CHAPITRE XVI
Rien de souillé n'entrant dans le ciel, et toute faute grave méritant des supplices éternels, il faut un lieu mitoyen où se purifient ceux qui meurent en état de grâce, mais ayant encore des fautes légères sur la conscience, ou n'ayant pas entièrement satisfait par la pénitence à la justice divine. Ce lieu, c'est le Purgatoire. Dieu lui-même nous révèle son existence. Le courageux capitaine Judas Machabée, après un combat où il perdit une partie de ses soldats, réunit douze mille pièces d'argent et les envoya à Jérusalem, afin qu'on offrît un sacrifice pour les péchés des morts.
Notre-Seigneur lui-même nous dit, dans l'Evangile, qu'il est des péchés qui ne sont remis, ni dans ce monde, ni dans l'autre. Il suppose donc qu'il y a des péchés remis dans l'autre monde. Et cette rémission ne se peut faire ni dans le Ciel, ni en Enfer. Elle se fait donc en Purgatoire. L'Eglise nous enseigne cette même vérité par ses docteurs. « Je sais, dit saint Grégoire, qu'au sortir de cette vie, il est des péchés qui seront expiés par les flammes du Purgatoire. » Ainsi pensait Terlullien, au ii* siècle, saint Cyprien au iii'^ et plus tard saint Ambroise, saint Augustin, saint Jean Chrysostome et tous les saints Pères. Aussi tous les livres de prières en usage dans l'Eglise à travers les siècles, contiennent-ils des prières
pour les défunts, et cela, non seulement chez les catholiques, mais même chez les hérétiques nestoriens, chez les schismatiques grecs, etc. Une dame anglaise, la comtesse de Straffort, était ébranlée dans ses convictions par les entretiens de Mgr de la Mothe, évèque d'Amiens. Ce qui l'empêchait encore de se convertir, c'étaient ses doutes sur la messe et le Purgatoire. Mgr de la Mothe lui dit : « Madame, vous connaissez l'évéque protestant de Londres. S'il peut me prouver que saint Augustin n'a pas dit la messe pour les morts, et pour sa mère en particulier, dites-lui que je me fais protestant. » M"'° de Stralïort écrivit aussitôt à l'évéque de Londres, qui refusa de répondre ; dos lors, la comtesse vit se dissiper tous ses doutes et fit son abjuration.
La raison confirme cette vérité.
Dieu ne peut, pour de légères souillures, ni damner ni absoudre entièrement. Aussi les païens eux-mêmes croyaient-ils, comme en témoignent leurs poètes, à un lieu de souffrances qui n'était pas le châtiment définitif dû aux scélérats, mais une préparation au bonheur ;et diverses pratiques, en usage aujourd'hui encore parmi les infidèles, attestent la même croyance. La raison, la croyance des peuples s'unissent donc à l'enseignement de l'Eglise et à la parole de Dieu pour nous dire : Il y a un Purgatoire.
Nous devons soulager les âmes qui y souffrent. Dieu aime ces âmes qui devront le glorifier au ciel. C'est travailler à sa gloire que d'abréger leur épreuve. La charité nous fait un devoir de venir au secours de notre prochain, et ce devoir est d'autant plus grave que le malheur du prochain est plus grand, que le bien que nous pouvons lui procurer est plus estimable, Or, les âmes du Purgatoire sont notre nrochain. Les souffrances
qu'elles endurent sont extrêmes ; elles sont séparées de Dieu et plongées dans les flammes vengeresses. Le bien qui leur est réservé, c'est la possession de Dieu. Et ces âmes sont peut-être celles de nos proches parents. Gomment oserions-nous les oublier?
Si nous le faisions, nous serions les ennemis de nous-mêmes, car un jugement sans miséricorde attend ceux qui ne font pas miséricorde ; tandis qu'en les soulageant, nous nous ménageons autant d'intercesseurs auprès de Dieu, que nous aurons délivré d'âmes du Purgatoire. Nous avons, du reste, toutes sortes de moyens à notre portée pour soulager ces âmes.
D'abord la prière est efficace dans ce but, surtout la prière enrichie d'indulgences, parexemple : les six Pater, Ave et Gloria du scapulaire bleu: l'invocation : Mon Jésus, miséricorde, souvent répétée le long du jour; la prière : 0 bon et très doux Jésus, dite devant un crucifix après la communion; le chemin de la Croix, etc. (Voir ce que nous dirons plus loin des indulgences, ch. YIII de la troisième partie de ce livre.)
Nous avons l'aumône faite dans l'intention de délivrer les âmes du Purgatoire. C'est une aumône de donner un morceau de pain à celui qui a faim, des vêtements à celui qui en est privé; mais c'est une aumône plus excellente encore que de visiter les malades, de consoler les affligés, d'instruire les ignorants des vérités de la foi, de prendre part aux œuvres si admirables de la Propagation de la Foi, de la Sainte Enfance, de Saint-François de Sales, du Denier de Saint-Pierre, des Ecoles apostoliques, etc.
Nous pouvons soulager les âmes du Purgatoire enfin par le sacrifice; et par là, il faut entendre les peines de la vie supportées avec résignation