‹ Le Livre des 400 auteursChapitre 10 sur 41 · DU CŒUR · texte numérisé non relu

DU CŒUR

Non! non ! non ! vous ne le saurez pas. Gardez votre poétique ignorance j faites-vous du cœur une idée toute spirituelle et métaphysique.

— Parlez-en le moins possible , sentez-le à chaque instant de votre vie. Que si l'on vous en demandait davantage à cet égard , imitez cet homme qui , au lieu de disputer sur le mouvement , se mit à marcher.

— Ne répondez pas : — ayez un nouvel amour.

Le cœur... mais il nous manque lorsque nous voulons donner sadéfinition médicale; le cœur... — eh bien! c'est un muscle , et un muscle creux, une espèce de poche. — La poche aux sentiments? — Laisseznous donc parler anatomie!

Sous le sein gauche, il est un je ne sais quoi de tumultueux qui règle pourtant le reste de la machine humaine. C'est en mettant la main là que nous pouvons dire , comme d'une horloge , si nous avançons, si nous retardons , si nous allons bien ou mal.

La situation délicate de cet organe ne permet pas toujours de le consulter directement chez les femmes : — le pouls alors répond pour lui. Mais nous ne sommes pas partisans des ministres, des intermédiaires. — Les yeux , plus près du cœur, rendent quelquefois sa pensée assez fidèlement.

Mille petites choses, des riens infinis , entretiennent la vie du cœur; — il vit de peu , il meurt de rien.

Un souvenir, une pensée , une promesse , lui suffisent ; au besoin , il se contentera d'une apparence et d'un mensonge.

La pointe d'une vérité effleurant sa surface y laissera une plaie incurable; une larme versée le guérit, le sauve; — un geste brutal... il en mourra.

Une femme qui passe , un enfant qui sourit, un oiseau qui chante , un rayon de soleil , l'ombre d'un arbre, le parfum d'une fleur, un mot,

une étoile : vûiU\ les éiéiaciits dont il compose parfois un bonheur divin, et puis d'un rêve il fera un supplice.

Le cœur a ses hypocrites ainsi que l'imagination ses charlatans. 11 faut se délier également des hommes qui sont poètes jusque dans les détails les plus humains de l'existence ;

Et de ceux qui portent incessamment leur cœur ai écharpe.

I. On ne touche pas impunément aux combinaisons du cœur. La tête les parodie , l'imagination elle-même est impuissante à les reproduire lorsque le hasard ou la négligence les a dérangées.

IL Nous avons lu quelque part : Les maladies du cœur vont d'ordinaire jusqu'à l'esprit , et il est rare que les grandes passions ne fassent pas faire de grandes fautes.

DE L'ESTUiMAG.

A ce njot nous devons craindre de rappeler laPhysiologie du goût , cette aïeule immortelle de nos physiologies périssables. — Mais Brillât- Savarin n'a heureusement considéré l'estomac que « comme un moulin garni de ses blutoirs , dont l'effet est d'extraire des aliments ce qui peut servir à réparer nos corps, et de rejeter le marc dépouillé de ses parties animalisables. » — C'est l'estomac défini chez l'honune qui mange, et nous n'avons à nous occuper que de l'homme à la dièle. — Au restaurant, reslomac peut être appelé un entonnoir; — au lit du malade,

c'est différent, — l'estomac représente une membrane , l'indigestion est sa spécialité.

L'esprit vient du cerveau ; certaines pensées viennent du cœur ; — de l'estomac il ne vient que des bouffées. La gaieté d'un homme repu est grasse , elle fait tache et sent les épices.

La faim et la soif, voilà toute l'intelligence de l'estomac; et la grande influence que l'on se plaît à accorder à cet organe sur tout le reste de l'économie animale est une pure avance qu'on lui fait. Si l'on tenait à remplir toutes les conditions prescrites à l'homme qui veut emprunter à son estomac les perfections que son esprit lui refuse , il faudrait vivre pour manger.

Voyez pourtant à quelle époque l'homme a le plus de bonne humeur, de vivacité, de fécondité , d'entrain ; — à quelle époque il est le plus susceptible d'actions fortes et généreuses : c'est lorsqu'il mange à peine pour vivre, — lorsqu'un déjeuner de quinze centimes lui permet de savourer, six heures plus tard, un dhier de vingt-cinq sous.

Invasion de l'estomac.

(Plé/hore.)

Cœur prcilominant.

[Hypertrophie.)

A l'âge dont nous parlons , qui de nous s'occupe de rendre facile Y assimilation des aliments? qui de nous s'abstient, en vue d'une bonne digestion, d'une émotion après diner? — Est-ce qu'un peu de chyme vaut un plaisir?

Nous donnons à noire estomac la nourriture que la toilette d'Eugénie, les cachets delà contredanse et le prix exagéré d'un costume chican- (lard nous permettent de lui donner. — Tout le reste est son affaire.— 11 digérera (piand il pourra. —S'il n'y arrive pas tout de suite, qu'il s'y reprenne à plusieurs lois. — Qu'il fasse comme font les ruminants.

Anatomiquement , l'estomac est une casserole dans laquelle la plupart des individus font Iciu- cuisine à l'alcool; —ce qui détruit i'étamage de l'ustensile.

I. Personne ne fait meilleur marché de son estomac que le commis et la grisette ; ils le sacrifient, l'un à une paire de gants, l'autre à un mélodrame.

II. C'est à l'âge où l'on pourrait impunément manger de tout que Ton ne mange de rien.

III. Nous pourrions compter les phases de la vie par les mets qui nous font mal ou dont nous ne mangeons plus.

Ceinture pour se serrer le ventre.

Page 1