‹ Le livre de tousChapitre 56 sur 196 · OBSTACLES · texte numérisé non relu

OBSTACLES

pas même la pudeur de cacher leur commerce sacrilège avec les femmes qu'ils ont séduites, se montrant, par là, les émules des chefs du protestantisme et de toutes les hérésies.

Le jeune homme, la jeune fille qui n'écoutent que leurs passions et qui ont pourtant encore la foi, ne savent pas jusqu'à quels abîmes ils peuvent rouler, sur la pente où ils s'engagent. Ils peuvent descendre, comme bien d'autres, jusqu'à l'incrédulité, jusqu'à l'impiété, qui sont, en ce monde, la plus grande aberration de l'esprit humain et le plus terrible châtimentque Dieu puisse infliger à ceux qui repoussent ses miséricordes.

0 jeunesse, soyez chaste, si vous ne voulez vous perdre ! « Messieurs, disait le P. de Ravignan à un nombreux auditoire d'hommes, dans une de nos cathédrales, Messieurs, soyez chastes, et vous aurez de grandes lumières. » Il ne faisait que rendre, en d'autres termes, la parole même de Jésus-Christ : Heureux ceux qui ont le cœur pur, pa?xe qu'ils verront Dieu en ce monde, à la clarté d'une foi vive, et dans l'autre, à la lumière de la gloire. Et on pourrait, avec vérité, retournant ces paroles divines, dire : Malheur à ceux qui n'ont pas le cœur pur, ils ne verront pas Dieu. En ce monde, les fumées ténébreuses des passions obscurcissent leur foi; et en l'autre, ils seront rejetés dans les ténèbres extérieures.

Un autre ennemi de la foi, c'est le respect humain, ou la crainte des regards, des rires des autres, quand il s'agit de faire les œuvres de la foi. Saint Paul ne rougissait pas de l'Evangile; mais les esclaves du respect humain en rougissent. Les saints n'ont craint que Dieu; les hommes lâches font céder, dans leur cœur, la crainte de Dieu à celle des hommes. Dieu n'est plus leur MalUë^ Çt't'ài la uiuudc qui leur dicte des lois.

A Tesclave du respect humain, l'approbation des méchants paraît d'un plus grand prix que les récompenses du ciel; et un sourire railleur, plus terrible que les châtiments de la justice divine. Quel mépris et quelle ingratitude envers Dieu!

Un homme de lettres du xvn^ siècle devait son éducation aux sacrifices qu'avait faits pour lui son pauvre vieux père. Un jour qu'il avait lu une de ses poésies devant une société brillante et qu'il recevait les applaudissements de tous, son père, qui s'était glissé dans la foule, s'avance pour l'embrasser; l'ingrat le repousse et refuse de le reconnaître. Alors, aux applaudissements succède l'indignation de tous . Oh ! le monstre, oh ! le cœur noir; crie-t-on de toute part. C'est là le portrait de l'esclave du respect humain, qui doit tout à son Dieu; et il n'ose pas le reconnaître devant les hommes. Quel ignoble esclavage !

Qui ne plaindrait les pauvres nègres! un maître cruel les arrache à leurs huttes, les traîne dans une terre lointaine, les condamne aux plus rudes travaux. L'homme, dominé parle respect humain, est sous un joug plus dégradant encore. Sa conscience parle et lui dit : Va à la messe, à la table sainte. Le tyran parle plus haut. Et son esclave traîne sa lourde chaîne, ne faisant jamais le bien qu'il veut, mais faisant presque toujours le mal qu'il ne veut pas.

C'est une folie que de vouloir contenter l'opinion publique. Les saints, et Notre-Seigneur lui-même, n'y ont pas réussi. Pour plaire aux uns, il faut nécessairement déplaire aux autres. Contenter les méchants, c'est contrister les bons ; n'est-ce pas l'excès de la déraison de préférer les blâmes des gens de bien à ceux des impies, de rougir du devoir, de se jeter avec les autres dans un précipice, tomme feraient des brebis?

