. Il nous sert de remède, nous purifiant des fautes vénielles, et nous préservant des fautes mortelles ; il dépose en notre corps un germe de résurrection et de gloire.

Ecoutons Chateaubriand nous dire les effets que produisit sur lui sa Première Communion : « Ce jour-là, tout fut à Dieu et pour Dieu. La présence réelle delà Victime dans le Saint-Sacrement de l'autel m'était aussi sensible que celle de ma mère à mes côtés. Quand l'Hostie fut déposée sur mes lèvres, je me sentis comme tout éclairé en dedans. Je tremblais de respect. Je conçus encore le courage des martyrs, j'aurais pu, dans ee moment, confesser le Christ sur les chevalets ou au milieu des lions. »

Toutefois, ce sacrement adorable demande des dispositions saintes. D'abord, pour le corps, il faut être à jeun, c'est-à-dire n'avoir ni bu, ni mangé depuis minuit; n'eùt-on avalé volontaire-

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