LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
des limites à la puissance divine? N'est-elle pas
infinie? Gomment les morts ressusciteront-ils? C'est l'objection que se pose saint Paul, et il y répond : Insensé, dit-il, le grain que vous semez ne devient une tige vivante qu'après qu'il est mort lui-même. Et ce que vous semez n'est pas le corps qui sera produit plus tard, mais une simple graine de froment ou de toute autre plante ; mais Dieu lui donne de former un corps comme il le veut.
Puis, voulant nous faire voir que les corps des méchants ressuscites ne seront pas semblables à ceux des justes, l'Apôtre ajoute : Nous ressusciterons tous; mais tous ne seront pas changés ou transformés. Les justes seuls revêtiront les qualités des corps glorieux : la clarté, l'agilité, l'impassibilité et la subtilité. Et même parmi les justes, il y aura des clartés différentes, comme il y en a dans l'éclat des étoiles, et cela en proportion des mérites de chacun. Heureux donc ceux qui mortifient leur corps par la pénitence.
Quand eut lieu à Reims, au milieu des plus grandes pompes, le sacre du roi Charles Vil, Jeanne d'Arc y assista, tenant entre les mains son étendard qui, promené au milieu des combats, n'était plus qu'un lambeau couvert de poussière. On voulait le lui ôter, mais elle répondit : « Laissez-le moi, il a été à la peine, il faut qu'il soit à la gloire. » Ce corps de terre, qui aura aussi été à la peine pour conquérir le ciel, devra participer à la gloire, à la béatitude de l'âme.
L'impie Antiochus voulait forcer les sept frères Machabées et leur héroïque mère à manger des viandes défendues par la loi de Dieu. Ils dirent tous : « Nous aimons mieux mourir. » Alors, on arracha à l'aîné la peau de la tête avec les cheveux, on lui coupa les mains et les pieds ; et comme
rien ne pouvait vaincre l'intrépide jeune homme, on acheva sa vie par le feu.
Vint le tour du second, qui avait été témoin de ce cruel spectacle; il se vit livrer au même supplice, et lui aussi offrit au bourreau, avec le môme courage, tous ses membres. Sur le point d'expirer il trouva encore assez de force pour dire au tyran : « Scélérat, vous pouvez nous enlever la vie présente, mais le Roi du monde saura bien ressusciter ceux qui seront morts pour ses lois, au jour de la résurrection, pour la vie éternelle. » Le troisième, dès qu'on lui en fait la demande, offre sa langue pour qu'on la coupe; il présente aussi ses mains, en disant avec confiance : « C'est du ciel que je tiens ces membres; mais, par fidélité à la loi de Dieu, je les sacrifie volontiers, car j'espère en celui qui me les rendra. » En sorte qu'Antiochus et ceux qui l'entouraient étaient eux-mêmes dans l'admiration d'un tel courage. Les quatre autres frères et enfin la courageuse mère de ces martyrs subirent de semblables tourments. Que l'espoir de la résurrection nous fasse sacrifier, sinon nos membres, du moins les coupables plaisirs.