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Le respect humain, c est un déshonneur. La lâcheté, un ignoble esclavage, ne furent jamais un titre de gloire. C'est la conscience et la vertu qui font honneur à un homme. L'esclave du respect humain n'en a pas. C'est un homme sans principes, il ne parle que d'après les autres, il est semblable à la poussière qui est le jouet des vents ; faut-il s'étonner s'il est méprisé de ceux mêmes dont il redoute la critique?

Constance Chlore, empereur païen, avait de nombreux chrétiens dans son palais. Il les réunit tous et leur fit les plus terribles menaces, s'ils ne renonçaient à leur foi. Quelques-uns, intimides, apostasièrent. L'empereur indigné les renvoya et garda auprès de lui ceux qui restèrent fidèles. Les chrétiens les plus généreux sont partout les plus honorés, et, comme l'ombre, 'l'estime des hommes poursuit ceux qui la fuient.

Le respect humain perd l'homme en ce monde. Il l'éloigné de la parole de Dieu, des sacrements, de la prière et tarit ainsi pour lui les sources de la grâce. Si Dieu poursuit la conscience de l'esclave du respect humain, la crainte des hommes étouffe tous les remords ; de là l'endurcissement et l'impénitence. Combien qui, à la mort même, ont cédé à la lâcheté honteuse qui les avait tyrannisés toute la vie ! Dans l'autre monde, le Fils de Dieu rougira devant son Père de ceux qui ont rougi de lui devant les hommes. Je ne vous connais pas, leur dira-t-il.

Le respect humain n'est pas moins funeste à la société et à la famille. Que dans des familles influentes règne ce cruel tyran, l'indifférence religieuse se répand chez tous. C'en est fait des pratiques chrétiennes, des mœurs chrétiennes par conséquent. Le vice lève la tête et la vertu est bafouée. Qu'un père de famille se fasse l'esclave

du respect humain, c'est en vain qu'on donne aux enfants une éducation chrétienne. L'exemple du père sans pratiques religieuses détruira tout. Un célèbre missionnaire, le P. Guyon, rapporte qu'un magistrat d une de nos grandes villes, d'ailleurs d'une vie irréprochable, mais esclave du respect humain, avait un fils auquel il fit donner une éducation très chrétienne. Jusqu'à 14 ans, cet enfant fit la joie de sa pieuse mère. Mais à cet âge, il commença à perdre sa ferveur, et bientôt il ne voulut plus s'approcher des sacrements. Sa mère l'appelle auprès d'elle, et le conjure de lui dire pourquoi il abandonne ainsi les pratiques qui ont fait la joie de son enfance. L'enfant, vaincu par ses instances, lui avoue que, ne voyant jamais son père, que tous estiment, fréquenter les sacrements, il a compris qu'une telle dévotion n'était pas nécessaire pour réussir dans le monde. La mère désolée va aussitôt auprès de son mari, lui raconte avec des larmes ce qui vient de lui être révélé. Le père ouvre les yeux et comprend son devoir; il demande pardon à son fils de la lâcheté dont il lui a donné l'exemple et se fait conduire par lui à un confesseur. Depuis lors, le père et l'enfant ont fait le bonheur de la vertueuse mère. L'enfant serait devenu un libertin et peut-être un impie, si le père ne se fût affranchi de ses honteuses chaînes.

Que ceux donc, qui ne seraient pas éclairés sur la haine que mérite le respect humain, à la vue de l'offense qu'il fait à Dieu, des ruines morales qu'il accumule sur l'homme, évitent au moins de s'en faire les esclavespar pitié pour leurs enfants, qui doivent leur être si chers, par pitié pour la société dont ils sont membres. Aime Dieu et fais ton devoir, voilà la devise d'un noble cœur. C'était celle de saint Paul. Le dernier de mes soucis.

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disait-il, c'est le jugement des hommes. Que tels soient aussi nos sentiments.

Louis Veuillot, l'écrivain le plus remarquable de notre siècle, après avoir défendu avec son génie la foi chrétienne , pendant de longues années, voulut qu'on gravât sur sa tombe cette biiophe ;

J'espère en Jésus. Sur la terre, Je n'ai pas rougi de sa foi, Au dernier jour devant son Pèr?^ Il ne rougira pas de moi.

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