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compagnon. A peine a-t-elle fait quelques pas, qu'elle s'arrête,eirraye'e; elle aperçoit soudain devant elle une clarté éblouissante, qui remplit le ravin. Cette lumière merveilleuse semble faire pâlir celle du soleil, qui brille cependant du plus vif éclat. A cette vue : « Viens vite voir cette clarté làbas! » s'écrie Mélanie. Et Maximin, qui, d'abord, n'aperçoit pas la clarté, la découvre aussitôt. La lumière s'entr'ouvre et laisse voir une Belle Dame environnée de gloire, mais dont l'attitude révèle une tristesse profonde.
La Belle Dame, comme l'ont appelée les bergers, est assise sur une pierre; ses pieds reposent dans le lit desséché de la fontaine : ses coudes sont appuyés sur ses genoux, et ses mains soutiennent sa tête, qui est comme appesantie par la douleur,
A ce spectacle, Mélanie est saisie de frayeur. « Ah! mon Dieu, » s'écrie-t-elle, et elle laisse tomber son bâton. Maximin, lui aussi, est effrayé, et il invite sa compagne à garder son bâton, afin de pouvoir, au besoin, se défendre.
Alors la Belle Dame se lève, croise les bras sur sa poitrine, et d'une voix douce comme une harmonie du ciel : « Avancez, mes enfants, dit-elle, n'ayez pas peur. Je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle. » La Vierge s'avance ensuite vers l'endroit où les enfants s'étaient endormis, à trois mètres de la fontaine : et les deux bergers, pleinement rassurés par ses maternelles paroles, s'empressent de descendre à sa rencontre. Ils viennent se placer tout à fait près d'elle, Mélanie à sa droite et Maximin à sa gauche; mais tous deux devant elle, et dans la lumière qui l'environne.
Alors, la Vierge fait entendre ces paroles, qui depuis ont été portées à tout l'univers. Nous allons en citer le texte, tel que les deux enfants l'on transmis aux commissaires délégués par Mgr l'évêque de Grenoble, et tel qu'ils l'ont répété invariablement, après l'apparition, à des milliers de pèlerins.
Dans sa forme, ce discours est simple comme l'Evangile, et ceux-là *^uls pourraient se scandaliser
de sa simplicité, qui n'auraient pas lu les Saintes Ecritures.
« Si mon peuple ne veut pas se soumettre, dit la » Belle Dame, en versant des larmes abondantes, je » suis force'e de laisser aller le bras de mon Fils ; il » est si lourd et si pesant que je ne puis plus le rete- » nir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres! » Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, » je suis charge'e de le prier sans cesse pour vous » autres, et vous n'en faites pas cas. Vous aurez beau » prier, beau faire, jamais vous ne pourrez re'com- » penser la peine que j'ai prise pour vous ! »
Elle semble ensuite laisser parler par sa bouche le Dieu qui l'envoie, à la manière des Prophètes : « Je vous ai donné six jours pour travailler, dit-elle, » je me suis réservé le septième, et on ne veut pas » me l'accorder. C'est ça qui appesantit tant le bras » de mon Fils. — Ceux qui conduisent les charrettes » ne savent pas jurer sans y mettre le Nom de mon » Fils ; ce sont ces deux choses qui appesantissent » tant le bras de mon Fils, — Si la récolte se gâte, » ce n'est rien que pour vous autres. Je vous l'ai fait » voir Tannée dernière pour la récolte de pommes )) de terre, vous n'en avez pas fait cas. C'est au con- » traire ; quand vous en trouviez de gâtées, vous » juriez, vous mettiez le Nom de mon Fils. Elles » vont continuer à pourrir; et à Noël, il n'y en aura » plus. »
En effet, au mois de décembre qui suivit l'apparition, à La Salette, à Corps et dans les environs, il restait à peine de pommes de terre ce qu'il en fallait pour ensemencer les champs au sortir de l'hiver. — Jusque-là, la Belle Dame a parlé le français; or, les deux pâtres ne comprenaient pas cette langue, qui n'était guère usitée à Corps avant l'apparition; n'étant, du reste, allés à l'école ni l'un ni Vautre, ils n'avaient pas pu l'apprendre. A cet endroit du discours, Mélanie interroge du regard Maximin, comme pour lui demander ce que signifie un tel langage. — La Belle Dame alors, avec une maternelle condescendance : « Mes enfants, dit-ei^, vous ne
