DE LA VIOLATION DES VŒUX
chose dans la mort d'Alfred, que ce morceau de pain soit le dernier que je mangerai. » Et le pain s'arrêta dans sa gorge et l'étouffa. Juste punition du parjure. On pèche aussi gravement quand, par un serment, on appuie une médisance grave, et quand on s'oblige à faire une chose gravement mauvaise. Dans ce dernier cas, non seulement on n'est pas tenu d'exécuter ce que l'on a promis, mais on pécherait même en l'exécutant. Qui ne flétrit la cruauté d'Hérode, qui se crut obligé par son serment d'offrir dans un plat la tête de saint Jean-Baptiste à la fille de l'infâme Hérodiade?
Mais, quand on a promis avec serment une chose juste, et d'une certaine gravité, on est tenu d'exécuter sa promesse, si on le peut, ou bien de se faire relever de son serment par son confesseur.
La violation/ des vœux est condamnée par le second commandement aussi bien que les serments faux et injustes. Un vœu n'est pas une simple résolution, mais une promesse réfléchie,' faite à Dieu, d'accomplir une chose possible et bonne. Et même toute chose bonne ne peut pas être matière dun vœu ; ainsi ie vœu de faire un bon repas n'est pas valide, parce que le jeûne est plus agréable à Dieu que la bonne chère. Il en est de même du mariage, car la virginité est plus parfaite. Il faut donc que la chose promise soit meilleure que la chose opposée, pour être acceptée de Dieu.
Les vœux les plus agréables à Dieu sont ceux que l'on fait dans les couvents, parce qu'ils consacrent à Dieu l'homme tout entier. Le vœu de pratiquer dans le monde la chasteté parfaite a aussi un grand mérite, et s'il est fait pour toujours, le Souverain Pontife peut seul en dispenser.
Toutefois, il faut craindre et prévenir toute infidélité à ses promesses. C'est pourquoi il
importe de ne jamais faire de vœu sans mûre réflexion, et sans le conseil de son confesseur. Ceci est plus vrai encore pour les vœux qui obligent pendant longtemps, ou pendant toute la vie, que pour ceux qui n'obligent que pendant un temps limité.
Un vœu une fois fait, même imprudemment, oblige à tenir la promesse faite, et cela dans le lieu, dans le temps et de la manière qu'on a eus en vue. Gomment, en effet, manquer impunément de parole à Dieu? Quand la chose promise est grave, y manquer c'est une faute grave, à moins qu'en faisant le vœu on n'ait eu l'intention de ne s'obliger que sous peine de péché véniel. On peut même pécher en différant, pendant un temps considérable, d'exécuter ce que l'on a promis. On ne peut, sans raison, se faire relever des vœux que l'on a faits : mais, avec une raison légitime, on peut se les faire changer par son confesseur.
Quand on a fait le vœu de faire une bonne œuvre, pour obtenir une grâce de Dieu, on n'est pas tenu à la bonne œuvre, si la grâce n'a pas été accordée.
On n'est pas obligé non plus de réciter les prières, ni de faire les pèlerinages qu'avaient promis avant de mourir des parents défunts. Il en serait autrement si les parents avaient promis à Dieu, avant leur mort, une somme d'argent à une bonne œuvre quelconque ; leurs héritiers, en recueillant leurs biens, prennent la charge d'acquitter toutes leurs dettes, aussi bien celles qu'ils ont contractées envers Dieu, que celles qu'ils ont contractées envers les hommes. Heureux ceux qui, ayant fait sagement des promesses saintes, disent comme David : Je rendrai mes vœux au Seigneur en 'présence de tout sonpeuple; au mérite de la bonne œuvre qu'ils accomplissent,