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CHAPITRE XV

C'est le heu où Dieu récompense ceux qui sont ^ morts dans sa grâce et qui n'ont rien à expier en Purgatoire. Là-haut, il n'y a plus de maux; tous les biens y sont réunis. Afin que les élus se reposent de leurs travaux, le soleil ne les brûlera plus de ses ardeurs, ils ne seront sensibles ni à la faim, ni à la soif, ni aux maladies, ni à la mort. Plus de séparation, plus de tristesse. Le Seigneur essuiera toutes larmes de leurs yeux. Point d'en-

nemis, ni de passions à vaincre, point de périls pour l'àme, ni de crainte d'offenser Dieu, ni d'être séparé de lui.

Ceux qui craignent tant la peine seraient donc bien raisonnables s'ils cherchaient le Ciel, car ce n'est que là que nous serons affranchis de toute douleur. Que les âmes affligées se réjouissent donc, si elles supportent patiemment leurs épreuves ; car, après les pleurs et les gémissements, Dieu sait répandre la joie. Au ciel, nous ne nous souviendrons de nos croix que comme le naufragé se souvient de la tempête une fois arrivé au port, et comme le soldat se souvient du combat après la victoire.

Au Ciel, tous les biens sont réunis pour l'âme, aussitôt qu'elle y est introduite, et pour le corps, après la résurrection générale. Le plaisir de Tâme est de connaître la vérité et d'aimer le bien, et de se reposer dans la possession de l'un et de l'autre. Or, l'essentielle récompense des élus, celle à laquelle Dieu a daigné nous appeler par sa grâce, mais qui dépasse toutes nos capacités naturelles, sera de voir Dieu face à face, tel qu'il est. En ce monde, nous voyons des merveilles dans le firmament, sur la terre et dans les mers. Ce sont les œuvres de Dieu, à l'aide desquelles nous pouvons connaître quelque chose de la puissance, de la grandeur, de la sagesse de ce souverain Etre; mais lui, son essence, nous ne le voyons pas.

Au ciel, nous le verrons lui-même sans intermédiaire, sans nuages, à l'aide de la lumière de la gloire qui fortifiera notre esprit. Nous contemplerons ses attributs divins, sa sainteté, sa bonté, sa beauté, sa justice; nous verrons la distinction des trois Personnes divines et l'unité de leur nature, nous verrons la sublimité de cp-s

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mystères que nous ne comprenons pas aujourd'hui,mais que la foi nous révèle. Cette action de la Providence, qui parfois nous étonne en ce monde, nous sera manifestée avec ses desseins aujourd'iiui insondables, mais qui nous paraîtront alors dignes d'une éternelle admiration et de la reconnaissance de toute créature raisonnable. Saint Fulgence admirait les merveilles déployées dans la Rome antique pour le triomphe des empereurs. Mais il s'écriait avec raison : « Si ces choses sont si grandes, qu'en est-il de Dieu? Seigneur, montrez-nous votre face et nous serons sauvés. »

Ici, notre connaissance de Dieu étant toujours imparfaite, nous ne l'aimons qu'imparfaitement; mais au ciel, la volonté éclairée par l'intelligence sur la valeur du souverain Bien, ne pourra pas se défendre de l'aimer. Plus de foi, nous verrons; plus despérance, nous posséderons; mais une charité ardente et paisible tout à la fois, qui exclura tout amour de nous-mêmes, purifiera et consumera nos cœurs sans interruption ni dégoût. La volonté se livrera à Dieu tout entière, et Dieu, loin de la repousser, se communiquera à elle et se laissera posséder par elle ; et dans cette union de Dieu et de sa créature, quel repos, quelles délices, quels trésors ! En possédant Dieu, on possède tout.

Que manque-t-il à celui qui a le souverain Bien ? En voyant, en aimant, en possédant Dieu, nous lui deviendrons semblables, incapables de pécher, de souffrir, de mourir, puissants, heureux, immortels. Qu'il garde la terre, celui qui veut la terre et qui ne désire pas posséder Dieu éternellement; mais pour une âme grande et généreuse, que sont les richesses et les joies d'ici-bas comparées "^ celles du ciel?

Le corps,après la résurrection générale,trouvera

aussi au Ciel sa récompense. Sans parler des qualités des corps glorieux, dont nous avons dit un mot précédemment, chacun de nos sens trouvera au ciel d'ineffables plaisirs. Nos yeux se reposeront avec délices sur les magnificences du Paradis. Dieu, qui a lait de belles choses en ce monde, pour le séjour des pécheurs comme des justes, n'a-t-il pas déployé une magnificence mille fois plus grande, pour le lieu où il habite lui-même avec ses seuls élus? Quel éclat que celui du Fils de Dieu ressuscité, dont le corps radieux brille comme un soleil dans ce firmament nouveau! Quelle gloire que celle qui environne Là-haut rimmaculée Marie, celle que l'Esprit -Saint, déjà ici-bas, disait être toute belle ! Et puis, à côté de Notre-Seigneur et de sa Mère, tous les chœurs des anges, les phalanges des apôtres, des martyrs, des vierges, tous rangés dans un ordre admirable. 0 ravissant spectacle!