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« comprenez pas le français, je vais vous le dire » autrement. » Elle reprend en patois ces mots : Si la récolte se gâte, etc., et elle poursuit son discours toujours en patois. Chose e'tonnante ! le soir même, les enfants ont répété en français la première partie du discours, qu'ils ne comprenaient point, les enfants, c'est-à-dire Maximin qui avait à peine pu, en trois ans, apprendre le Pater et l'Ave, et Mélanie qui ne savait encore que faire le signe de la Croix! Voici la traduction des paroles que la Sainte Vierge a prononcées en patois : « Si vous avez du blé, il ne «faut pas le semer; tout ce que vous sèmerez, les » bêtes le mangeront; ce qui viendra tombera enpous- )) sière, quand vous le battrez. Il viendra une grande » famine : avant que la famine vienne, les enfants » au-dessous de sept ans prendront un tremblement » et mourront entre les bras des personnes qui les i) tiendront; les autres feront pénitence par la » famine. Les noix deviendront mauvaises, et les » raisins pourriront. »
La plupart de ces prophétiques menaces se sont accomplies dans diverses localités. Que de fléaux
nous ont affligés depuis 1846! — Après ces mots :
<( Les raisins pourriront, » la Belle Dame continue de parler à haute voix. Tout en voyant le mouvement de ses lèvres, Mélanie ne l'entend plus. Maximin reçoit un secret en français. Bientôt après, la Vierge s'adresse à la petite bergère, et Maximin cesse de l'entendre. Elle confie aussi à Mélanie un secret également en français et plus long, paraît-il, que celui de Maximin. Les enfants ont été d'une discrétion merveilleuse à garder leur secret pendant cinq Ans ; mais, en 1851 , le Saint-Père, Pie IX, de glorieuse mémoire, ayant manifesté le désir de le connaître, ils se décidèrent à récrire dans deux lettres séparées, qui furent scellées du sceau de l'évêché de Grenoble •et confiées à deux vicaires généraux de ce diocèse MM. Rousselot et Gerin. Ces messieurs furent admis à une audience du Saint-Père, le 18 juillet 1851. Après avoir lu la lettre de Maximin, Pie IX dit : ■C'e.si bien là la naïveté d'un enfant. Puis, pendant la
lecture de la lettre de Me'ianie, qui sembla plus longue que celle de Maximin, le Saint-Père devint fort triste, et, à la fin, il prononça ces paroles : Ce sont des fléaux qui menacent la France : elle n'est pas seule coupable ; l'Allemagne, l'Italie, toute l'Europe est coupable et mérite des châtiments. Ce n'estpas sans raison que l'Eglise est appelée militante, et vous en voyez ici le capitaine.
La Vierge, poursuivant ensuite son discours, de manière à être entendue des deux bergers : « S'ils » se convertissent, dit-elle, les pierres et les rochers » se changeront en monceaux de blé, et les pommes w de terre se trouveront ensemencées par les terres. » Expressions figurées que la Vierge emploie pour annoncer auxhommes de grandesprospérités temporelles s'ils reviennent à Dieu. De semblables locutions se trouvent presque à chaque page dans nos Saints Livres. Le Seigneur ne dit-il pas lui-même à Moïse : J'introduirai mon peuple dans une terre fertile, où ruissellent le lait et le miel? On le voit, les menace? de la Vierge de TApparition ne sont que conditionnelles, et il dépend de nous de changer en bénédictions les malédictions qu'elle nous a fait redouter. — S'adressant ensuite d'une manière plus spéciale aux deux bergers, la Belle Dame leur dit: « Faites-vous bien votre prière, mes enfants? » — Oh ! non, madame, guère bien, répondirent-ils » tous deux avec franchise. — Ah ! mes enfants, reprit- » elle aussitôt, il faut bien la faire, soir et matin. » Quand vous ne pourrez pas mieux faire (il faudra) » dire seulement un Pater et un Ave ^aria; quand » vous aurez du temps (il faudra), en dire davantage. » 11 ne va que quelques femmes âgées à la messe. » Les autres travaillent le dimanche tout Tété, et » l'hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à » la messe que pour se moquer de la religion. Le ') carême, ilsvont à la boucherie comme des chiens.» Cette parole paraît dure : mais l'est-elle assez pour flétrir, comme il le mérite, le sensualisme de quelques chrétiens de nos jours?
