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CHAPITRE XXI

« Tout notre progrès spirituel, dit saint Isidore, a sa source dans la lecture et dans l'oraison; par la lecture, nous apprenons ce que nous ignorons, et par l'oraison, nous conservons ce que nous avons appris. » Aussi, saint Léonard de Port-Maurice appelle-t-il la lecture la sœur de l'oraison. Le Bienheureux Louis de Grenade compare toutefois l'oraison au pain de froment et la lecture au pain d'orge; mais il ajoute : « Si vous n'usez pas du pain de froment, au moins devez-vous user du pain d'orge, si vous ne voulez mourir de faim. »

Saint Bernard trouvait plus de consolations dans la lecture que dans Toraison elle-même. Il faut convenir, du reste, que l'oraison devient bientôt impossible sans la lecture. « Le moulin ne rend que ce qu'on lui donne, dit à ce sujet saint Liguori; et si on lui donne de mauvais grains, il ne peut rendre de bonne farine. » Si l'on n'a pas mis de saintes pensées dans l'âme pardebonnes^ lectures, elle ne rendra rien de bon dans l'oraison. En effet, les bonnes pensées, comme les plantes salutaires, ne poussent point sans qu'on les sème; les mauvaises seules germent ainsi d'elles-mêmes.

Les lectures pieuses éclairent notre esprit. Lî parole de Dieu prêchée illumine les yeux de l'âme. Un bon livre est un prédicateur que l'on peut' toujours entendre, et il peut être plus remarquable que ceux que l'on entend ordinairement. Il peul être un grand docteur, un saint, un directeui incomparable. Il ne ménage pas nos défauts; i^ nous expose la vérité dans toute sa pureté, et nous n'osons pas nous en plaindre. C'est ui miroir fidèle, où nous découvrons les taches qui défigurent notre âme, un flambeau qui nous découvre le chemin du ciel. C'est un ami sincère, et l'Esprit-Saint nous dit que celui qui 1( trouve, trouve un trésor. C'est Dieu même parlanî à l'âme, selon la parole de saint Jérôme : « Dam la prière, dit ce Père, nous parlons à Dieu, e! dans la lecture, c'est Dieu qui nous parle. » Aussi] que d'âmes ont été éclairées par cette divim lumière, qui échauffe aussi le cœur et le détermim à embrasser le bien que l'intelligence a découvert]

Comment tant d'hommes sont-ils passés d'um vie mondaine ou coupable à une vie sainte? Sou^ vent par la lecture spirituelle. C'est à elle que' nous devons saint Antoine, saint Augustin, sainl

Ignace de Loyola, et tant d'autres. Le Bienheureux Jean de Golombino s'impatientait de ce que le repas n'était pas prêt à temps; sa femme lui dit de lire en attendant. Il prit alors, de mauvaise humeur, un livre spirituel qui se trouvait sous sa main, le lut et se convertit. Les saints eux-mêmes ont trouvé dans les lectures spirituelles un secours puissant pour avancer dans la vertu. Saint Dominique baisait tendrement ses livres de piété et les serrait avec amour sur son cœur, en disant : « Ces livres me donnent le lait qui me nourrit. » A.ussi, saint Philippe de Néri consacrait-il tous les instants qu'il avait de libres à la lecture spirituelle. Désireux de procurer les mêmes avantages aux âmes, les saints leur ont conseillé, avec la plus grande instance, la lecture spirituelle : « Appliquez-vous à la lecture, » disait saint Paul à son disciple Timothée. Et, après lui, tous les saints Docteurs ont répété cette recommandation. Tous les fondateurs d'Ordres religieux ont fait de la lecture un point de règle parmi leurs disciples; et toutes les âmes qui ont à cœur de se sanctifier dans le monde s'adonnent à la lecture spirituelle. Saint Grégoire parle d'un pauvre, nommé Servolus, qui vivait à Rome, des aumônes des fidèles, car, étant bien infirme, il ne pouvait pas travailler. Il partageait avec les autres le peu qu'il recevait, et s'en réservait une partie pour se procurer des livres de piété. Gomme il ne savait pas lire, il demandait comme une grande charité qu'on lui fît une bonne lecture. Cette lecture lui fit acquérir une grande patience et une admirable connaissance des choses divines. Lorsqu'il fut près de mourir, il pria ses amis de lui continuer ses chères lectures; mais, avant d'expirer, il les interrompit en disant : « Taisez-vous, n'entendez-vous pas comme tout e paradis retentit de chants et d'har-

monies? » En disant ces paroles, il rendit doucement le dernier soupir. Nous serions donc bien aveugles, si nous n'embrassions pas une pratique si excellente et si avantageuse.

Quand faut-il lire? Les fidèles peuvent lire tous les soirs, dans les longues veillées d'hiver, et tous les dimanches de l'année, après les offices. Il est rare que, même durant les grands travaux, on ne puisse lire quelques lignes d'un bon livre. Que faut-il lire? Jamais des livres suspects en matière de foi, ni légers en matière de mœurs, eussent-ils d'ailleurs des passages excellents. « Qu'est-il nécessaire de chercher de l'or au milieu de la boue, disait saint Jérôme, quand il nous est s. facile de trouver de l'or, dégagé de toute souillure? » « Je vous conseille avant tout, disait saint Liguori, de lire des livres où votre âme trouve plus de dévotion, et qui vous portent davantage à vous unir à Dieu. Tels peuvent être les ouvrages de saint François de Sales, de sainte Thérèse, de Louis de Grenade, de Rodriguez, de Saint- Jure, et autres semblables, spécialement le Directoire ascétique du Père Scaramelli. Du reste, généralement parlant, je vous engage à laisser les livres difficiles et à choisir ceux qui sont dévots et faciles. Lisez souvent entre autres les vies des saints. Oh! qu'il est avantageux de les Hre! Dans les ouvrages qui traitent des vertus, on voit ce qu'on doit faire; mais dans les vies des saints, on voit ce qu'ont fait tant d'hommes, tant de femmes, qui étaient de chair comme nous. Leur exemple, s'il ne nous fait pas d'autre bien, nous force au moins à nous humilier profondément. » Celui qui veut devenir poète lit les poètes ; celui qui veut devenir philosophe lit les philosophes; qu'il lise les vies des saints, celui qui veut devenir saint.

Comment faut-il lire? Avant la lecture, élevons

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notre esprit à Dieu pour lui demander lumière et grâce. Lisons posément et sans empressement. L'abeille ne quitte une fleur qu'après en avoir épuisé le suc. Il ne suffit pas de manger beaucoup, il faut digérer; donc ne craignons pas de relire les passages qui frappent. Interrompons la lecture pour prier, c'est le moyen de nous habituer à 1 oraison. A la fm de la lecture, gardons une pensée qui nourrisse notre âme le reste du jour.

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