Un roi ennemi du peuple de Dieu mena le prophète Balaam sur une montagne, afin que de là il lançât sur lui la malédiction. Mais le prophète, contemplant le camp d'Israël rangé dans le plus bel ordre autour du tabernacle, ne trouva plus de paroles pour le maudire; il s'écria ravi : « Que tes tentes, que tes pavillons sont magnifiques ! » Quel sera donc notre ravissement, quand nos yeux verront le vrai tabernacle de Dieu, l'armée sainte des élus!

Les oreilles seront charmées par les f.oncerts des anges et des saints; on ne respirei-^ que les parfums dans ce séjour dont le Paradiu terrestre n'était que la figure. La langue trouvera son plaisir à bénir le Seigneur, à mêler ses accents à ceux des élus, à s'entretenir avec les saints. L'amour parfait qui règne entre eux fait que la béatitude de l'un est celle de l'autre. La mère

n'est-elle pas plus heureuse du bonheur le ses enfants que du sien propre? Là-haut, nous nous entretiendrons avec ceux que nous pleurons. Les parents retrouveront leurs enfants, l'orphelin retrouvera son père et sa mère. Le Ciel est donc le bonheur parfait et éternel.

Valérien, époux de sainte Cécile, et son frère Tiburce, étaient en prison pour la cause de la foi. C'était vers Tan 160, sous la persécution de Marc- Aurèle. L'officier Maxime, chargé de les conduire au supplice, ouvrant la prison, les vit à genoux, les yeux levés au ciel, avec la sérénité la plus grande peinte sur leur visage. Leur jeunesse, leur naissance illustre, leur innocence, leur résignation touchaient le cœur du soldat, qui se mit à pleurer. « Pourquoi pleurez-vous? lui demandèrent-ils. — Je pleure de ce que, jeunes, riches, nobles, vous allez déjà mourir. — Détrompez-vous, Maxime, nous sommes chrétiens, et en quittant ce monde, les chrétiens passent à une vie meilleure où la mort n'a plus d'empire. — Ah! si vos paroles étaient vraies! — Si vous promettez d'embrasser la foi chrétienne, vous verrez la vérité de vos yeux au moment de notre mort. » Maxime le promit, et lorsqu'on trancha la tête des martyrs, il vit leurs âmes éclatantes de gloire portées au ciel par les anges. A cette vue, il se déclara chrétien et reçut bientôt luimôme la couronne du martyre.

Donc, il faut désirer le ciel, éviter ce qui peut nous en éloigner, c'est-à-dire toute faute grave, travailler pour l'acquérir, c'est-à-dire prier, s'approcher des sacrements, observer les commandements de Dieu et de l'Eglise et faire des œuvres saintes. Qui veut le ciel l'aura. Pour aller au ciel. il n'est pas besoin de santé, ni de science, ni de richesses. La bonne voloj>t^ suffit avec la grâct

Qui ne plaindrait, hélas I ceux qui, pour une bagatelle, sacrifient leur part du Paradis ?Lysimaque, roi de Macédoine, tourmenté par la soif, se livra, avec son armée et son royaume, à ses ennemis, pour obtenir"un verre d'eau fraîche; et, quand il l'eut épuisée, regardant la coupe vide, il poussa un soupir en disant : « Pour une si courte satisfaction, j'ai perdu un royaume. » Et il remplit de larmes la coupe qu'il avait vidée. Ah! vous pleu-

J^otre-Seigneur va nous préparer une place.

rerez un jour des larmes amères, si vous perdez le ciel pour un plaisir.

Imitons donc plutôt la sagesse d'un martyr. Thomas Morus, chancelier d'Angleterre, était en prison et sur le point d'être condamné à mort pour ne pas vouloir trahir sa foi. Sa femme vint le visiter. « Pourquoi, dit-elle, ne pas sauver votre vie en disant quelques paroles?» Ilrépondit: « A ton avis, combien de temps ai-je à passer sur

la terre? — Votre vigueur de santé vous promet pour vingt ans de vie. — Quel marché insensé tu me proposes; pour garder vingt ans, sacrifier l'éternité! » Et il mourut. Perdons tout; mais ne perdons pas le ciel.

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