«N'avez-vous jamais vu du blé gâté, mes enfants?»
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demanda enfin la céleste Messagère. Et les deux bergers de re'pondre : « Non, Madame. » — Puis, s'adressant à Maximin : « Mais toi, mon enfant, dit- » elle, tu dois bien en avoir vu une fois vers la terre » du Coin (1), avec ton père. Le maître de la pièce » (de blé) dit à ton père : Venez voir mon blé gâté » Vous y êtes allés tous les deux. 11 prit deux ou » trois épis dans sa main, puis il les froissa, et tout » tomba en poussière; puis vous vous en retournâtes. » Quand vous étiez encore à une demi-heure de » Corps, ton Père t'a donné un morceau de pain, » en te disant : « Tiens, mon enfant, mange encore » du pain cette année; je ne sais pas qui en mau- » géra Tannée prochaine, si le blé continue encore » comme ça (à se gâter).
» — Oh foui, Madame, je m'en souviens à présent, » répondit Maximin; tout à l'heure je ne m'en sou- » venais pas. » Quoi de plus touchant que ces humbles détails! Comme ils nous révèlent cette maternelle tendresse à laquelle rien n'échappe, m cette terre solitaire du Coin, où les épis de blé tombent en poussière, ni les sollicitudes d'un pauvre montagnard, qui craint de n'avoir pas de pain à
donner à son enfant! La Sainte Vierge termine
son discours par ces paroles, prononcées en français : « Eh bien! mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple. » Puis, s'éloignant des deux bergers, elle traversa la Sézia. Au milieu du lit de ce ruisseau est une pierre sur laquelle elle semble poser les pieds.
Elle leur répète ensuite une seconde fois, sans se retourner vers eux, ces mêmes paroles: « Eh bien! » mes enfants, vous le ferez passer à tout moa » peuple, » et elle se dirige vers le monticule qu'avaient gravi les bergers pour découvrir leur troupeau. Ses pieds ne font aucun mouvement; elle glisse au-dessus de l'herbe, qu'elle effleure à peine. Comme entraînés par un charme irrésistible, les enfants la suivent : Mélanie la devance même un
(1) C'est le nom d'un petit hameau de la commune de Corps.
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peu. Maximin est à la gauche, et à deux ou trois pas de la Sainte Vierge, qui parcourt ainsi un espace de 38 à 40 pas.
Dès que la Belle Dame est parvenue sur le plateau, elle s'élève à la hauteur d'un mètre cinquante environ, reste un instant suspendue dans les airs, porte ses regards vers le ciel, puis les abaisse vers la terre dans la direction du Sud-Est, c'est-à-dire du côté de Rome. A cet instant, ses larmes cessent de couler; elles n'avaient point tari durant tout son discours. — Mélanie se trouvait alors en face de la Sainte Vierge; Maximin àsa droite,un peu en arrière.
<( Puis, nous n'avons plus vu la tête, disent les » deux bergers dans leur naïf récit, plus vu les bras, «plus vu le reste du corps, elle sembla se fondre. Il » resta, dit Maximin, une grande clarté que je voulais » attraper de la main, avec les fleurs qu'elle avait a aux pieds; mais il n'y eut plus rien, et Mélanie » me dit : Ce doit être une grande Sainte. Et je lui » dis : Si nous avions su que c'était une grande 3) Sainte, nous lui aurions dit de nous emmener avec » elle. — Ah! si elle y était encore, ajouta Mélanie. » Nous regardâmes bien, continue la petite bergère, » pour voir si nous ne la voyions plus. Après, nous » étions bien contents, et nous avons parlé de ce » que nous avions vu. Ensuite nous fûmes garder » nos vaches. »
Le soir même, les enfants racontèrent cet événement; ils l'ont raconté depuis à des milliers de pèlerins, avec une sincérité et une fermeté de conviction qui ne se sont jamais démenties; leur récit s'est répandu presque aussitôt dans toute la France et dans tout l'univers. La Vierge assise avait les pieds dans le lit desséché d'une source complètement tarie le jour de l'apparition, et qui, avant le 19 septembre 1846, ne coulait qu'à la fonte des neiges ou après les grandes pluies. C'est un fait avéré. Depuis l'apparition, elle n'ajaraais tari; et les gouttes de cette eau, appelée miraculeuse, ont été répandues par la piété à travers le monde, et ont opéré de toute part des merveilles. Ces faveurs mul-
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tipliées sont relatées chaque mois dans les Annales de Notre-Dame de la Salette (1).
La Sainte Vierge portait sur sa tête une couronne de roses surmontée d'un diadème éclatant, comme il convenait à la Reine du ciel. Sa coiffure cachait complètement ses cheveux. Sur sa poitrine e'tait jeté un fichu, à Textrémité duquel était une grande chaîne, figurant sans doute le poids de nos péchés qui pèse sur le cœur de cette divine Mère. Une autre chaîne plus petite, pendait à son cou, et supportait une croix avec un Christ d'une beauté éblouissante; à droite de la croix, étaient des tenailles; et à gauche, un marteau. Marie voulait nous rappeler la passion de Jésus, dont le souvenir suffirait à nous rendre saints. La robe de la Vierge était toute lumineuse, mais d'une forme simple; devant elle pendait un tablier. C'est là l'humble Vierge de Nazareth, qui donne aux femmes chrétiennes une leçon de modestie et de simplicité. Les mains de l'auguste Messagère restèrent voilées, pendant tout le' discours, par les lonL'ues manches de sa robe, et un rayon de lumière éblouissante déroba son visage à Maximin; Mélanie seule a pu découvrir cette beauté céleste, empreinte d'une tristesse profonde, qui a ravi son cœur. La Sainte Vierge était d'une très haute taille. Sa voix résonnait, pareille à un concert céleste. « Il semblait que nous mangions ses paroles, » ont dit les petits bergers.
Ces faits, dont il n'est pas possible de contester l'authenticité, ont été examinés successivement par trois commissions nommées en 1846 et en 1847, par Mgr Philibert de Bruillard, évêque de Grenoble. Quatre ans plus tard, le 19 septembre 1831, ce sage et pieux prélat portait, après l'avoir soumis au Cardinal préfet de la Sacrée-Congrégation des Rites, son jugement doctrinal, dans lequel il déclare l'apparition de Notre-Dame de la Salette, indubitable et certaine. Dès lors, le Saint-Siège combla de faveurs les pèlerins, les missionnaires de la Salette et les membres de l'Archiconfrérie établie sous ce
Clj On s'abonne au pèlerinage, prix : 2 francs.
vocable. Cette Archiconfrérie compte plus de 500 confre'ries affilie'es et des associe's innombrables. Pour participer à leurs prières, il suffit de faire inscrire ses noms et ses pre'noms sur les registres du pèlerinage.
Dès 1846, les foules accoururent; et le premier anniversaire de l'apparition n'attira pas moins de 50 000 visiteurs. Depuis lors,le nombre des pèlerins est en moyenne de 25 à 30 000 par anne'e.
Un magnifique sanctuaire, une maison de missionnaires et de religieuses ont été élevés sur les lieux de l'apparition. Ces constructions, dues à la générosité spontanée du monde catholique, attendent encore de la charité des pèlerins des améliorations. Elevé par Léon XIII au rang de Basilique mineure, à la prière de Mgr Fava, notre évêque, le sanctuaire a été consacré, le 20 août 1879, par Mgr Paulinier, archevêque de Besançon, en présence de Son Eminence le cardinal Guibert, archevêque de Paris; de NN. SS. Pichenot, archevêque de Chambéry; Fava, évêque de Grenoble; Cotton, évêque de Valence; Delannoy, évêque d'Aire; Bonnet, évêque de Viviers; Robert, évêque de Marseille; Terris, évêque de Fréjus; Mermillod, vicaire apostolique de. Genève. Le lendemain, Son Eminence le cardinal Guibert couronnait, de la part de Sa Sainteté Léon XIII, la statue de Notre-Dame de la Salette, en présence des mêmes prélats et de 15 000 pèlerins
Une indulgence plénière est accordée à ceux qui visitent le sanctuaire, y font la sainte Communion et y prient aux intentions du Saint-Père. — Les missionnaires de la Salette donnent chaque année trois retraites publiques, de cinq jours chacune. La première avant la fête du 2 juillet; la deuxième avant le 15 août, et la troisième se termine le 19 septembre. Le sanctuaire de la sainte montagne n'est pas le seul que possède Notre-Dame de la Salette ; plus de mille chapelles ou monuments publics lui ont été dédiés dans le monde, et partout où elle est invoquée, elle répand des bienfaits. Heureuses donc les âmes qui la prieront avec con-